Action climatique 2.0

4 novembre 2019 à 08:11 | 102 vues

D.R.

Je me rappellerai toujours mes premiers coups de fils, fin 2006, quand j’appelais des entreprises pour leurs proposer de les aider à calculer et réduire leurs émissions de CO2. Ces appels finissaient souvent par « C’est gentil, mais je ne pense pas qu’on émet beaucoup de CO2… ». Ces premières années étaient une sorte de traversée du désert… 

Heureusement, même dans le désert, on rencontre, comme une oasis, des patrons ou des responsables de départements visionnaires, qui vous font confiance et qui décident de franchir le pas. Des pas importants, car chaque tonne de CO2 émise dans l’atmosphère a un coût : de 220 (selon Stanford University) à 417 dollars (selon la revue Nature) pour la société et les générations futures. 

Mondialement, ce sont près de 40 milliards de tonnes de CO2 qui sont émises chaque année… Une petite multiplication nous indique que, chaque année, les grands émetteurs de CO2 transfèrent des coûts gigantesques aux générations futures, puisqu’ils ne paient pas le prix réel de leur impact. Or, les coûts du changement climatique commencent à se faire sérieusement sentir. Demandez aux grands réassureurs comme Swiss RE, Munich RE, qui remboursent entre autres les dégâts des catastrophes climatiques… Des coûts que M. et Mme Tout-le-monde devront finalement endosser.  

 

Que l’on soit ‘believer’ ou ‘non-believer’ de l’urgence climatique, nous en payons déjà tous le prix, souvent sans nous en rendre compte.  

 

Quand les consommateurs en prendront conscience – et ce ne sera plus très long – le temps des belles paroles (qui ne coûtent rien) sera révolu. Nous entrerons dans la phase 2.0 (qui pour certains a déjà commencé) ; la phase de véritable action climatique, sur base de chiffres, de réelles actions mesurées, suivies et contrôlées.  

C’est là tout l’intérêt du calcul, de la réduction et de la compensation des émissions carbone, vérifiée et labellisée selon des standards reconnus : une réponse holistique au besoin de reconnaissance d’actions réelles à tous niveaux, pour se différencier du « blabla » et du « greenwashing ». Une démarche qui oblige l’entreprise à prendre ses responsabilités climatiques.  

L’exercice-vérité sera sans doute difficile pour beaucoup d’entre elles, dont l’impact climatique est trop élevé par rapport à la valeur qu’elles créent pour la société. Cela les obligera à une remise en question de leurs produits, services et modèles non-durables, mais leur permettra d’anticiper les disruptions auxquelles elles feront face.  

Il faut désormais voir l’action climatique comme une sorte de ‘license to operate’ : les exigences environnementales dans les appels d’offre et politiques d’achats sont déjà là et vont se multiplier à grande vitesse.  

C’est ce qui devrait nous amener à un « point de bascule » : ce moment où l’action climatique deviendra une véritable source de revenus – en d’autres mots, un business. Dans notre traversée du désert, on nous a parfois reproché de ne pas être une asbl… Comme si, parce qu’on fait quelque chose de bien pour la planète ou l’environnement, on ne devrait pas pouvoir le faire de façon lucrative.  

C’est le contraire qui est illogique : serait-il normal de pouvoir « gagner sa vie » en détruisant la planète ? Ne serait-il pas plus intéressant pour tout le monde si on pouvait « gagner sa vie » en aidant la planète et l’environnement ? C’est ce modèle qui inspire de plus en plus d’entreprises – et leurs collaborateurs ! – à la recherche de ‘purpose’ pour donner du sens à leurs activités.  

 

Antoine Geerinckx, fondateur et managing director de CO2logic 

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