City of Things, à Anvers

Par Peter Van Dyck  - 4 octobre 2019 à 16:10 | 109 vues

@Getty

L’expérimentation conjointe par des chercheurs, des entreprises, les pouvoirs publics et des citoyens contribue rapidement à la création d’une ville intelligente. En témoigne City of Things, le labo smart city d’Anvers. 

 

Claude Marinower

Nous rencontrons Claude Marinower, échevin anversois de la digitalisation et de l’innovation, et Jan Adriaenssens, chef de projet City of Things chez imec. Rendez-vous à ‘The Beacon’, le tout nouveau hub d’innovation pour l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle (AI), à deux pas de l’Escaut. « Anvers a vu l’émergence d’un puissant écosystème alliant innovation numérique et économie, ce qui a induit une croissance spectaculaire du nombre de start-up en scale-up », annonce d’emblée l’échevin Marinower. « La ville d’Anvers veut se hisser dans le top 10 international. » 

Le centre de recherche technologique imec a perçu cette ambition et a déployé son très stratégique programme City of Things à Anvers. La ville dispose ainsi depuis 2017 du plus grand labo de technologie intelligente de Flandre. 

 

Banc d’essai 

Imec coordonne depuis le centre interdisciplinaire The Beacon ses initiatives smart city pour toute la Flandre. Comme le dit Jan Adriaenssens, « Nous combinons recherche et banc d’essai de solutions S 

smart city. Nous commençons même souvent par un ‘proof of concept’ dont le feedback guide nos chercheurs. Cela nous renseigne rapidement sur ce dont on a besoin sur le terrain. » 

City of Things aborde aujourd’hui les domaines de l’être humain, de la mobilité, du lieu de vie et de l’architecture technique. Jan Adriaenssens insiste d’ailleurs sur l’interopérabilité de cette architecture : pas de problème si les systèmes intelligents proviennent de plusieurs constructeurs, tant qu’ils se laissent interconnecter facilement. « L’interopérabilité n’est pas évidente. D’où l’importance d’un banc d’essai à Anvers. » 

 

Ils donnent leur avis  

Premier proof of concept, la Smart Zone, vitrine de la smart city, est implantée dans le quartier populaire Sint-Andries d’Anvers. « Pas simple à lancer », admet M. Marinower. « Les habitants de Sint-Andries sont connus pour leur curiosité et leur franc-parler. Imec a pourtant répondu à chacune de leurs questions. » Toutes ces caméras dans les rues ont suscité des questions sur la vie privée des citoyens. Imec a expliqué qu’un abus des données était impossible et a créé le groupe d’experts Privacy Ethics Trust & Security (PETS) pour y veiller. Les habitants du quartier se révèlent finalement d’excellents partenaires, conscients des atouts de la Smart Zone pour leur propre développement et celui du quartier.  

Claude Marinower cite ce dicton africain: « Si tu veux avancer vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marche en groupe. » M. Adriaenssens est conscient du risque d’essoufflement du projet. Il explique sa vision de l’implication : « Imec utilise une méthodologie de ‘living lab’, qui implique l’utilisateur final (le citoyen) dans les tests, la création et l’évaluation qui ponctuent le processus d’innovation. Du concept jusqu’à l’interface utilisateur, nous privilégions le dialogue à chaque phase. Il faut même aller un rien plus loin dans le cas d’un projet smart city, puisqu’il concerne aussi les citoyens. Dans le contexte international, les ‘hackable cities’ émergent et donnent aux citoyens la possibilité de s’approprier la ville. On voit des gens qui achètent de la technologie pour installer des stations météo dans leur jardin. Notre architecture smart city doit pouvoir soutenir ce type d’initiatives citoyennes. » 

 

Éclairage public flexible  

Les capteurs sensibles et gateways sans fil de la Smart Zone permettent notamment un éclairage intelligent de la place Sint-Andries. M. Adriaenssens explique : « Nous pilotons l’éclairage public via diverses données en temps réel, tels que le nombre de passants, les conditions météo et les activités sur place. Si le terrain de basket est occupé, par exemple, l’éclairage doit être un peu plus puissant. »  

Autre application : le carrefour compliqué à cinq branches sur la Nationalestraat, à hauteur de l’Institut de Médecine Tropicale. Les trams y côtoient un trafic dense. « Nous avons d’abord analysé le comportement de traversée à hauteur d’un passage pour piétons. Ensuite, nous avons stimulé un changement de comportement via du nudging – par exemple un quiz ou un écran qui informe sur les comportements de traversée », explique Jan Adriaenssens. « Un passage intelligent pour piétons peut être utile à proximité d’écoles ou de pôles d’attraction touristiques. » 

 

L’union fait la force  

Jan Adriaenssens

L’idée d’une Smart Zone digitale a surgi lorsqu’il y a un an et demi, les chercheurs s’efforçaient de trouver des moyens d’accélérer les tests. C’est ce qui a donné naissance à Digital Twin, un modèle en 3D de la ville d’Anvers tout entière. « Nous pouvons y visualiser des modèles et appliquer des scénarios de conditions particulières », raconte M. Adriaenssens. « Qu’en est-il de la qualité de l’air ou des nuisances sonores quand on réduit la vitesse ou ferme une rue ? Nous avons monté des capteurs sur des camionnettes bpost qui mesurent pour nous la qualité de l’air. Le couplage de ces données à celles de la mobilité est particulièrement instructif. » 

City of Things stimule les entreprises et les organisations. Les pompiers d’Anvers ont notamment décidé avec des partenaires de résoudre un problème opérationnel (le manque de données détaillées sur les inondations). Les entreprises peuvent tirer avantage du scanning des piétons et des capteurs sonores installés dans les rues. M. Adriaenssens s’en explique : « L’entreprise qui participe au programme doit pouvoir partager ses données sur la Smart Zone avec d’autres intervenants. Exemple :  le commerce de détail utilise de nombreux scanners bluetooth et wifi, alors que sur la route, on rencontre de nombreuses caméras ANPR. Tous ces systèmes produisent leurs propres données. Via la plate-forme CityFlows, nous voulons les combiner pour en extraire un seul modèle. Les entreprises constateront avec intérêt combien les données peuvent contribuer à un système plus perfectionné, qui leur permet d’optimiser leurs services. Cette convergence des données ouvre des perspectives en termes de mobilité, de planification des services d’urgence, d’activités touristiques et de commerce de détail. »  

 

Par-delà la frontière  

Les expériences à Anvers peuvent-elles profiter à Bruxelles ? Selon M. Adriaenssens, « la complexité de Bruxelles pourrait bénéficier d’une interopérabilité des flux de données. Même si les communes font appel à des prestataires différents, cela ne pose pas problème tant que le marché public impose la conformité aux mêmes normes. Ce serait un grand pas en avant. »  

«Certains quartiers de Schaerbeek pourraient utiliser les passages intelligents pour piétons », dit M. Marinower. « Si vous souhaitez traverser des rails de tram à Amsterdam et qu’un tram arrive à ce moment-là, un signal d’alarme s’enclenche. De nombreux accidents tragiques sont évitables avec un peu de technologie. » 

« En Flandre, nous regardons aussi  par-delà les frontières », ajoute M. Adriaenssens. « Il y a quelque temps, les Pays-Bas ont lancé le programme Talking Traffic, avec notamment des feux de circulation intelligents. Nous en avons repris les éléments intéressants dans le programme Mobilidata flamand. Le but est de concevoir un système qui peut être connecté à son homologue néerlandais. J’invite donc aussi la Région de Bruxelles-Capitale à s’inspirer de ce qui se passe en Flandre. »  

 

 

Les partenaires structurels d’imec et de la ville d’Anvers dans le projet City of Things sont notamment Telenet, Robovision, Orange et TNO. 

 

 

  

 

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