Société : « 4 citoyens sur 10 risquent l’exclusion numérique »

Par Géry Brusselmans  - 4 octobre 2019 à 16:10 | 122 vues

Tania Maamary, coordinatrice pour l’inclusion numérique.

Coordinatrice de l’inclusion numérique pour la Région de Bruxelles-Capitale, Tania Maamary a le rôle de donner accès au numérique à tous les publics. 

 

Vous êtes la première coordinatrice pour l’inclusion numérique en Région de Bruxelles-Capitale. En quoi consiste votre rôle  ?

« En décembre 2018, le gouvernement bruxellois a approuvé un plan d’action destiné à l’inclusion numérique, à savoir offrir l’accès au digital aux personnes en fracture numérique. Ce plan comporte quatre axes majeurs : le développement d’actions au niveau de la Région, la recommandation au niveau des communes, la structuration des EPN, à savoir les Espaces Publics Numériques, et la communication autour de toutes ces actions. En tant que coordinatrice de l’inclusion numérique, poste qui a été créé en février dernier, je suis chargée de mettre en place ces quatre axes. »  

 

Comment définit-on la fracture numérique  ?

« Le terme est utilisé pour rendre compte des inégalités concernant l’accès aux technologies numériques (accès à un ordinateur, à une connexion internet de qualité…), leur utilisation et la capacité des personnes à comprendre ces usages. Même si la part des ménages équipés d’une connexion internet tend à augmenter significativement, la maîtrise de l’outil informatique reste problématique pour une partie de la population. Il existe plusieurs types de publics potentiellement en fracture numérique selon l’âge, le genre, le niveau d’éducation, le niveau de revenus… Une personne isolée de plus de 65 ans risque par exemple d’y être plus exposée, tout comme des personnes aux revenus bas ou avec un faible niveau d’études. » 

 

Existe-t-il des statistiques sur l’inclusion numérique à Bruxelles  ?

« Récemment, l’IBSA (perspective.brussels) a publié des chiffres sur l’accès aux TIC et leur utilisation par les Bruxellois. Selon cette étude, en 2018, 8 ménages sur 10 bénéficient en Région bruxelloise d’une connexion internet à large bande. Une étude publiée par la Fondation Roi Baudouin annonce par ailleurs que 4 personnes sur 10 risquent l’exclusion numérique et que 12 % des Belges n’ont pas de compétences ou ne sont pas utilisateurs d’internet. »  

 

Quels sont les objectifs 2019 pour l’inclusion numérique à Bruxelles ?

« L’idée est de toucher les publics les plus fragilisés, notamment pour leur donner accès aux démarches administratives en ligne. Cela passera par le développement des EPN, les Espaces Publics Numériques : des centres où des ordinateurs sont mis à disposition gratuitement ou à un tarif socialement acceptable, et où des formateurs peuvent dispenser des conseils. Nous avons établi une charte qui permet de labelliser les EPN répondant à des critères de qualité. Il y a actuellement une dizaine d’EPN labellisés par la Région et nous aimerions en créer 25 pour la fin 2019. Citons également le développement de Caban, le Collectif des Acteurs Bruxellois de l’Accessibilité Numérique, qui référence les EPN, ou encore les possibilités de formations liées au numérique. Nous développons également une partie communication afin de faire connaître les services à tous les acteurs intéressés : homes, écoles, Actiris, CPAS ou encore Bruxelles Formation. »  

 

Molenbeek, commune la plus fragile 

Fin 2017, trois chercheuses de l’ULB ont livré une analyse sur la fracture numérique en Région de Bruxelles-Capitale. Elles ont notamment établi pour chacune des 19 communes bruxelloises un score de « vulnérabilité numérique ». Sur la base de critères tels que l’âge, le niveau d’instruction, le taux de chômage ou encore la part de logements sociaux, cette étude livre des cotes de 1 à 5 (5 correspondant à la plus grande vulnérabilité numérique). Il est apparu que les communes les plus exposées étaient Molenbeek (4,3/5) et Saint-Josse (4,1) ; les moins vulnérables étant Ixelles (2,1) et Woluwe-Saint-Pierre (1,9). 

 

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