Demain Egmont : contacts et ambiance

12 septembre 2019 à 08:09 | 176 vues

D.R. Le projet prévoit en surface une « zone douce » de mobilité partagée.

C’est à Pierre Lallemand, architecte réputé, que l’on doit Demain Egmont, un plan ambitieux de réaménagement du boulevard de Waterloo et de l’avenue de la Toison d’Or. L’architecte considère que le parc entre les deux rives commerciales de cette double artère n’est qu’un premier pas. « Un tel projet urbanistique est appelé à évoluer en continu. » 

 « Ce n’est pas ainsi que vous conceviez un bureau d’architectes, n’est-ce pas ? », nous demande, tout sourire, Pierre Lallemand qui nous accueille dans son

D.R. Pierre Lallemand, Architecte

bureau bruxellois. Çà et là quelques maquettes et des plans, bien sûr, mais surtout un vélo design fixé à la fenêtre et des œuvres d’art aux murs. Non content d’être architecte, Pierre Lallemand est aussi designer et artiste. De cette polyvalence naît tout l’intérêt de son plan pour la Toison d’Or : une esthétique réfléchie out-of-the-box et pourtant fondée sur une vision claire du développement urbain et de la mobilité.  

Pierre Lallemand a créé sur le papier une alternative aux plans des bureaux Polo et Arcadis de Bruno Fortier, proposés par l’ancien ministre de la mobilité Pascal Smet et critiqués par maints intervenants. M. Lallemand estime que son plan fait table rase. Ce plan relie le quartier commercial et le parc d’Egmont tout proche (d’où le nom). « Je me suis demandé quelle ville nous voulions. Pour moi, la ville est le lieu de tous les possibles, une concentration de libertés et d’idées, accessible à tous et synonyme de plaisir. »  

 

No man’s land 

« Ce quartier très particulier se compare à La Rambla de Barcelone, au Meir anversois et aux Champs Elysées de Paris. Il est presque miraculeux que des commerces subsistent dans de pareilles dimensions : l’artère fait 75 m de large ! Cela ressemble à la Côte belge, avec d’un côté de hauts bâtiments et de l’autre, la mer. Sauf qu’à la Toison d’Or, ce sont des marées de voitures. Pour éliminer ce flux, j’ai pensé à créer une liaison entre les deux rives commerciales. Mais le projet ne s’arrête pas là. Ce n’est qu’un premier pas. Un tel concept doit évoluer en continu. D’autant plus que le quartier résulte de la démolition des murs d’enceinte de Bruxelles, laissant derrière eux un no man’s land sans âme. Tout cela devient plus gérable en créant au centre un îlot vert, qui donnera du caractère à l’ensemble et en fera une icône de la ville. »  

 

Vous affirmez bénéficier du soutien de tous les acteurs économiques locaux. Vous êtes-vous concerté avec eux ? 

« Non. Je leur ai présenté mon plan, qui a suscité un certain enthousiasme. Ce projet est unique. Et l’initiative émane des riverains et des commerçants. » 

 

L’association de commerçants Brussels Uptown et l’entreprise de parking vous ont pourtant fait part de leurs inquiétudes, il y a quelques mois. N’y aurait-il pas de raison de s’en faire, face au rétrécissement des bandes de circulation et à la réduction des espaces de stationnement ? 

« Les 350 espaces de stationnement actuels seraient ramenés à une centaine, mais ce nombre peut encore être modifié par l’association de commerçants. Cela relève de leur responsabilité. Si 100 espaces de stationnement étaient perçus comme un drame et que l’on estime qu’il en faut au moins 150, que l’on prenne pareille décision. Dans l’intervalle, il va de soi que nos villes doivent être plus propres et plus vertes. Les modes de transport et le rôle de la voiture changent, tout comme les mentalités d’ailleurs. Personne ne sait comment cela finira. C’est pourquoi ce projet ouvre un vaste éventail de possibilités pour l’avenir. Le plan est flexible. Il entend soutenir l’économie tout en tenant compte du logement, de la convivialité, du plaisir et de la culture. L’ensemble de ces éléments constitue une ville. »  

 

Croyez-vous en une diminution du trafic automobile ? 

« Pas vraiment. À nous de le gérer, donc. Nous voulons un quartier attrayant, où les piétons se sentent bien. Il y a une vingtaine d’années, j’ai écrit un livre sur la ville, intitulé Tchatche Urbaine. Il contient l’interview de plusieurs acteurs, dont le sculpteur Vincent Strebelle. Il a évoqué la théorie de la roue de vélo. Placez une telle roue entre deux personnes et faites-la tourner rapidement. Les rayons finiront par occulter la vue. De même, en cas d’embouteillage, il est facile de traverser un boulevard. Mais dès que les véhicules sont en mouvement, cela devient presque impossible. Le concept consiste donc à réguler la vitesse pour instaurer un flux dans le trafic. Je plaide pour une limitation à 30 km/h du trafic de transit entre la Place Louise et la Porte de Namur, sur deux bandes de circulation d’une largeur totale de 10 m, permettant le passage aisé des services de secours. Il faut tenir compte de l’accès des camions de déménagement et de ceux qui viennent livrer les commerces. En revanche, la création de voies distinctes pour chaque type de trafic élimine toute confrontation, tout dialogue et donc aussi toute vie. Ce n’est pas l’objectif. Outre quatre allées cyclistes, nous prévoyons une zone ‘douce’ partagée pour les taxis, les chargement et déchargement, le stationnement de courte durée, les trottinettes etc. » 

 

Vous avez prévu cinq coupoles dans l’espace de verdure central. À quoi doivent-elles servir ? 

« Aux activités qui complètent la dimension commerciale. Nous prévoyons une sorte de jardin botanique, où l’association des commerçants ou une institution culturelle peut organiser toutes sortes d’initiatives : un défilé de mode, des présentations de produits ou des concerts par les étudiants du conservatoire. On pourrait y prévoir un petit espace horeca, une bibliothèque en plein air, une exposition temporaire de sculptures… Bref, un outil de vie. Ceux qui travaillent dans le quartier pourraient venir se délasser un moment en écoutant de la musique classique. Ce serait fabuleux, non ? Et puis, comme je l’ai dit, cela créerait du lien entre les deux rives. Que de possibilités ! On pourrait créer une exposition au Grand Sablon, qui se poursuivrait via Demain Egmont jusqu’au boulevard de Waterloo. Sur le parcours, tous les antiquaires ouvriraient leurs portes. C’est dans cette perspective que nous avons évoqué la possibilité de navettes électriques qui parcourraient la zone en continu. Voilà comment le no man’s land peut devenir un pôle majeur de la ville. » 

 

La dénomination Demain Egmont ferait allusion à Demain, un film sur la transition ? 

« Ce n’est pas faux. Pareille initiative citoyenne aurait été impensable, il y a 10 ans. La mentalité a totalement changé, avec une prise de conscience et une volonté de s’engager. Les citoyens ne sont plus des spectateurs critiques tenus à l’écart. Ce qui me passionne dans ce projet, ce sont les gens qui prennent leur destin en main. »  

D.R.

Quand débuteraient les travaux ? 

« Aucune idée. Tout dépend de l’entente entre les acteurs économiques et les autorités régionales. Je constate que les commerçants prennent des risques. Ils ont investi du temps et de l’argent dans des études et le développement d’idées. Je pense qu’ils auront l’écoute de leurs partenaires et que le permis de bâtir suivre. J’ai donné ma contribution quant à ce qui me semble important pour une ville. Ce qui va se passer ensuite ? Ce n’est pas de mon ressort. »  

 

Demain Egmont a reçu l’appui : 

  • des commerçants du boulevard de Waterloo et de l’avenue de la Toison d’Or 
  • des commerçants de la rue de Namur, du Goulet Louise (le début de l’avenue Louise) et de la place Louise  
  • des acteurs économiques de ces zones (dont l’Hôtel Sofitel) 
  • de l’association de commerçants Brussels Uptown et du réseau d’artisans BEL (Brussels Exclusive Label) 
  • des propriétaires et investisseurs immobiliers du quartier  
  • de Beci 
  • de la Fédération Belge du Stationnement 
  • de nombreux résidents  

 

 

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