Transmettre l’entreprise aux travailleurs ?

Par Emmanuel Everarts de Velp  - 20 septembre 2019 à 11:09 | 243 vues

[Coproduction] Chaque année, plus de 1.500 entreprises bruxelloises ne trouvent pas acquéreur – et nombreuses sont celles qui optent pour la liquidation. Un vrai gâchis en termes d’activité et d’emploi. Et si les travailleurs succédaient au patron, à la tête de l’entreprise ? Et si on envisageait la circularité de l’économie sous l’angle des ressources humaines, par la création d’une coopérative de travailleurs ? Le modèle fait ses preuves chez certains de nos voisins. Pourquoi pas à Bruxelles ?

 

Bien, mais de quoi parlons-nous ?

La coopérative de travailleurs, connue sous le vocable français de SCOP – pour Société Coopérative et Participative, est une entreprise comme une autre, en ce sens qu’elle agit sur son marché, y développant ses produits ou ses services. Mais si le « quoi » ne pose pas question, le « comment » et le « pourquoi » en font résolument une entreprise différente. L’essence de la SCOP n’est pas capitaliste, sans pour autant exclure la recherche d’un profit. La propriété et le pouvoir de décision aux mains des travailleurs, des obligations en termes de mises en réserve et de distribution des bénéfices : tout cela lui donne les clés d’une résilience accrue. Le salarié, co-entrepreneur, est davantage impliqué dans la gestion et le fonctionnement de l’entreprise ; il y trouve du sens au quotidien.

 

Dans un contexte de transmission aussi ?

C’est même un des cas privilégiés !

Bon nombre de (futurs) cédants sont confrontés à cette même question : où et comment trouver un repreneur fiable ? Pourquoi dès lors ne pas envisager, d’emblée, de se tourner vers ceux qui connaissent le mieux l’entreprise et son fonctionnement ?

La solution présente de nombreux avantages. Plutôt que de se vivre comme une rupture, avec des conséquences émotionnelles importantes pour le cédant comme pour ses collaborateurs, on peut envisager une réelle transition douce. Pas d’interruption dans la communication avec les banques, les fournisseurs ou les clients. L’emploi est maintenu ; l’entreprise préserve son histoire et son identité.

De plus, et ce n’est pas négligeable, la valeur estimée et le prix proposé restent identiques à ceux d’une transmission vers un tiers.

 

Dans ce cas, quels sont les freins ?

Il s’agit avant tout de faire table rase des préjugés. Le patron cédant craint de ne pas trouver en interne les compétences nécessaires. Il estime que les travailleurs n’auront pas les moyens financiers. Il a peur de leur réaction.

Bien sûr, les choses s’envisagent autrement : il faut prendre le temps de mettre en place les éléments d’une transition réussie, faire confiance aux multiples compétences présentes et à leur expression collective, accompagner sans doute un peu plus le processus.

Cela nécessite de faire intervenir, en plus des experts techniques classiques (agent de transmission, réviseur, etc.), un ou plusieurs autres experts qui encadreront la transition en tant que telle : un mentor aux côtés du cédant, des accompagnateurs du collectif de repreneurs, sans oublier la mise en place d’une gouvernance participative, un plan d’affaire, la structuration de la nouvelle organisation etc. L’Union des SCOP et les Agences conseil sont particulièrement bien outillées pour assurer cet accompagnement spécifique.

En termes monétaires aussi, des solutions existent pour compléter l’effort financier des travailleurs. Les Régions soutiennent par divers outils le développement de coopératives : CoopUs à Bruxelles, Brasero en Wallonie, ainsi que des mécanismes de garantie. Des organismes financiers alternatifs qui interviennent spécifiquement pour les projets d’entreprises d’économie sociale (Crédal, Hefboom, fonds à impact etc.) viennent compléter l’apport des banques classiques.

 

À la clé ?

La nouvelle coopérative de travailleurs présente cette double caractéristique d’être à la fois la continuation de l’entreprise cédée, dont elle reprend la philosophie et l’environnement économique, et une entité alternative, dont l’organisation interne permet l’accomplissement d’une certaine démocratie économique.

En ce sens, on peut carrément parler d’upcycling !

 

Plus aller plus loin :

www.letitcoop.be

 

Emmanuel Everarts de Velp

Emmanuel Everarts de Velp
Responsable du projet SBA 2019 « Je transmets à mes salariés » pour les-scop asbl

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Salima Serouane

Coordinatrice Hub Transmission