Le CA des entreprises commence à se redresser

5 juin 2020 à 10:06 | 936 vues

Une nouvelle enquête a été réalisée la semaine dernière par plusieurs fédérations d’entreprises et d’indépendants (en particulier BECI, SNI, UNIZO, UWE et VOKA pour cette dernière enquête) et il s’agit de la huitième vague de l’enquête depuis fin mars. Cette initiative coordonnée par la BNB et par la FEB a pour objectif d’évaluer l’incidence de la crise du coronavirus sur l’activité économique en Belgique ainsi que sur la santé financière et les décisions des entreprises belges. Au total, 2 993 entreprises et indépendants ont répondu à cette huitième enquête[1].

Le chiffre d’affaires des entreprises s’améliore depuis la dernière enquête

Les entreprises interrogées ont indiqué une baisse du chiffre d’affaires de 26 % par rapport au niveau d’avant crise lorsque l’on tient compte de la taille des entreprises et du poids des branches d’activité dans la valeur ajoutée en Belgique. Pour la première fois depuis que cette enquête est menée auprès des entreprises, la baisse rapportée du chiffre d’affaires faisant suite à la crise du coronavirus descend significativement sous la barre des 30 %. De manière plus générale une amélioration semble s’être amorcée sur les trois dernières vagues de l’enquête, ce qui correspond aux premières phases du déconfinement.

Cette semaine, les entreprises interrogées de deux secteurs en particulier font état d’un redressement sensible de leurs ventes : la construction et le commerce. Ces deux secteurs ont pour la première fois dépassé la moyenne nationale et apparaissent désormais parmi les secteurs les moins impactés par la crise du coronavirus sur la semaine écoulée (si on ne tient pas compte de l’accumulation des pertes passées). Les entreprises du secteur de la construction indiquent ainsi une baisse de 14 % par rapport à la situation précédant la crise, contre une baisse de 34 % rapportée lors de la vague précédente et une baisse de 42 % en moyenne sur les six premières enquêtes. A noter que les entreprises interrogées du secteur des activités immobilières font également état d’une sensible amélioration cette semaine, mais ces résultats ne reposant que sur un faible nombre de répondants, la prudence reste de mise quant à leur interprétation.

Les entreprises interrogées du secteur du commerce rapportent une baisse de leur chiffre d’affaires de l’ordre de 16 % par rapport à l’avant crise alors qu’elles indiquaient une baisse de 36 % dans l’enquête précédente et de 51 % lors des six premières vagues de l’enquête. Les entreprises interrogées du secteur de la vente au détail non alimentaire, dont les ventes avaient rebondi il y a deux semaines, n’ont pas enregistré d’évolution majeure cette semaine. A l’inverse, les entreprises de la vente au détail alimentaire et de la vente en gros indiquent une sensible amélioration cette semaine de leurs ventes avec respectivement des taux de croissance de +1 % (contre -16 % lors de l’enquête précédente) et -17 % (contre -43 % lors de l’enquête précédente) par rapport à l’avant crise.

Comme pour les enquêtes précédentes, les deux secteurs les plus impactés restent le secteur des arts, spectacles et services récréatifs et l’horeca. En moyenne depuis fin mars, ces deux branches d’activité rapportent des baisses de leur chiffre d’affaires de respectivement 86 % et 89 % par rapport à l’avant crise. Cette semaine ne fait pas exception et l’accumulation de plus de deux mois de pertes frôlant les 90 % laissera plus que probablement une empreinte indélébile sur la santé financière et l’emploi des entreprises de ces secteurs.

Le degré d’inquiétude des chefs d’entreprise diminue mais le risque de faillite et les problèmes de liquidité restent préoccupants

Le degré d’inquiétude exprimé par les entreprises et mesuré sur une échelle de 1 à 10 est passé de 6,7 il y a deux semaines à 6,6 cette semaine. Une constante amélioration est ainsi observée depuis fin avril et ceci va de pair avec les différentes annonces du gouvernement clarifiant les étapes de déconfinement. Des différences sectorielles sont toutefois observées avec notamment un degré d’inquiétude plus élevé au niveau des secteurs des arts, spectacles et services récréatifs (8,9), de l’horeca (8,1) et du transport et du stockage (7,9).

Les problèmes de liquidité ne semblent pas avoir grandement évolué depuis l’enquête précédente puisque 27 % des entreprises indiquent ne pas pouvoir maintenir leur position de liquidité au-delà de trois mois contre un chiffre de 25 % lors de l’enquête précédente. Toutefois, on constate une nette amélioration par rapport au chiffre moyen des six premières vagues de l’enquête (36 %). Les problèmes de liquidité continuent à être les plus importants dans le secteur de l’horeca ainsi que dans le secteur des arts, spectacles et services récréatifs, où plus d’une entreprise sur deux a déclaré ne pas pouvoir maintenir sa position de liquidité plus de trois mois.

La perception du risque de faillite est restée au même niveau que lors des enquêtes précédentes : 8 % des entreprises interrogées indiquent qu’une faillite est probable ou très probable. Ce pourcentage reste le plus élevé dans le secteur des arts, spectacles et services récréatifs (24 %), l’horeca (20 %) et il a augmenté dans le secteur du transport et du stockage (19 %).

Les perspectives restent teintées de pessimisme à la fois pour le chiffre d’affaires et l’emploi

Les anticipations des entreprises quant à leur activité dans un avenir proche sont de première importance, notamment afin d’évaluer la vigueur de la reprise de l’activité. Cette semaine deux questions ont été posées dans cette optique.

La première a trait aux prévisions de l’emploi dans les entreprises interrogées (« Comment voyez-vous le nombre d’employés dans votre entreprise évoluer entre la situation d’avant crise et la fin de l’année ? »). En tenant compte de la taille des entreprises interrogées en termes d’employés et du nombre d’employés par branche d’activité, on observe que six entreprises interrogées sur dix pointent en direction d’une diminution de l’emploi et un peu moins de quatre entreprises interrogées sur dix indiquent une stabilité de l’emploi. Seulement 4 % des entreprises interrogées prévoient d’augmenter le nombre d’employés.

Sur base de ces résultats et de la répartition sectorielle de l’emploi salarié dans le secteur privé en Belgique, nous estimons à un peu plus de 180 000 la baisse de l’emploi du secteur privé (hors indépendants) en Belgique, ce qui représente près de 7 % de l’emploi salarié privé. Il convient de noter que cette évaluation de l’impact sur l’emploi du secteur privé est quasiment identique à celle d’une enquête précédemment publiée qui était focalisée sur le nombre de chômeurs temporaires qui pourraient être licenciés. Une partie importante de cette baisse de l’emploi (48 000) se trouve au niveau du commerce étant donné que les entreprises interrogées de cette branche d’activité indiquent une diminution moyenne de près de 10 % alors que le commerce représente une part importante de l’emploi privé en Belgique. L’industrie représente aussi une large partie de l’emploi en Belgique et les entreprises interrogées de ce secteur rapportent quant à elles une baisse moyenne de 7 % de leur emploi salarié, soit un chiffre proche de la moyenne belge. Dans l’horeca et le secteur des arts, spectacles et services récréatifs, la baisse exprimée est considérable et concerne près d’un emploi sur quatre, soit respectivement plus de 30 000 et 7 000 individus. Rappelons par ailleurs que 10 % des indépendants évaluent une faillite comme probable ou très probable ce qui pourrait encore élargir la perte d’emplois dans le secteur privé.

La seconde question relative aux anticipations traite directement de l’estimation du chiffre d’affaires pour le trimestre à venir. A ce niveau également, les entreprises interrogées se montrent pessimistes puisque seulement une entreprise sur huit s’attend à atteindre le niveau de son chiffre d’affaires d’avant crise ou à le dépasser au troisième trimestre. En moyenne, lorsqu’on tient compte de la taille des entreprises et du poids des secteurs dans la valeur ajoutée, on obtient une baisse du chiffre d’affaires global comparativement à l’avant crise qui est à peu près similaire à celle observée dans cette enquête-ci. Autrement dit, en moyenne les entreprises interrogées ne s’attendent à aucune amélioration significative de leur chiffre d’affaires et par voie de conséquence de leur emploi d’ici le mois d’octobre. La raison principale qui est évoquée par une large majorité des entreprises interrogées reste la faiblesse de la demande.

[1] La participation à l’enquête de certaines fédérations dont les membres opèrent au sein d’un secteur d’activité spécifique peut induire une erreur d’échantillonnage. Ainsi, les entreprises d’une branche d’activité pourraient être fortement représentées dans notre échantillon alors qu’elles le sont plus faiblement dans l’ensemble de l’économie. Une stratification de l’échantillon par branche d’activité est dès lors réalisée en fonction du poids dans la valeur ajoutée en Belgique. Cependant, l’évolution au fil des semaines doit être interprétée avec prudence, étant donné que les entreprises ayant répondu à l’enquête peuvent différer d’une semaine à l’autre.

 

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