Walthamstow Forest : la revanche des cyclistes et piétons

Par Peter Van Dyck  - 4 octobre 2019 à 13:10 | 161 vues

@Dun.Can

Quand on pense aux manifestations devant des écoles bruxelloises pour une meilleure qualité de l’air et un trafic plus sûr, on mesure combien est intéressante et inspirante l’initiative prise par Walthamstow Forest, une des communes de Londres. 

 

Walthamstow Forest est l’un des 18 boroughs (communes) de la capitale britannique. Son Queen Elizabeth Olympic Park lui a conféré un rôle majeur durant les Jeux Olympiques de 2012. Les Jeux ont d’ailleurs redynamisé cette zone urbaine en manque d’investissements et saturée de trafic. Les 280.000 habitants actuels voient leur nombre croître et les pouvoirs publics étudient la façon de rendre cette croissance durable. 

Les édiles ont immédiatement incité les habitants à se déplacer davantage à pied et à vélo, histoire de profiter de l’environnement verdoyant. Comme le dit Clyde Loakes, échevin de Walthamstow Forest : « Nous voulions une transition rapide, pour le bien de nos enfants. » Walthamstow a participé en 2013 à un concours entre boroughs londoniens. Son programme dénommé mini-Holland comprenait un réseau cyclable bien fléché pour relier entre elles les zones résidentielles. Il a terminé parmi les trois gagnants du concours. Et ce plan a fonctionné, au vu des 20.000 cyclistes que Walthamstow Forest accueille quotidiennement. 

 

Les aléas de l’opinion  

L’administration a immédiatement demandé à la population locale ce qu’elle voulait et refusait. Cette base a servi à l’élaboration des premiers plans, à nouveau soumis aux citoyens et aux organisations (y compris les écoles locales). Les réactions étaient parfois contrastées, admet Clyde Loakes. « Les commerçants exigeaient davantage de stationnement, alors que les clients voulaient moins de trafic et plus de sécurité en traversant la rue. » Sans surprise, les concepteurs du projet ont été plus réceptifs aux aspirations des seconds. L’automobile perdait sa priorité, au bénéfice d’espaces verts paisibles. De nouveaux espaces publics sont apparus et une limitation à 30 km/h a été instaurée partout.  

Au Royaume-Uni, le lobby automobile a toujours tenté de semer la zizanie entre les piétons et cyclistes. « Or, nos consultations ont démontré que ces deux groupes ont plus en commun qu’on ne le pense », rétorque M. Loakes. Une période d’essai a provoqué quelques remous. Les citoyens avaient la possibilité de formuler leur opinion nuancée via une plateforme en ligne. M. Loakes reconnaît que la consultation des habitants peut engendrer quelques péripéties. En témoigne cette manifestation émotionnelle de 500 personnes contre la décision de fermer dix rues au trafic automobile, face au soutien de nombreux adeptes. Les enfants notamment étaient heureux de pouvoir à nouveau jouer dans la rue.  

Au vu des résultats, les sceptiques se sont tus. 43 rues ont été fermées au trafic automobile en cinq ans et 350 arbres ont été plantés. Les artères commerçantes sont plus fréquentées que dans le passé. Les gens viennent même du centre de Londres pour découvrir ce quartier commerçant tellement agréable. Clyde Loakes et le consultant Jon Little imputent aussi le succès à des mesures annexes, telles que les leçons de vélo gratuites et la location de vélos dans les gares.  

Les chercheurs de l’université de Westminster ont eu du mal à croire leur propre étude, qui faisait état d’une augmentation spectaculaire du nombre de piétons et de cyclistes après à peine un an. Aujourd’hui, les habitants de Walthamstow Forest s’adonnent à plus d’activité physique que ceux de tous les autres boroughs de Londres. La qualité de l’air s’améliore : en 2007, 58.000 maisons rejetaient plus de NO2 que ne l’autorisait la norme européenne. Aujourd’hui, seules 6300 maisons sont encore dans le cas. « C’est toujours trop, mais ce progrès significatif prouve que nous sommes sur la bonne voie », conclut Clyde Loakes. 

 

 

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