Interview avec Emmanuel Degrève, candidat à la présidence de l'ITAA.
Emmanuel Degrève, vous êtes conseiller fiscal, auteur, professeur, président de l'OECCBB, et aujourd'hui candidat à la présidence de l'ITAA. Qu'est-ce qui vous a amené à franchir ce pas ?
Une accumulation d'inconforts, honnêtement. Depuis plusieurs années, je perçois un décalage croissant entre ce que nous sommes sur le terrain, des professionnels engagés, innovants, essentiels à la vie économique et ce que notre institution nationale reflète de nous. À 58 ans, rien ne m'obligeait à entrer dans ce combat. Mais parfois, ne pas y aller devient plus difficile que d'y aller. Alors j'y vais. Avec une liste de six candidats issus de l'OECCBB, portant la conviction que l'ITAA peut (et doit) être autrement.
L'intelligence artificielle bouleverse de nombreux secteurs. Comment voyez-vous son impact sur les métiers du chiffre ?
Ni comme une menace. Ni comme une solution magique. Comme un révélateur. L'IA automatise ce qui peut l'être, la saisie, les contrôles de cohérence, la production mécanique de données. Ce faisant, elle libère du temps. Mais seulement pour ceux qui savent quoi en faire. La valeur d'un expert-comptable n'a jamais été dans le chiffre lui-même. Elle est dans l'interprétation, le conseil, la relation de confiance. L'IA ne supprime pas cette valeur, elle la rend plus visible. Et plus exigeante.
Vous avez publié plusieurs analyses sur les usages réels de l'IA dans la profession. Qu'avez-vous observé ?
Que le fossé se creuse. Les professionnels qui intègrent ces outils intelligemment gagnent en profondeur d'analyse, en capacité de conseil, en impact pour leurs clients. Ceux qui les ignorent ou les subissent perdent du terrain — souvent sans s'en rendre compte. La différence ne se jouera pas entre ceux qui "savent utiliser l'IA" et ceux qui ne le savent pas. Elle se jouera entre ceux qui gardent la main sur leur valeur ajoutée — et ceux qui l'ont cédée sans s'en rendre compte.
Et vous ne vous êtes pas contenté d'écrire sur le sujet.
Non. Écrire sans agir, ce n'est pas dans ma nature. À l'OECCBB, nous avons franchi une étape concrète et, je crois, historique pour notre profession : le lancement de la première intelligence artificielle sectorielle et souveraine, pensée par et pour les professionnels du chiffre. Entièrement gratuite pour les membres.Ce n'est pas un outil généraliste adapté à la va-vite. C'est une IA construite à partir de nos réalités, de notre vocabulaire, de nos besoins spécifiques. Une IA qui connaît la différence entre un bilan et un compte de résultat, entre une obligation fiscale et une opportunité d'optimisation. C'est une première en Belgique. Peut-être en Europe. Et c'est précisément ce type d'initiative que je veux porter à l'échelle de l'ITAA.
Justement, quel rôle l'ITAA devrait-elle jouer dans cette transformation ?
Celui qu'elle n'a pas encore joué. Une institution qui représente plus de 15 000 professionnels ne peut pas être spectatrice des transformations que vivent ses membres au quotidien. Elle doit les anticiper, les outiller, les accompagner. Notre programme place la transformation digitale au cœur de nos priorités. Formation, outils, ressources accessibles, soutien concret aux cabinets de toutes tailles. Pas comme un slogan. Comme un engagement opérationnel.
Un mot pour les entrepreneurs et dirigeant·es qui nous lisent ?
Votre expert-comptable est en train de changer. Pas de disparaître, mais de se transformer. En conseiller stratégique, en partenaire de décision, en tiers de confiance dans un monde où les données abondent mais le sens manque. C'est une chance pour vous. À condition que l'institution qui encadre notre profession soit à la hauteur. C'est pour ça que je me présente.
Emmanuel Degrève est candidat à la présidence de l'ITAA liste #ITAA26.
Programme complet : www.itaa26.be
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