Flux continu, textes mouvants, débats interminables : à Bruxelles, l’information politique déborde. Avec Prismos, deux entrepreneurs proposent de la rendre enfin lisible et utile pour les entreprises.
À Bruxelles, l’information politique ne manque pas. Elle déborde, même. Débats parlementaires qui s’étirent sur des heures, documents publiés en continu, niveaux de pouvoir qui s’entrecroisent : européen, fédéral, régional. Tout est là, accessible, consigné. Néanmoins, pour les entreprises, suivre ce flux peut être chronophage, voire parfois décourageant.
Entre ce qui se dit dans une commission à 22 heures et ce qui remonte, quelques jours plus tard, dans les médias, une partie de la réalité s’échappe déjà. C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit Prismos. Plateforme de policy intelligence, elle capte les débats, les agendas et les documents publics pour les rendre exploitables. Une méthode qui, jusque-là, relevait souvent du travail de fourmi.
Une masse d’informations difficile à apprivoiser
Prismos nait au contact direct des institutions européennes. En mission à la Commission, Pepijn Mores, cofondateur, observe : « Les données sont publiques, mais elles restent très difficiles à utiliser. » Non pas parce qu’elles manquent, au contraire. Rapports, retranscriptions, documents techniques : l’information s’accumule. Mais elle reste éclatée, peu structurée, et surtout exigeante en temps. Pour celles et ceux qui doivent suivre ces évolutions, l’enjeu n’est plus l’accès, mais la capacité à trier.
Avec Christophe Geudens, issu du monde académique, l’idée prend forme progressivement : utiliser les technologies de traitement des données pour transformer cette masse en outil de travail. Non pas résumer la politique, mais permettre d’y entrer plus vite, et d’en extraire ce qui compte.
Du bruit politique au signal utile
Concrètement, Prismos fonctionne en trois temps : il capte d’abord la matière brute (prises de parole, textes, échanges) puis la structure, et ensuite la trie. « On travaille avec les équipes pour comprendre précisément leurs priorités », explique le cofondateur. À partir de là, l’information est filtrée, hiérarchisée, adressée. Par exemple, une entreprise active dans l’énergie ne suivra pas les mêmes signaux qu’un acteur de la construction ou des services.
Là où des outils plus généralistes proposent une recherche ponctuelle, Prismos adopte une approche proactive. L’utilisateur·rice ne part plus à la recherche d’une information : elle lui parvient, contextualisée. « On peut savoir qui a dit quoi, sur quel sujet, et pourquoi c’est pertinent. »
Autre point d’attention : la traçabilité. Chaque élément renvoie à sa source, avec la possibilité de retrouver le moment précis d’un débat. « L’IA aide à identifier les éléments importants, mais le fact-checking reste essentiel. On donne toujours accès à la source. » Une manière de composer avec les limites actuelles de l’intelligence artificielle, sans les éluder.
Bruxelles, terrain de jeu… et de complexité
Si Prismos trouve un écho particulier à Bruxelles, c’est aussi parce que son terrain de jeu s’y prête. La capitale concentre une densité réglementaire rare, mais aussi une complexité qui en décourage plus d’un·e. « C’est un ‘Regulation Hub’ qui impacte bien au-delà de ses frontières », rappelle Pepijn Mores. Multiplicité des niveaux de décision, diversité linguistique, production continue : suivre ce qui s’y joue demande des ressources. Toutes les entreprises ne peuvent s’en doter.
Les usages varient. Les grandes structures y voient un moyen d’accélérer un travail déjà en place. D’autres, de taille intermédiaire, y trouvent un accès qu’elles n’avaient pas. « L’idée, c’est de pouvoir suivre les risques et les opportunités sans devoir mobiliser une équipe entière. » D’ailleurs, Beci
L’outil s’adapte aussi à la réalité bruxelloise : accès aux langues sources, possibilités de traduction, lecture multi-niveaux. Sans lisser la complexité, mais en la rendant praticable.
Entre promesses et limites de l’IA
L’IA ne prétend pas anticiper les décisions politiques, en revanche, elle permet déjà de retranscrire les débats, d’identifier les intervenant·es ou encore de structurer les échanges. « Avec Prismos, on peut déjà identifier des tendances, voir si un sujet est abordé de manière positive ou négative, mais pas encore faire de prédictions. » Une prudence assumée, dans un domaine où une partie des discussions échappe, par nature, à la sphère publique.
Reste que l’outil s’inscrit dans une dynamique plus large. Celle d’une Europe qui cherche à renforcer son autonomie technologique, tout en restant liée aux grands acteurs internationaux. « Il y a une vraie richesse de startups en early-stage ici. La question, c’est de leur permettre de grandir en Europe. »
Dans ce paysage, Prismos trace sa route avec une ambition mesurée : faciliter le dialogue entre monde politique et monde économique. « L’objectif, c’est de rapprocher ces deux univers. » À Bruxelles, où la complexité est la norme, l’équation a de quoi séduire.
Le Beci utilise déjà l’outil Prismos ! Cette analyse détaillée du discours politique sera bientôt disponible directement sur notre site web, permettant à nos membres de suivre de près les enjeux qui leur tiennent à cœur. Bientôt sur notre site web !
