Bière, crypto-monnaie, organisations de foires et salons… Derrière le succès de plusieurs scale-ups bruxelloises résident plusieurs facteurs clés, pertinents quel que soit le secteur.
Un encourageant vivier de licornes en devenir. Voilà, en très résumé, le portrait de la Belgique que dressait le Scale-Ups Confidence Survey publié par le cabinet Deloitte au printemps dernier. « La Belgique a renforcé sa position parmi les hubs d’innovation les plus dynamiques en Europe », se réjouissaient ses auteurs. Depuis quelques mois, notre pays compte, en effet, pas moins de 8 entreprises valorisées à plus d’1 milliard d’euros. Parmi elles, il y a la bruxelloise Keyrock. A l’occasion de sa levée de fonds du mois de mars dernier, le facilitateur de trading en cryptomonnaies s’est ainsi vu valorisé à 1,1 milliard d’euros. Son cofondateur Jeremy De Groodt était, il y a quelques semaines, l’invité du club 500* , un événement organisé par Beci.
Aux côtés de l’impressionnant écosystème tech gantois, que Deloitte classe d’ailleurs dans le top 10 mondial, « Bruxelles se mobilise pleinement pour accélérer le rythme », se réjouissent les auteurs. Un simple coup d’œil au site web de Beci, qui recense l’ensemble des acteurs, suffit à s’en convaincre. La Région compte environ 900 acteurs qui, de près ou de loin, participent à la dynamique. Attirés par un environnement de plus en plus porteur, plusieurs ont trouvé dans la capitale un lieu idéal pour développer leur entreprise. Centralité et connectivité européenne, multilinguisme et multiculturalité de nature à attirer les talents, loyers modérés… : on ne s’étendra pas sur les atouts déjà bien connus. Mais au-delà, quelles sont les véritables clés de leur croissance ?
Les clients
Deloitte a interrogé 226 dirigeants de scale-ups belges sur leurs perspectives. Au rang de leurs préoccupations actuelles, ils citent en premier lieu l’accès au marché et la capacité à générer du chiffre d’affaires. Le plus difficile n’est donc plus tant de développer des produits que de les vendre. Audelà de la qualité d’un produit ou service, l’exécution commerciale et la conversion du pipeline reviennent ainsi au centre du jeu. Ce qui suppose de rester focalisé sur les tendances du marché, les besoins des prospects qu’on vise et la valeur apportée. Jean-Louis Van Hauwe, fondateur de Monizze, explique qu’en simplifiant au maximum sa solution de rémunérations alternatives, il l’a rendue accessible aux entreprises de toutes tailles et a élargi massivement le marché. « Pour le Brussels Beer Project, le succès résulte d’un long travail d’écoute et de fidélisation, s’appuyant sur la technologie des données et l’engagement communautaire pour développer des campagnes à fort impact » explique de son côté Edouard Cambier de Beci, qui a également accueilli la brasserie au club 500 il y a quelques mois.
L’IA, les data et les process
Si l’expérience client est aujourd’hui dans toutes les têtes, l’IA s’est aussi rapidement élevée en priorité stratégique. D’après Deloitte, 53 % des scale-ups lui accordent la plus haute importance. Reste à maximiser son potentiel en testant et en raffinant en permanence les process, qu’ils soient opérationnels, financiers, marketing, commerciaux ou RH.
Le challenge ? Intégrer l’IA dans des business models qui, même s’ils furent développés il y a quelques années à peine, n’avaient pas forcément anticipé la puissance de l’outil. Emna Everard, CEO de KAZIDOMI (et prochaine invitée du Club 500), explique comment, en automatisant au maximum ses campagnes, elle a progressivement réaffecté ses budgets d’agences marketing vers les équipes commerciales de terrain. « Beaucoup de fondateurs de scale-ups sont à un moment pivot, entre investissement et intégration massive de l’IA ou exit. Toutes n’ont pas encore pris leur décision », abonde Emmanuelle Ghislain, CEO de la Pulse Foundation et, depuis peu, présidente du CA de hub.brussels.
Eric Everard, Président d’Easyfairs attend aussi beaucoup de l’IA. En 2004, il avait été le premier dans le secteur des foires et salons à investir massivement dans une plateforme IT. Aujourd’hui, son groupe regroupe encore une cinquantaine de spécialistes digitaux. « Nous avons lancé une trentaine de projets.
L’IA va notamment nous rendre beaucoup plus efficaces pour assister exposants et visiteurs dans la préparation de leur salon et l’organisation des rencontres. L’entrée aux salons étant gratuite, l’IA nous permet d’identifier les visiteurs qui ont la plus haute probabilité de no-show. Nous pouvons focaliser vers eux notre communication les jours précédant un évènement », explique-t-il.
L’architecture opérationnelle et la scalabilité
L’effet transformateur de l’IA amène aussi les scaleups à investir massivement dans « de nouvelles architectures opérationnelles ». De fait, si l’exploitation des data reste simplement conçue comme une couche à rajouter à un business-model préexistant, elle aura peu de chance de le booster réellement. C’est ce qui, aux yeux d’Alain Heureux, conseiller auprès de Beci, explique en partie les énormes différences de valorisations entre grandes sociétés technologiques US et européennes. « En plus de l’ambition et d’une stratégie, il faut un modèle qui intègre l’innovation technologique et soit réellement conçu pour scaler. Beaucoup de sociétés européennes doivent donc aujourd’hui repenser profondément leur business», pointe-t-il.
Repenser le business des salons professionnels, c’est précisément ce qu’a fait Eric Everard il y a plusieurs années, avec des événements courts, resserrés sur des thématiques verticales très précises. Au lieu de grands stands, il propose aux exposants des modules réduits, personnalisables, montés et démontés par Easyfairs.
De quoi offrir à un exposant deux jours de visibilité et prospection ciblée et intensive, pour le prix d’une page de publicité dans un magazine et sans stress préparatoire. « Notre scalabilité est venue de l’originalité de ce produit, jamais développé par d’autres, générant de vraies marges et que l’on pouvait rapidement déployer en dehors de nos frontières», explique le fondateur, qui insiste, ici encore sur l’IT. « Les centaines de salons que nous organisons « tournent » sur une même plateforme. Notre manière de travailler est la même partout dans le monde. Quand une amélioration process est avérée dans un pays, elle profite ensuite à tous ».
L’argent
Et puis, il y a bien sûr le « nerf de la guerre ». Dans notre pays comme ailleurs, ces entreprises se tournent en priorité vers le capital-risque et le private equity. Au premier semestre 2026, selon l’Echo, elles ont attiré près de 600 millions d’euros de capital, soit le plus haut montant enregistré depuis 2022. « Les scalers ont souvent débuté dans des précédentes start-ups revendues avec succès. Ensuite, ils essaiment et investissent eux-mêmes dans les business de leurs ex-associés. On appelle cela l’effet mafia. Après ces phases d’amorçage, ils se tournent très vite vers les fonds internationaux », relève Emmanuelle Ghislain.
Les talents
Qu’en est-il des talents ? Eric Everard rappelle que de tout temps, une clé du succès d’Easyfairs fut de dénicher « les meilleurs à leur poste ». Toutefois, avec l’intégration de l’IA et les gains de productivité qu’elle promet, l’augmentation des effectifs est de moins en moins vécue comme un facteur de croissance. D’après Deloitte, 75 % des scales-ups prévoient toujours de recruter. Mais plutôt que sur le volume, elles misent toujours plus sur les compétences IA. Les talents rares restent toujours prisés, mais ils changent de profil…
* À l’initiative d’Edouard Cambier, Jean de Renesse et Alain Heureux, le Club 500 fédère un réseau d’entreprises ambitieuses – technologiques mais pas seulement - basées à Bruxelles, en croissance soutenue et continue depuis 3 ans. Les intervenants éclairent sur leurs parcours et les « lessons learned » auprès des participants.
La sixième édition accueillera Emna Everard, CEO de Kazidomi. Venez échanger avec elle le 25 septembre, chez Beci ! Pour accéder à tous les Club 500, rendez-vous ici !