Comment l’e-commerce et la construction mettent au défi la logistique et la mobilité à Bruxelles ?

29 mai 2021 à 08:05 | 303 vues

[article invité]

Bruxelles, 800.000 transports de marchandises par semaine, un parc industriel global de 4.707.000m² qui cohabite avec la fonction résidentielle.

D’après une étude de Bruxelles Mobilité, perspective.brussels, et Citydev, plusieurs enjeux se dégagent sur la nécessité de sensibiliser les acteurs régionaux et locaux aux besoins logistiques. La nécessité de prévoir de nouveaux espaces dans les projets d’aménagement, de construire des sites logistiques urbains pour intégrer les nouvelles tendances de l’économie circulaire et des circuits courts, devient alors essentielle. 

Toujours plus de transport dans la capitale 

Depuis une dizaine d’années, la Région de Bruxelles-Capitale et sa périphérie connaissent un boom démographique important. Augmentation qui devrait se poursuivre d’ici à 2030, même si la tendance diminue un peu.

Le contexte socio-économique général connaît des évolutions profondes qui se répercutent sur les pratiques de mobilité. Autant en termes géographiques, avec les origines et destinations des déplacements, qu’en terme comportemental concernant les modes de déplacement et les temporalités, les gens se déplacent différemment dans la ville et avec une diversité de modes de transport. 

Dans un contexte de forte augmentation de l’e-commerce, la croissance attendue de la population va également renforcer les besoins en matière de distribution urbaine et de livraison aux particuliers.

Constat : les routes ne désemplissent pas

Le réseau routier souffre, quant à lui, d’une congestion généralisée impactant directement l’ensemble des usagers. En ce compris le transport public de surface, mais également les professionnels de la distribution urbaine ou les services de secours. Les temps de parcours dans la circulation connaissent chaque année une augmentation, de l’ordre de 2% par an à l’heure de pointe. 

Nous notons également l’apparition progressive de nouvelles formes de mobilité, notamment grâce à l’avènement des nouvelles technologies : car-sharing, bike-sharing, trottinettes, aide à la localisation de places de stationnement, etc. L’accès à ces formes de mobilité doit être facilité pour ainsi contribuer à l’efficacité du déplacement en ville.

Des conséquences en cascade

Cette croissance socio-économique implique de facto une augmentation prévisible de la demande globale de mobilité. Il est estimé que le nombre de déplacements par jour augmenterait d’environ 6% du fait des évolutions socio-économiques. Cette augmentation est susceptible d’atteindre 10% si l’on envisage une évolution positive des besoins individuels de se déplacer. On passerait d’environ 5,4 millions de déplacements par jour actuellement en lien avec la Région à 6 millions dans une hypothèse maximaliste en 2030.

Les enjeux de performance du système de mobilité s’appliquent à la logistique urbaine et à l’approvisionnement de la Région pour l’ensemble de leurs composantes : de l’approvisionnement des fonctions productives à la livraison à domicile des particuliers.

Le transport occasionnel notamment, représente plus de 80% des trajets effectués à Bruxelles, et présente encore des potentiels d’optimisation très importants : optimisation des tournées, report sur d’autres véhicules, etc.

L’impact de l’e-commerce sur la mobilité

En Belgique, les ventes en ligne ont connu une hausse de 20% pendant le premier semestre 2020. Soit 59.1 millions d’achats portés par le confinement et donc la fermeture des magasins physiques.

La face cachée du e-commerce 

Qu’un commerçant ait déjà une boutique en ligne, ou que le moment soit venu d’en créer une, il peut parfois paraître facile de se lancer dans la création d’une affaire de e-commerce aujourd’hui : accès aisé à l’information sur les démarches d’installation, création d’une e-boutique en quelques clics, investissements initiaux plus faibles… Toutefois, les choses se compliquent quelque peu quand il s’agit de planifier tout le processus logistique, soit parce que les entrepreneurs ne maîtrisent pas suffisamment les enjeux, soit parce qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires. Le secteur du e-commerce et de l’e-logistique sont un binôme indissociable.

Ces e-entrepreneurs oublient ainsi les difficultés de la communication à mettre en œuvre pour se faire connaître lorsque l’on monte son commerce sur internet et la logistique qui est un facteur de survie déterminant.

En effet, les consommateurs du web ont des attentes et comportements bien spécifiques qui ne sont pas forcément les mêmes que lors de leurs achats dans les réseaux de distribution habituels. Ils souhaitent être livrés vite, à moindre coût et dans des normes de qualité optimale sur lesquelles ils seront plus vigilants, ayant déjà opéré leur acte d’achat sur photo.

En cas d’insatisfaction, la sanction peut vite tomber pour l’entreprise. Si un client peut rapidement passer commande grâce à internet, il peut l’être tout autant pour poster un avis négatif sur les réseaux, forums et autres sites de notation des e-commerçants. 

Quelles solutions de mise en place d’un e-commerce

D’une part, l’entrepreneur doit donc mettre en œuvre un suivi des commandes efficace pour recruter et fidéliser sa clientèle. Il doit être particulièrement attentifs aux enjeux suivants : livrer le bon produit, en bon état, dans les meilleurs délais souhaités et à un tarif compétitif, voire gratuitement. Il doit en conséquence se poser les bonnes questions, notamment en termes de stockage (lieu, niveau, réapprovisionnement…) et en matière d’acheminement des marchandises (à domicile, en magasin, en relai, sur RDV…).

D’autre part, la mise en place d’une procédure logistique adaptée au e-commerce doit aussi répondre à des impératifs de rentabilité propres à l’entrepreneur. Si la vente en ligne lui permet des économies grâce à des niveaux de stocks intermédiaires plus bas que dans le schéma classique, le transport quant à lui s’avère généralement plus onéreux. Nombreux sont ceux qui, sous la pression de la concurrence, tombent dans le piège et se retrouvent à vendre à perte. Il convient donc de bien définir ses coûts pour ne pas mettre en péril son équilibre financier.

Comment organiser, gérer et optimiser le processus ?

La logistique représente donc une véritable stratégie et différentes solutions s’offrent à l’entrepreneur. Tout d’abord, pour de petites structures se cachant derrière la majorité des web-marchands, la gestion en interne peut paraître une solution envisageable à court terme. Cependant, elle peut vite devenir compliquée, surtout si les flux de marchandises deviennent importants. 

Concernant les sites de création d’e-boutiques, la majorité de ceux-ci propose désormais des services pour le suivi des commandes et la gestion des livraisons. La problématique du stockage subsiste néanmoins. Une autre possibilité est d’externaliser l’intégralité du processus. Certes plus coûteuse, elle permet cependant de bénéficier d’un expert dans ce domaine et ainsi d’éviter des erreurs qui pourraient finalement revenir plus chères.

On découvre ici que les rouages logistiques ont un impact sur la manière dont les entrepreneurs vont gérer leur activité. L’augmentation croissante des achats e-commerce nous oblige aujourd’hui à mettre en place une logistique régionale efficace. Comment soutenir les entreprises à penser la logistique dans toute sa complexité ? Comment traduire ces défis logistiques dans des infrastructures urbaines pertinentes pour l’économie locale ? Comment construire un maillage des micro et macro acteurs régionaux autour du e-commerce et de la logistique ?

Le secteur de la construction en hausse, quel impact pour la mobilité ?

L’attractivité économique et sociale des villes concentre de plus en plus de constructions et d’infrastructures neuves, tout en nécessitant de rénover l’existant. Ce constat, couplé à d’autres difficultés telles que la limitation de l’espace de stockage ou les contraintes d’accessibilité, accentuent les nuisances liées à la logistique des chantiers pour les citoyens : congestion, sécurité, bruit, pollution de l’air, poussière, etc.

Par ailleurs, ces difficultés influencent négativement les activités du secteur de la construction. En effet, le manque de fiabilité de la chaîne d’approvisionnement des chantiers peut entraîner une désorganisation néfaste à leur productivité. Cela pourrait être partiellement corrigé par la mise en œuvre de pratiques innovantes, comme la numérisation de la chaîne d’approvisionnement, une meilleure planification des livraisons, une meilleure collaboration et communication entre acteurs ou encore la consolidation des livraisons.

Faire face à ces défis et améliorer la logistique du secteur de la construction à Bruxelles nécessitent de développer et d’expérimenter un nouveau modèle bruxellois de mobilité urbaine intelligente des matériaux de construction. 

Comprendre le transport de marchandises en milieu urbain

Lorsque l’on pense au transport de marchandises en ville, l’image emblématique est le camion circulant dans un milieu urbain dense. Il semble alors inadapté à l’espace et occasionne du bruit, des encombrements et de l’insécurité. Il s’agit pourtant seulement de la partie émergée, et parfois tronquée, d’une problématique complexe par sa relative invisibilité du fait de son intégration étroite dans le métabolisme urbain, de la multiplicité de ses acteurs et de la méconnaissance du fonctionnement des processus logistiques associés. 

La compréhension et la gestion de cette problématique demandent une vision systémique de la logistique urbaine. C’est-à-dire une vue d’ensemble de toutes les activités permettant la circulation des marchandises en ville et la desserte des occupants de l’espace urbain. Qu’il s’agisse de transport, d’entreposage ou de gestion des flux des marchandises et d’informations liées à ces échanges.

Les 3 constats à prendre en compte sur la mobilité du secteur de la construction

Un premier constat est la forte domination de la route dans le transport à Bruxelles. La voie d’eau est la seule véritable alternative au mode routier utilisée dans la capitale, mais elle se limite à certains types de biens, pondéreux, de faible valeur et transportés en grande quantité. Le rail, quant à lui, n’est aujourd’hui utilisé que très marginalement. 

Cette répartition modale tend à se maintenir, voire à renforcer le mode routier, contrairement à ce qui s’observe pour le transport de personnes, où la part de la voiture diminue. 

Un deuxième élément saillant est la croissance attendue du secteur. Selon le Bureau fédéral du Plan, les flux de marchandises devraient augmenter en Belgique de 68% entre 2010 et 2030 alors que les déplacements de personnes se limiteraient à une croissance de 20%. La pression du transport de marchandises devrait donc s’accentuer fortement. 

Un troisième fait est constitué des impacts sur l’environnement urbain. D’après Bruxelles Environnement (2014), le trafic de camions et camionnettes est responsable de 25% des émissions de CO2, de 31% des émissions de particules fines (PM10) et de 33% des particules extra-fines (PM2.5) générées par le trafic. La logistique liée au fonctionnement de la ville pèse lourdement sur l’environnement et la qualité de vie des Bruxellois. Cette activité essentielle à l’économie urbaine mérite donc une analyse approfondie.

Ces trois éléments démontrent à eux seuls que le transport de marchandises est une question essentielle pour la mobilité et les équipements de transport. Utilisation et usure des infrastructures, encombrements, occupation de l’espace, sécurité routière, choix des itinéraires et des horaires et nuisances associées sont autant d’aspects qui doivent être traités de manière spécifique, particulièrement en milieu urbain. Comment allons-nous soutenir cette logistique urbaine pour qu’elle soit le moins impactante ? Et quelles perspectives écologiques alternatives pouvons-nous prévoir ?

Conclusion

Les secteurs du e-commerce et de la construction questionnent la gestion de la logistique urbaine. Poussé par une croissance démographique importante et de bouleversement des comportements des habitants, les routes en pâtissent déjà. Ajoutons à cela le boom du e-commerce et des livraisons, la mobilité urbaine commence à montrer ses limites. Le secteur de la construction connaît lui aussi un regain de par ces bouleversements démographiques et il est également confronté à une série de difficultés logistiques directement liées à la mobilité urbaine. L’analyse de ces deux secteurs a permis de faire l’état des lieux de la mobilité urbaine actuelle, mais surtout de mettre en lumière l’importance et le potentiel d’évolution de celle-ci. Des défis de logistiques urbaines bien précis se dressent et mettent la mobilité urbaine professionnelle au cœur des préoccupations.

 

À propos des auteurs

Tanguy Deglas, SEO Specialist chez Shippr & Emmanuel Mossay, Circular Economy Expert chez Ecores

Partager