Rebondir de l’échec vers le succès

Par Vinciane Pigarella  - 29 janvier 2020 à 08:01 | 618 vues

@Getty

En 2018, 3102 entrepreneurs bruxellois ont déposé le bilan (11 000 pour la Belgique). Pourtant, la faillite reste taboue. Les mentalités doivent évoluer. Le temps d’une soirée organisée par reStart et autour de la cheffe Isabelle Arpin, le sujet a été abordé sans langue de bois.  

 

Nous savons comment réagir en cas de succès mais en cas d’échec, personne n’a de mode d’emploi. Échouer est humain. Cela fait du bien de le savoir et de le partager. Depuis mars 2017, le programme reStart (voir encadré) a vu passer 160 participants. Plus de la moitié ont retrouvé un projet professionnel comme entrepreneur et/ou salarié. Car il s’agit bien de cela : accepter l’échec avant de se donner rapidement les moyens de se relever. 

Isabelle Arpin, cheffe de renom, en est un parfait exemple : « La faillite peut nous atteindre de différentes manières. Dans mon cas, ce n’est pas une faillite personnelle mais celle du restaurant dans lequel j’officiais. Cela s’est répercuté sur mon activité et sur moi-même, psychologiquement. Le regard des autres, la vie sociale, la perte de confiance en soi, c’était difficile à gérer. » Forte d’un parcours de vie qui ne l’a pas épargnée, Isabelle Arpin transforme cet échec en force. Elle prend le meilleur de cette mésaventure pour se relancer, vite, très vite. Enthousiaste, elle témoigne : « Je crois que la faillite du restaurant a été déclarée le 13 décembre et le 19 février, j’ai rouvert en face, dans un établissement flambant neuf, qui nous appartient maintenant. » La cheffe confie ne pas être une entrepreneuse née. « J’étais un peu une planquée, j’étais bien où j’étais mais je n’étais pas libre. Il a fallu du courage, un peu d’argent et un entourage soutenant, mais ça valait la peine d’aller très vite. J’ai la chance d’avoir une équipe qui m’a suivie, qui est à mes côtés, c’est un moteur ! » Un moteur dont, sans aucun doute, elle est le carburant.  

 

Stopper l’activité à temps 

Partager son expérience en toute transparence renforce le sentiment que tout est possible, surtout après une faillite. Mais quelles sont les difficultés rencontrées par les entrepreneurs qui mettent la clé sous le paillasson ? Les avis des experts convergent : quand les premiers signes d’alerte apparaissent, plutôt que de prendre du recul, l’entrepreneur s’obstine, quitte à parfois continuer l’activité seul. « Lorsqu’un entrepreneur vient nous voir, dans 50% des cas, il est trop tard. Les chances de survie de l’entreprise sont nulles. Pourtant des procédures de redressement existent, notamment pour pérenniser l’entreprise », explique Jean-Pierre Riquet, juriste, fiscaliste et expert au Centre pour Entreprises en difficulté (CEd)1 

Le patron de PME est aujourd’hui une sorte de magicien qui, en plus de son produit, doit maîtriser tout un tas d’outils. « Le nez dans le guidon, il s’arrête toujours trop tard et certainement par manque d’une vision claire quant à la situation de son business », ajoute Alain Henderickx, curateur et avocat spécialisé en droit commercial et des sociétés. 

Avec un peu de bon sens, ces difficultés peuvent être évitées. Tout d’abord, il faut mûrir un plan financier, connaître le besoin de cashflow pour lancer l’activité. Savoir combien d’argent gagner pour éviter d’en perdre. Une réflexion soutenue par Philipp Oosterlincks, consultant, expert en entrepreneuriat bénévole chez Dyzo asbl, en Flandre : « Souvent, l’entrepreneur en difficulté est plein d’espoir. Il veut trouver des solutions mais quand je demande s’il se verse encore un salaire, la réponse est non. C’est souvent un élément que l’entrepreneur transgresse et c’est le premier signal d’alarme. » Ensuite, il faut bien s’entourer, comme l’explique Alain Henderickx : « Quand vous vous lancez, constituez une équipe : comptable, juriste, etc. Trop d’entrepreneurs considèrent ces budgets comme des coûts alors que ce sont des investissements. Rencontrer régulièrement ces personnes ressources vous permettra de prendre le pouls de votre business et d’éviter des problèmes plus graves. » Isabelle Arpin acquiesce, non sans humour : « Je téléphone plus souvent à mon comptable qu’à ma propre mère. Dès que j’ai une question, je l’appelle. J’aime la sécurité, pouvoir anticiper un moment où ça ira moins bien. » Anticiper les difficultés, pour, le cas échéant, trouver une solution plus saine que le dépôt de bilan, comme la transmission de l’entreprise ou sa liquidation.  

 

À chaque difficulté son opportunité 

Les entrepreneurs faillis subissent généralement un quadruple traumatisme : professionnel, financier, social et personnel. « Pour chaque moment de difficulté, il y a toujours une opportunité », souligne Jean-Pierre Riquet. « Un programme comme reStart permet de déceler cette opportunité et de la mettre en place. La faillite n’est pas un échec, c’est une étape. » La législation belge propose d’ailleurs des outils pour aider les faillis à rebondir : l’effacement des dettes et le droit passerelle. Le premier permet à tout indépendant en personne physique, déclaré en faillite, d’être libéré envers ses créanciers du solde de ses dettes contractées pour le bon fonctionnement de son activité. C’est un nouveau départ offert au failli. Le droit passerelle quant à lui permet, selon certaines conditions au moment où l’indépendant en personne physique cesse son activité, de recevoir un revenu social jusqu’à 12 mois. 

Après un dépôt de bilan, il est facile de culpabiliser, de couper tout contact avec ses relations, d’être en colère. Il faut pouvoir analyser la situation en toute lucidité, pour ne plus commettre les mêmes erreurs. « Il faut pouvoir regarder la réalité en face. Observer la situation sans chercher à se déculpabiliser sur quelqu’un d’autre. Celui qui va rebondir va accepter d’analyser pourquoi ça n’a pas fonctionné. Il va faire son autocritique, sans se flageller », poursuit Alain Henderickx. Ensuite, prenez le temps avant de redémarrer une nouvelle activité entrepreneuriale. « Il faut faire le deuil de ce qui a été », souligne Philippe Oosterlincks. « En redémarrant trop vite, vous allez vous surinvestir et risqueriez de commettre les mêmes erreurs. » Pour ne pas sombrer après la faillite, il faut s’entourer. « Il faut pouvoir se relancer dans un nouveau projet, privé ou professionnel. Travailler pour quelqu’un d’autre pendant un certain temps peut être positif, pour prendre du recul, réfléchir au sens que l’on veut donner à son activité professionnelle, etc. » 

La faillite peut toucher tout entrepreneur au cours de sa carrière. Stopper une activité est humain. Comme l’a souligné Tarik Hennen, consultant digital chez Beci et passé plusieurs fois très près de la faillite : « La faillite in fine, ce n’est qu’une procédure juridique qui protège les gens. » Ne perdez pas de vue que la peur de l’échec est saine, cela fait du bien de le savoir et de le partager.  

 

De gauche à droite : Isabelle Arpin, Jean-Pierre Riquet, Alain Henderickx , Philipp Oosterlincks

 

 

Le programme reStart : pour qui ? pour quoi ? 

Son objectif est double :  

  • Accompagner personnellement et professionnellement les faillis afin de rebondir dans un nouveau projet entrepreneurial ou salarial.  
  • Changer la culture de l’échec au niveau social, économique et auprès des entrepreneurs faillis par le biais de séances d’information, de tables rondes et de conférences.  

Le programme de 5 mois s’adresse à tout entrepreneur bruxellois qui a connu une faillite il y a moins de deux ans. Il n’est pas nécessaire d’avoir un projet professionnel, mais il faut certainement la volonté de s’engager dans le programme avec bienveillance, écoute et partage.  

 

Contact et info : Eric Vanden Bemden, coordinateur ; +32 563 68 56, restart@beci.be 

https://www.beci.be/service/restart

 

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