Covid-19 : « Une pandémie exige une unité de commandement qui fait actuellement défaut »

30 novembre 2020 à 17:11 | 698 vues

Le Covid-19 a repris vigueur au mois d’août avant d’entamer une nouvelle hausse impressionnante. Bruxelles n’échappe pas au phénomène. L’énorme fragmentation des responsabilités dans notre capitale et en Belgique constitue un problème majeur dans la lutte contre ce virus. Ce que dénonce le Professeur Marc Noppen, CEO de l’UZ Brussel à Jette.

L’UZ Brussel subit elle aussi de plein fouet les conséquences de la deuxième vague du Covid-19. Le nombre de patients augmente (lentement au début), mais les pouvoirs publics ne fournissent pas aux cliniques et hôpitaux des données suffisamment détaillées sur l’origine des patients et les quartiers où ils vivent, explique le Professeur Noppen. « Nous disposons uniquement de macro-données au niveau communal, mais ces informations devraient être approfondies. Nous ignorons d’où proviennent les patients exactement. Nous pouvons bien sûr faire des suppositions sur la base de nos propres données de patients, mais ce qui nous manque, c’est une vue globale. »

À l’aveuglette

Le Professeur prend l’exemple de Jette. « Cette commune est une de celles où le tristement célèbre seuil d’alerte est aujourd’hui dépassé. Il reste à savoir ce que cela signifie concrètement. Qui est touché par la pandémie ? Nous ne le savons pas et nous naviguons à l’aveuglette. Initialement, il n’y a pas eu d’augmentation considérable des admissions à l’hôpital. Les premières semaines, nous avions quatre ou cinq patients Covid-19 dans notre clinique. Ensuite, il y en a eu une dizaine. »

Le manque de données résulte essentiellement d’une absence de politique coordonnée, déplore le Professeur Noppen. « Je suis bien conscient que Bruxelles constitue une entité extrêmement complexe avec une foule d’autres entités tout autour. Il n’empêche, une cohérence du commandement fait cruellement défaut. L’un fait ceci, l’autre fait autre chose et tout cela sans réelle cohérence, concertation et vision. Cela ne se limite pas à Bruxelles, d’ailleurs : c’est pareil dans toute la Belgique. »

Pas invité

Un autre exemple : les centres de testing. « Nous en avions 13. Ensuite, le nombre de cas a diminué et les centres de testing ont été ramenés à quatre unités. Et puis, il aurait fallu plus de centres à nouveau, mais qui allait s’en occuper ? Et comment s’y prendre ? Personne n’a la réponse. Bruxelles a clairement choisi de conférer aux soins de première ligne une grande responsabilité dans la gestion de la crise. Fort bien, mais les centres de testing relevaient de la compétence des cliniques. Nous avons spontanément proposé de mettre nos installations à disposition, mais nous n’avons même pas été invités à la concertation sur cette thématique. Ben oui. »

L’avenir ? Cela peut partir dans tous les sens, estime le Professeur Noppen. « Au moment d’atteindre le point de basculement, le phénomène coronavirus démontre à quel point il est exponentiel. Les chiffres ne s’additionnent pas de jour en jour, ils se multiplient. Voilà pourquoi tout peut aller très vite, dans le bon sens, mais aussi dans le mauvais. Les gens doivent prendre conscience que c’est leur propre comportement qui pilote le virus. Les virologues ne sont pas en mesure d’infléchir la courbe : c’est un effort que nous devons consentir tous ensemble.»

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