Le scénario catastrophe ne s’est pas produit

14 mars 2022 à 06:03 | 452 vues

[interview]

Le Panorama socio-économique 2021 réalisé par perspective.brussels fournit de nombreuses données et analyses. Comme le souligne le directeur général de cet organisme public, Antoine de Borman, il en ressort que le scénario catastrophe craint un moment ne s’est pas produit et que la confiance reste de mise pour l’avenir. Des incertitudes subsistent néanmoins.

Initialement, à qui est destiné votre Panorama socio-économique ?

Antoine de Borman : « C’est un exercice annuel destiné au gouvernement et aux députés bruxellois. Pour la première fois, nous en avons fait une publication disponible sur notre site web. Nous trouvons utile de valoriser ce travail dans la mesure où il rassemble toutes les données pertinentes sur les plans économique, social et environnemental. Notre mission va toutefois bien au-delà de ce rapport. Dès le début de la crise sanitaire, nous avons par exemple analysé la situation économique des entreprises pour aider à calibrer les aides économiques octroyées aux entreprises afin que le gouvernement puisse en maximaliser l’impact. Ceci nous a permis entre autres de démontrer que les mesures de soutien dans le secteur de la construction-rénovation avaient un effet retour particulièrement important. Le gouvernement nous a aussi chargés d’analyser l’impact du télétravail, ce qui nous a permis d’étudier son impact sur les déplacements domicile-travail et la congestion routière. »

Dans quelle mesure, vos analyses se traduisent-elles en recommandations auprès des autorités politiques ?

A. de B. : « En tant que centre d’expertise régional, nous conseillons le gouvernement bruxellois dans ses décisions et alimentons le débat parlementaire, notamment dans le cadre des débats budgétaires. La collecte impartiale de données statistiques, la production d’analyses et l’évaluation des politiques publiques – élément important de nos missions – permettent d’étayer et d’appuyer les prises de décision. Nous remplissons un véritable rôle de conseil auprès du gouvernement régional, à l’instar de ce que fait le Bureau fédéral du Plan au niveau national. Prochainement, nous actualiserons par exemple aussi notre analyse de l’impact de la crise sanitaire sur l’économie régionale, l’aménagement du territoire et toute une série d’autres aspects. »

De manière globale, vos perspectives pour 2022 sont plutôt bonnes…

A. de B. : « Après un recul important en 2020, l’activité économique bruxelloise s’est en effet déjà nettement redressée l’an dernier, avec une croissance de plus de 4 % du PIB. Même si celle-ci est moins élevée que dans les autres Régions, elle reste néanmoins très importante. Pour 2022, nos projections établissent une croissance de plus de 3 % du PIB. Toutefois, il faut rester prudent : tout le monde est bien conscient que la situation est très changeante. Le rebond de la crise sanitaire en ce début d’année 2022 a inévitablement un impact sur la confiance, l’organisation des entreprises et l’activité économique. Le niveau d’emploi, qui est globalement resté stable ces deux dernières années grâce au droit passerelle et au chômage temporaire, augmentera légèrement en 2022. À plus long terme, les projections font entrevoir des tendances similaires à l’avant-crise, avec une croissance moyenne du PIB de 1 à 1,5 % par an. Bien sûr, ici aussi, il faudra les revoir en fonction de l’évolution de la situation sanitaire mais aussi de l’impact réel des plans de relance décidés aux niveaux belge et européen. »

La pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs ne risque-t-elle pas de mettre à mal la relance économique ?

A. de B. : « Le problème est récurrent depuis de nombreuses années et la liste des fonctions critiques n’a pas vraiment tendance à diminuer d’année en année. Elle vise depuis longtemps des métiers techniques mais recouvre désormais des secteurs d’activité très variés – soins de santé, enseignement, petite enfance, etc. – ainsi que des niveaux de qualification très larges, de l’enseignement technique et professionnel à l’enseignement supérieur. C’est la raison pour laquelle le Plan de relance du gouvernement bruxellois met l’accent sur la formation professionnelle. C’est l’une des clés majeures pour pouvoir profiter pleinement de la reprise économique. Le problème est d’autant plus complexe à régler que les pénuries touchent aussi les autres régions et que le vieillissement de la population entraîne des mises à la pension et donc des pertes de personnes qualifiées pour le marché de l’emploi. »

On est toutefois bien loin du scénario catastrophe que certains avaient prédit…

A. de B. : « Même si l’on connaît des évolutions importantes, y compris sur le type d’activités développées, il n’y a en effet pas de bouleversements majeurs ou de rupture dans l’activité économique. Les indices de confiance restent aussi élevés malgré tout. Cette confiance sera nécessaire pour poursuivre une logique d’investissement dans les entreprises, notamment technologique, et ainsi garder une longueur d’avance face aux évolutions rapides. Il ne faut toutefois pas sous-estimer la situation particulièrement difficile de certains secteurs comme certains commerces dans les quartiers centraux, l’HoReCa, la culture, l’événementiel et le monde de la nuit. D’autant plus que, par son statut de ville internationale, Bruxelles accueille en temps normal beaucoup de touristes, d’hommes et de femmes d’affaires, ce qui est bien moins le cas actuellement. »

À propos

Philippe Van Lil, Rédacteur Europe Media Communications & Antoine de Borman, CEO de perspective.brussels

Partager