Préserver l’économie locale : il y a de l’idée dans les communes

Par  - 7 mai 2020 à 17:05 | 785 vues

(c) Getty

Comment préserver l’économie locale face à une crise inédite, qui a entraîné un confinement généralisé ? Et comment la relancer ensuite ? Au cours des dernières semaines, nous avons interrogé les échevins en charge des matières économiques dans les communes bruxelloises. Des exemptions de taxes aux chèques commerces, les réponses sont souvent similaires ; les idées parfois plus originales.

 

Dix-neuf communes, ce sont autant de réalités différentes : superficie, population, budget, tissu urbain et commercial, structures sociales, niveau de vie, paysage politique… Au fil des interviews, malgré toutes ces différences, nous avons cependant perçu chez la plupart de nos interlocuteurs la volonté de se concerter, entre eux et avec la Région, de s’inspirer les uns des autres et d’agir en bonne intelligence.

 

1. Des exemptions de taxes et de loyers

Parmi les mesures prises, certaines s’imposaient d’elles-mêmes ; on les retrouve pratiquement partout. Ainsi, la plupart des communes (Uccle, Bruxelles-Ville, Woluwe-Saint-Lambert…) ont commencé par actionner le levier fiscal en exonérant les commerces de taxes sur les enseignes, les étals ou les terrasses… Du moins, là où ces taxes existent, car certaines communes taxent peu les commerces, d’autres un peu plus. De même, les communes ont généralement suspendu les loyers commerciaux, dans les locaux dont elles sont propriétaires.

 

2. La prime communale fait débat 

Attribuer une « prime covid », c’est une autre histoire : peu de communes pourraient se le permettre (d’autant que les pertes fiscales vont peser sur les budgets) et ce serait doublonner la prime régionale de 4.000 €. Seule Saint-Josse (qui n’a pas répondu à nos demandes) a annoncé une prime de 2.000 € par commerce, tandis qu’Etterbeek a prévu de reconvertir une prime au lancement ou à la rénovation des commerces et d’en doubler le budget, passant de 150.000 à 300.000 €. Des initiatives diversement appréciées par d’autres communes, qui pointent leur caractère inégalitaire.

 

3. Un soutien pratique

Sur un plan plus pratique, les communes ont parfois aidé les commerçants à équiper leurs comptoirs de plexiglas ou à tracer des lignes de distanciation, comme à Forest. Beaucoup ont mis en place un guichet unique ou un numéro vert pour informer les commerçants des différentes mesures et des possibilités d’aide, par exemple à Jette. Anderlecht a même créé un groupe WhatsApp dans le même but.

 

4. Des outils de promotion

Pour promouvoir les commerces restés ouverts ou les restaurants proposant des livraisons ou de la vente à emporter, de nombreuses communes (Woluwe-Saint-Pierre, Evere…) leur ont réservé une page internet dédiée, ou ont profité de panneaux d’affichage vacants. Koekelberg distribuera un guide papier, en toutes-boîtes. Et pour faciliter le shopping de proximité, alors que les transports publics sont limités, certaines ont rendu le parking gratuit.

De nouvelles idées se développent à l’heure où nous écrivons : Ixelles s’apprête à lancer une boutique en ligne partagée, #MaZone, tandis qu’Auderghem évoque la possibilité d’aider les commerçants à réaliser des vidéos.

 

5. L’événementiel en attente

Aux prémices du déconfinement, les communes commencent à réfléchir la relance. L’événementiel et les animations, qui soutiennent traditionnellement l’activité commerciale, sont encore en berne pour de longues semaines ; beaucoup de nos interlocuteurs estiment l’été perdu. Dès lors, ils comptent sur un bel automne pour rattraper une partie du temps perdu et planifient déjà des programmes remaniés ou des campagnes de promotion, en espérant conjurer le reconfinement.

 

6. Tout le monde parle des chèques locaux

Mais surtout, une idée se répand comme une traînée de poudre : le développement de « chèques-commerces locaux ». Née à Ganshoren, avant l’épidémie de covid, la formule présente de sérieux arguments aux yeux de certains : offrir du pouvoir d’achat aux habitants, au profit des commerces de proximité, en espérant créer de nouvelles habitudes d’achat et même du lien social. Les configurations envisagées varient selon les communes : un système permanent, fondé sur la conversion de primes communales, à Ganshoren ou Berchem. Une action limitée dans le temps à Schaerbeek, où l’on aurait plutôt recours à une cascade de chèques-réductions.

À plus long terme, certains souhaitent inscrire un tel système dans une logique de transition écologique, en l’appuyant sur des critères tels que ceux de la Zinne, cette monnaie locale soutenue par des associations bruxelloises. Les plus enthousiaste évoquent une possibilité d’échange entre communes limitrophes, voire une adoption de la Zinne à l’échelle régionale. D’autres, plus prudents, rappellent l’échec des Eco-Iris ou soulignent les risques d’une mutualisation entre des communes aux tissus commerciaux bien différents.

Alors, ces chèques-consommation, outil de relance et de relocalisation du commerce ? Ou bien outil de protectionnisme local et nouvelle forme de dirigisme économique ? Le sujet fait en tout cas beaucoup parler – et mérite bien un débat.

Partager