Comment encourager l’entrepreunariat de seconde chance ?

1 décembre 2020 à 11:12 | 563 vues

[article invité]

Au pic de la crise sanitaire et de ses effets désastreux sur l’économie, comment ne pas s’intéresser de près « au rebond » des entrepreneurs qui ont connu des difficultés ? Par-delà de ce contexte particulier, pourquoi ne pas « s’attaquer » véritablement à la valeur « morale » de l’échec des entrepreneurs, en leur permettant de (re)trouver sérénité, confiance en soi et épanouissement dans l’entrepreunariat de seconde chance ?

Qu’est-ce que l’entrepreunariat de seconde chance ?

L’entrepreneuriat de seconde chance implique donc de (re)lancer une activité entrepreneuriale à la suite d’un échec involontaire. Un entrepreneur de seconde chance se définit alors comme un individu qui, après avoir connu une première difficulté  entrepreneuriale, décide de créer une nouvelle entreprise.

Favoriser l’entrepreneuriat de la seconde chance, c’est aussi mettre en œuvre des mesures structurelles qui permettent à des entrepreneurs souhaitant recréer une activité de ne pas être freinés dans leur processus de création par un passé encore trop lourd à porter. Mais c’est aussi et surtout, leur permettre de retrouver leur autonomie, leur dignité et leur libre arbitre pour voler vers de nouveaux horizons personnels et professionnels.

Ce regain d’énergie sera d’autant plus notoire et durable que cette démarche vers un nouvel envol aura été le fruit d’un accompagnement bienveillant, empathique, écologique pour la personne et performant. C’est ce que propose notamment le programme « reStart » de BECI, qui, précisément, offre aux entrepreneurs faillis, l’opportunité unique de rebondir dans d’excellentes conditions, respectueuses de l’individu.

Quelles sont les étapes pour réussir à entreprendre à nouveau ?

Aussi, convient-il de s’interroger sur les étapes à franchir pour parvenir à ce renouveau créatif sur le plan entrepreneurial.

Premier pas « culturel » 

« Savoir autoriser l’échec pour mieux réussir » ou « l’échec comme facteur d’apprentissage bénéfique pour le développement du capital humain ».

Le développement de l’esprit entrepreneurial et l’encouragement à l’entrepreunariat de seconde chance figurent au programme de nos gouvernements depuis un certain nombre d’années. Néanmoins, trop peu d’attention a été portée jusqu’à ce jour aux entrepreneurs qui ont connu l’échec, et encore moins à leur « état d’esprit ».

Contrairement aux États-Unis et à la culture anglo-saxonne en général, le droit à l’échec n’est pas vraiment intégré dans notre culture entrepreneuriale en Europe et a fortiori, en Belgique. Or, de l’autre côté de l’Atlantique, le risque de faillite est considéré comme inhérent aux risques de l’acte entrepreneurial. Beaucoup y considèrent d’ailleurs les faillites comme « facteur d’apprentissage bénéfique pour le développement du capital humain ».

Sans vouloir faire une totale révolution, ne pourrions-nous pas envisager une simple « évolution salutaire » des mentalités ? En effet, nous, Européens, nous considérons encore trop souvent l’échec entrepreneurial comme un « fait anormal, voire honteux ». Or, tout comme la création de nouvelles entreprises, la disparition de certaines d’entre elles fait partie intégrante du processus de développement économique d’une région ou d’un pays. Les entreprises moins performantes sont contraintes de quitter le marché et de nouvelles entreprises voient le jour (cf. Le concept de « destruction créative » de Schumpeter).

Mais au-delà de cette « loi économique universelle » qui inscrit la création et la disparition des entreprises comme un cycle normal de la vie sociétale, ne faut-il s’arrêter un instant sur l’observation selon laquelle une expérience entrepreneuriale, même infructueuse, permet toutefois aux entrepreneurs d’apprendre et de progresser ? C’est alors que certains d’entre eux ont le courage de se relever et de retenter leur chance dans le cadre de « l’entrepreneuriat de la seconde chance ».

Deuxième pas psychologique 

Cibler la notion « d’échec utile » ou comprendre et mettre à profit les difficultés pour « mieux se connaître », « mieux être, mieux vivre, mieux rebondir et donc mieux travailler », principe de « psychologie positive » !

Ne pouvons-nous pas nous employer à transformer nos faiblesses en forces plutôt que de rester « bloqués » sur « ce qui ne va pas » ?

C’est le principe même de la « psychologie positive ». Et avec elle, ne faut-il pas s’attarder sur la notion même « d’échec » qui en elle-même, est une formidable source d’enseignements ? Mais encore faut-il vouloir analyser et comprendre les causes de son échec. On peut alors désormais parler « d’échec utile ». Comprendre les raisons de ses échecs amène à découvrir des pans entiers de sa propre personnalité et à travailler ses points faibles pour en faire des forces. Seul ce passage introspectif permet véritablement de « renaître » et donc d’envisager une nouvelle vie professionnelle. Il est un préalable au fait « de se sentir enfin revivre » !

Au regard des avancées en la matière, il est temps de redonner à l’échec la place qui lui revient dans l’aventure entrepreneuriale. Le droit à une seconde chance, au redémarrage, au rebond, peu importe comment l’opinion publique le qualifie, doit devenir une réalité́ pour agir en conséquence. Concrètement, il convient donc de faciliter la capacité à rebondir.

Il est bien évident que des barrières culturelles, psychologiques, administratives, juridiques et financières constituent un frein pour ceux qui désirent se relancer dans l’aventure, mais dépasser ces barrières permet de redonner à l’échec la place qui lui revient, une posture salutaire ! Cela revient donc à développer une culture entrepreneuriale favorable à la prise d’initiatives et éviter le réflexe naturel qui est de se réfugier dans l’effet anesthésiant du déni, puis de la tristesse et/ou la de colère où apparaissent des sentiments de « culpabilité́ et/ ou de honte ».

Troisième pas résilient 

Développer une « capacité résiliente » ou « la résilience active », en tant que « source d’énergie créative pour les entrepreneurs de seconde chance » – « le cadeau caché » !

La résilience active (phase ultime) se manifeste par le retour de l’énergie d’entreprendre, souvent également appelé « rebond ». Pour ce faire et donc se reconstruire, il est alors essentiel de pouvoir mobiliser des ressources internes et externes, de retisser des liens, de refaire confiance à d’autres pour rompre parfois une spirale d’isolement, d’accepter de sortir d’un contexte douloureux pour aller vers une transformation.

C’est là toute la puissance d’un dispositif solidaire et en l’occurrence, d’un accompagnement humain par des coachs spécialisés comme ceux de BECI et en particulier du programme « reStart ». Lorsque l’individu surmonte le traumatisme de l’échec, la peur ou l’orgueil d’en parler, il peut entrer dans une phase de réflexion et de relativisation jusqu’à l’acceptation et l’apprentissage de ses erreurs, traduisant ainsi une « capacité résiliente ». C’est le processus dit de « la courbe du deuil ». Après avoir passé les stades de la courbe descendante et oscillante, avec « le choc » de la faillite, puis les phases successives de « la colère », voire « du déni » et enfin de « la tristesse / dépression » parfois, il est à noter que dans la majeure partie des cas observés, la courbe ascendante reprend son cheminement, dans un délai plus ou moins long mais tout à fait certain et salutaire.

On peut alors voir apparaître les effets bénéfiques de la mise en place progressive d’une logique « d’acceptation », puis « d’intégration » et enfin, de « renouveau », encore joliment appelé « cadeau caché ». Et là, c’est généralement le moment de passer à un nouveau projet, de mettre sur pied une nouvelle expérience entrepreneuriale ou salariale.

Quatrième pas empathique 

Mettre l’humain au cœur du processus économique, gérer ses émotions et ses pensées grâce à « l’intelligence adaptative de l’entrepreneur », gage d’un renouveau certain et durable !

Observons maintenant que de nombreuses techniques sont développées dans le cadre du monde de l’accompagnement, telles que celle de « l’Approche Cognitive et Comportementale » dite « Neurosciences », pour venir en aide aux entrepreneurs en période de redémarrage. Cette approche permet de recourir à leur « intelligence adaptative », qui est une forme de gouvernance d’un territoire du cerveau permettant d’entrer dans la nuance, la relativité, la subtilité et l’adaptabilité. Elle est très utile lorsqu’il s’agit de se reconstruire, de se réinventer et de repartir sur de bonnes bases. Elle se travaille en accompagnement « sur mesure » et donne de très bons résultats.   

Vous l’avez compris et sans entrer dans les détails : les apports des neurosciences font partie des référentiels de base d’un accompagnement adéquat, professionnel, performant et ciblé.

En dernier lieu et non le moindre, notons donc que l’humain est au cœur du monde entrepreneurial et au centre de l’économie dans toute son ampleur. L’apport des neurosciences en matière de management ouvre alors de nouvelles voies pour le développement des compétences émotionnelles des entrepreneurs en pleine reconstruction d’eux-mêmes et en qualité de « forces vives » du monde professionnel et de la création d’emplois.

Un « entrepreneuriat de la seconde chance fructueux » passe aussi par la mise en place de formations destinées aux entrepreneurs ayant connu l’échec. En effet, la théorie du capital humain suggère que les investissements dans les compétences d’un individu accroissent ses chances de succès.

Pour un entrepreunariat de seconde chance humain

Rendre « agiles » les entrepreneurs et leur permettre de rebondir en toute sérénité et avec performance !

Appelons-en donc au développement d’une vision « élargie » de l’échec, de la résilience et du rebond. Ces notions sont hautement sociales : elles relèvent des perceptions et de jugements qui trouvent leurs racines dans la trajectoire de vie de l’individu mais aussi dans la culture portée par le groupe social via ses normes, ses règles et ses valeurs.

En conclusion, il est tout à fait certain qu’à l’heure où nous connaissons tous un grand isolement professionnel et personnel, l’aspect psychologique de l’échec ne doit pas être négligé. Il existe des réseaux d’entrepreneurs ayant connu l’échec, comme dans le programme « reStart ». Ils permettent de partager les expériences et de trouver le réconfort que seules des personnes qui ont vécu la même situation peuvent apporter aux entrepreneurs en difficulté. C’est particulièrement précieux et renvoie à cette notion « d’agilité » indispensable.

 

À propos de l’auteur

Clarisse Martin-Keneis, Accompagnante de carrière

Partager