Le salaire ne fait pas tout !

25 août 2022 à 16:08 | 235 vues

L’époque où les candidats devaient séduire les recruteurs est révolue. Aujourd’hui, ce sont les talents qui mènent la danse, en particulier chez les jeunes. Et pour eux, l’argent n’est plus le critère principal dans le choix de l’employeur. Qu’est-ce qui les motive aujourd’hui ? Comment attirer et garder les jeunes talents ? Reportage.

 

Des jeunes en quête de sens

Ce n’est pas un scoop, les jeunes ont du monde du travail une vision différente de celle des baby-boomers. Plus qu’un job, le poste choisi par les nouvelles générations est un prolongement de leur état d’esprit et de leurs convictions. « Les jeunes sont à la recherche d’un projet de vie et pas seulement d’un projet professionnel », explique Joëlle Iland, anthropologue, formatrice et coache professionnelle. Le travail n’est plus au centre de leur existence. Tant les travailleurs de la génération Y que ceux de la génération Z sont à la recherche de bien-être et de développement personnel. « Pour les jeunes, le travail doit être un moyen de s’accomplir. » Y trouver du sens est donc essentiel. De même qu’être en accord avec les valeurs de l’entreprise pour laquelle ils vont travailler. On voit par exemple de plus en plus de jeunes qui refusent de travailler pour des entreprises non respectueuses de l’environnement ou dans le secteur des énergies fossiles.

« Le travail est bien entendu un moyen de subsistance, mais les jeunes veulent aussi s’y amuser, y nouer des amitiés, y prendre du bon temps pendant les pauses, etc. La notion de plaisir est essentielle pour eux », assure Joëlle Iland. D’ailleurs, d’après une étude récente d’Attentia, le salaire n’arrive qu’en 4e position dans les critères des travailleurs de moins de 30 ans. Seuls 25 % des jeunes travailleurs s’intéressent en premier lieu au montant de leur salaire. Joëlle Iland attire toutefois l’attention sur le fait qu’en matière d’argent, les attentes varient beaucoup en fonction du niveau de formation. « Pour les profils peu ou pas qualifiés, il est parfois impossible de renoncer à 200 euros de salaire supplémentaire par mois pour travailler dans une entreprise qui leur plaît plus », regrette-t-elle.

 

Travailler pour vivre et non vivre pour travailler

Le critère le plus important pour les jeunes est d’avoir un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Et Joëlle Iland d’expliquer : « Les jeunes ont un autre rapport au temps. Même bardés de diplômes, ils ne veulent plus laisser un emploi chronophage empiéter sur leur liberté. Le fait de travailler pour vivre et non plus vivre pour travailler change fondamentalement leur rapport au travail et à l’organisation de celui-ci. Ils ne veulent plus attendre les vacances ou la retraite pour avoir du temps à consacrer à leurs loisirs. Cela se marque parfois déjà au moment du choix des études. »

Une autre tendance est celle du mouvement « Fire ». Les jeunes qui y adhèrent ont aussi comme objectif de profiter de la vie et ce, dès que possible. Pour cela, ils font le choix de travailler très intensément durant 10-15 ans, de mettre de l’argent de côté et d’investir pour ensuite vivre de leurs rentes, être indépendants financièrement et prendre une retraite (très) anticipée.

 

Les recruteurs doivent s’adapter !

Toutes ces attentes, les entreprises doivent en tenir compte. Les jeunes sont très volatils : s’ils ne trouvent plus de plaisir dans leur travail ou qu’ils s’y ennuient, ils iront voir ailleurs très rapidement. « Et pas forcément pour gagner plus ! », assure notre experte. « C’est ainsi qu’on voit de plus en plus de jeunes se lancer dans l’entrepreneuriat, quitte à gagner moins, voire à se serrer la ceinture durant quelques années. »

Pour attirer et garder les jeunes talents, les entreprises doivent donc se montrer créatives. Le salaire compte, bien sûr, mais des éléments tels que le travail à distance, la flexibilité, les possibilités de formation et les perspectives de carrière, la mobilité, l’environnement de travail, la possibilité de voyager dans le cadre de son job… joueront aussi un rôle important dans les choix professionnels. « En matière de recrutement, il est essentiel de mettre tout cela en évidence car les jeunes passent très vite d’une offre à l’autre. »

Plus on est formé, plus il est possible d’être « exigeant » en matière de conditions de travail et de choix de l’employeur. « Mais ici aussi, l’attitude des jeunes varie beaucoup en fonction de leur niveau de formation », nuance Joëlle Iland. De même, les possibilités de flexibilité par exemple, dépendent aussi du type de métier. Dans certains secteurs, comme la construction ou la logistique, faire du télétravail ou organiser soi-même son emploi du temps est impossible. C’est pourquoi certains secteurs sont vieillissants. Le métier de chauffeur de poids lourd par exemple n’attire plus beaucoup de jeunes. « Pour continuer à les attirer, les entreprises devront s’adapter », conclut Joëlle Iland.

 

Quelques chiffres

  • 80 % des jeunes salariés estiment que garder du temps pour soi est devenu essentiel.
  • 50 % des 18-30 ans privilégient les conditions de travail comme critère principal de choix d’un futur employeur.
  • ¾ des jeunes travailleurs ont d’autres critères prioritaires que le montant du salaire.
  • 6 candidats sur 10 consultent les avis en ligne sur l’entreprise avant d’envoyer leur candidature.
  • 8 jeunes sur 10 déclarent qu’un site web bien fait les encourage à postuler dans une entreprise.

Source : Enquête 2021 sur « La vision et le comportement des étudiants et jeunes diplômés » menée auprès de 14.000 étudiants et jeunes diplômés.

 

Témoignages

« Trouver du sens à mon travail est essentiel »
Valentine, 27 ans, employée dans le secteur culturel

« En tant que jeune, pour un premier emploi, je ne « fais pas la difficile » en termes de salaire, même avec un master en poche. J’estime que le salaire va de pair avec l’expérience. Par ailleurs, dans le secteur non marchand et culturel, c’est rarement l’argent qui nous motive. Pour moi, la primauté va au relationnel et au feeling que j’ai (ou pas) avec un employeur lors de l’entretien. Le sens que je trouve dans mon travail est aussi essentiel. Travailler pour le secteur associatif et œuvrer pour l’accès à la culture pour tous est clairement une belle mission qui regroupe des gens, des collègues et des passionnés, tous ouverts d’esprit et ouverts aux autres. L’énergie de l’équipe impacte aussi ma motivation. Enfin, j’accorde de l’importance aux valeurs de l’entreprise. J’essaie toujours de comprendre les missions annoncées sur le site de l’entreprise et ensuite de percevoir ces mêmes valeurs dans le discours de l’employeur lors de l’entretien. »

« Garder du temps pour mes projets personnels »
Victor, 23 ans, employé dans l’événementiel

« Soyons honnêtes : on travaille généralement pour gagner sa vie. Toutefois, ce n’est pas le seul critère. Pour moi, le relationnel est très important. Le respect mutuel entre l’employeur et l’employé est essentiel, de même que l’importance accordée au bien-être, à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle et à la formation. La localisation et les aspects liés à la mobilité sont aussi très importants. Personnellement, j’ai choisi un emploi pas trop loin de chez moi afin de ne pas perdre trop de temps dans les trajets. En dehors de mon travail, j’ai beaucoup de projets personnels pour lesquels je tiens à garder du temps. Je ne voudrais donc pas d’un emploi trop fatiguant physiquement, trop stressant ou qui demande trop d’investissement. »

« L’esprit d’équipe compte beaucoup »
Élise, 22 ans, stagiaire en traduction et interprétation

« L’équilibre entre le travail et la vie privée est important. Je suis d’accord de m’investir, mais tout en pouvant poser mes limites. J’apprécie que mon employeur fasse preuve d’empathie envers ses employés. L’esprit d’équipe et la cohésion interne comptent beaucoup. Bien sûr, le salaire est important, mais s’il y a une bonne ambiance de travail et un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, cela compense largement. »

Citation : Joëlle Iland : « De plus en plus de jeunes se lancent dans l’entrepreneuriat, quitte à gagner moins. »

 

 

À propos de l’auteure

Gaëlle Hoogsteyn, Journaliste spécialisée en finance, entrepreneuriat et RH

 

 

 

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