Lutter contre la sédentarité… pour un véritable projet d’entreprise !

17 mars 2021 à 09:03 | 1089 vues

[article invité]

Bougez-vous, cela fait un bien fou ! Le slogan publicitaire n’est pas neuf, mais il prend aujourd’hui une acuité particulière face aux effets du confinement sur la santé mentale autant que physique. Avec le soutien d’un partenaire santé,  il est possible de prendre des mesures précises afin de briser cette sédentarité et d’amener les collaborateurs à adopter de nouvelles habitudes, et à bouger davantage.

Une augmentation de 35 %  de stress, de manque de sommeil, d’anxiété…

Suivant une étude réalisée auprès de 52.000 personnes au terme du premier confinement, l’isolement social s’est traduit  par  une augmentation de 35 % des symptômes tels que le stress, le manque de sommeil, l’anxiété, les dépressions, les conduites addictives, les conduites suicidaires, et les violences domestiques. Depuis lors et dans la foulée du semi-confinement connu depuis l’automne, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les effets délétères de la situation sur la santé mentale des personnes soumises au télétravail.

Incertitude de l’avenir et tensions

Si le télétravail n’est pas sans effets positifs et nouvelles opportunités, la peur du Covid couplée à l’incertitude de l’avenir et au bouleversement de l’organisation du travail suscite une angoisse réelle et palpable. De plus, le télétravail génère de réelles tensions dans l’organisation quotidienne : concilier obligations professionnelles et familiales lorsque les enfants sont à domicile, rester de longues heures concentré sur son écran sans possibilité de pauses et de contacts informels avec les collègues en déstabilise plus d’un. Et, pour certains, jusqu’à remettre en cause le sens de leur travail, la raison de leur engagement professionnel. Or, face à ce tableau aux allures sombres, il ne s’agit pas tant de bannir le télétravail qui deviendra une nouvelle norme que d’en assurer surtout une meilleure gestion.

Lutter contre la sédentarité est une réponse

Dans ce contexte, la lutte contre la sédentarité caractéristique du télétravail est à envisager comme une des réponses crédibles et accessibles pour développer le bien-être au télétravail et pour redonner du tonus à l’esprit de l’entreprise.

Stand Up and Move

Dans sa dernière campagne « Please Stand Up and Move ! » la Ligue Cardiologique Belge rappelle :

– que le belge adulte reste assis en moyenne 6h39 assis par jour ;

– qu’un quart de la population reste assis plus de 8h par jour ;

– que la sédentarité est une des causes majeures des maladies cardiovasculaires sur laquelle il est possible d’agir.

3,5 millions de Belges insuffisamment actifs

Ce seul chiffre donne la mesure du défi. Or la pratique d’une activité physique régulière ne se décrète pas (encore). Et ce, alors que les bénéfices de cette pratique en sont directement palpables et démontrés. Une activité physique régulière augmente le sentiment de bien-être et améliore la santé mentale jusqu’à 30 %. Le mouvement reste la meilleure médication et constitue une base pour lutter contre les effets négatifs du télétravail.

L’activité cérébrale « boostée » lorsque le corps est en mouvement

Le scan des zones d’activités cérébrales d’une personne qui travaille tout en marchant laisse apercevoir des aires neuronales actives quasi doublées par rapport au scan de la même personne en situation assise. Sans parler des nombreux bénéfices liés à la diminution des risques de diabète, d’hypertension, d’obésité, de problèmes musculo-squelettiques telles que les lombalgies, à la gestion de nombreuses maladies chroniques, au soutien positif dans le traitement de nombreux cancers, et surtout à une meilleure estime de soi. C’est connu, les collègues qui se sentent mieux dans leur peau rayonnent davantage. Tout bénéfice aussi pour l’entreprise.

Remettre en mouvement les collaborateurs : un grand défi

Si les études à ce propos s’amoncellent dans les bibliothèques universitaires, si les slogans « pratiquez une activité physique régulière » s’affichent de plus en plus fréquemment au bas de l’écran cathodique, les progrès restent désespérants : la prévalence du surpoids et de l’obésité augmente lentement mais continuellement depuis plus de vingt ans ! La prévalence étant particulièrement élevée auprès des personnes avec un niveau d’éducation plus bas. Cette situation amène de nombreux acteurs de la prévention à considérer la sédentarité comme le nouveau tabagisme.

Un enjeu qui ne s’improvise pas

Ceci pour dire que la (re)mise en mouvement des travailleurs représente aussi bien un enjeu de santé publique qu’un enjeu pour l’entreprise, qu’elle ne s’improvise absolument pas, et que, aujourd’hui, le télétravail fait figure d’accélérateur de la sédentarité. Face à ce constat se pose la question des choix stratégiques et opérationnels à mettre en œuvre. Si de nombreux incitants à la pratique d’une activité physique existent sur le marché de la consultance, l’expérience acquise par plusieurs professionnels actifs dans le milieu entrepreneurial démontre le caractère vain des opérations « one shot ».

Un vrai projet de santé pour l’entreprise

Amener les individus à modifier progressivement leur comportement demande la définition d’un réel projet de santé, motivé au minimum par les trois objectifs suivants :

1) inviter les collaborateurs à bouger de façon régulière ;

2) récolter les bénéfices tant au niveau individuel que collectif ;

3) faciliter l’adoption de nouvelles habitudes ;

Soutenu par la direction sur le long terme

Il est capital que le projet soit soutenu activement par la direction et porté par une équipe motivée. On y retrouvera le conseiller en prévention, le DRH, les délégués syndicaux et, le  cas échéant,  un représentant de la médecine du travail. Un vrai projet donc, étalé dans le temps, avec la fixation d’objectifs concrets et doté d’indicateurs de résultats, seul garant d’effets positifs à la clé, aussi bien en termes de bien-être pour les collaborateurs que de satisfaction au travail et d’amélioration des performances de l’entreprise.

Les objectifs d’abord, les actions par la suite

Ce n’est que lorsque les objectifs sont déterminés qu’il est possible de décliner les actions, en les adaptant à la réalité du télétravail. Des actions qui prennent de multiples formes et répondent à la culture de l’entreprise. Il s’agit de se fixer des défis individuels et collectifs. Avec le soutien régulier des managers, qui peuvent également partager des conseils quotidiens.

Quelques exemples d’actions concrètes

– Enregistrer le nombre de pas quotidiens, de façon à ce que l’entreprise atteigne virtuellement Marseille, Rome ou Pékin… ;

– proposer des exercices pratiques en webinars : étirement, musculation, respiration, cardio… adaptés à la situation des collaborateurs ;

– boire davantage d’eau est également un excellent défi, en imaginant des volumes adaptés à la taille de l’entreprise (boire l’équivalent d’une piscine…)

– se limiter à simplement briser la sédentarité, en invitant les collaborateurs à se lever après une demi-heure de téléconférence et de poursuivre les échanges en position debout durant quelques minutes, ou encore inciter à passer les entretiens téléphoniques en position debout, constituent des démarches simples mais porteuses de résultats. Pourvu que l’initiative s’inscrive dans la durée.

Raison pour laquelle il convient d’inscrire ces actions dans un projet, occasion de mobiliser les énergies et les ressources internes à l’entreprise et à chaque collaborateur. Elles ne manquent jamais. Il s’agit d’une dynamique vertueuse, pour laquelle l’implication et la parole de la direction restent déterminants.

 

À propos de l’auteur

André du Bus, consultant en santé publique, partenaire de Springbok Coaching bvba

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