Entre le boulevard Mettewie et la place Docteur Schweitzer, c’est là, en pleine ville mais à un jet de pierre d’un accès au ring, qu’a déménagé Didden, il y a quelques années. S’ils offrent à l’entreprise un réel confort pour produire ses sauces et condiments à Molenbeek, les 8.000 m² de l’ex-entrepôt Takeda lui permettent aussi de réaffirmer son ancrage bruxellois. Rencontre avec sa CEO Michèle Didden, à la tête de cette entreprise familiale plus que centenaire.
Une entreprise familiale transmet ses valeurs de génération en génération : quelles sont les vôtres ?
Avec 35 à 45 employé·es selon les saisons, l’entreprise est, elle-même, une grande famille guidée par le respect, la sincérité, la confiance et l’authenticité. La plupart de nos collaborateur·rices ont plus de 10 ans de bouteille, tels mon assistante commerciale, notre opérateur, notre chef de production, chef en logistique et magasinier. Cette loyauté, rare aujourd’hui, me touche profondément et est la preuve vive que ces valeurs restent ancrées. Au-delà, il y a l’inspiration. Nous sommes restés fidèles à la philosophie de mon arrière-grand-père et de mon grand-père consistant à transformer des recettes traditionnelles en expériences uniques et innovantes. Notre slogan « les bons moments de la vie » traduit une volonté de partage et d’émulation autour de la table. Enfin, le savoir-faire. Si nous sommes toujours là, c’est que nous avons su perpétuer un héritage. Transmis de génération en génération, l’esprit d’excellence fait vraiment partie de notre identité.
Comment perdurer quand les goûts et les habitudes de consommation changent constamment ?
Nous exploitons toujours une série de recettes emblématiques qui ont traversé le temps, comme le Pickels ou la mayonnaise Grand-Mère créée par mon grand-père pour l’expo 58. Sa méthode artisanale d'émulsion au batteur est restée inchangée. Mais nous restons à l’écoute des tendances de marché. C’est ainsi que mon père a créé dans les années 90 notre gamme de confits. Aujourd’hui, nous confectionnons des dressings originaux, comme celui à l’huile de sésame grillée au mélange de 7 épices. Les demandes de nos clients et partenaires sont aussi une source d’inspiration. Comme quand nous transposons le Pickels du « Comme chez soi » pour Delhaize, ou confectionnons la sauce Kermesse, née d’une collaboration entre Pierre Wynants et Patrick Decorte, figure du monde forain bruxellois.
A travers l’histoire, quelles principales épreuves Didden a-t-elle dû surmonter ?
Elle a été fondée en 1925 par mon arrière-grand-père Jean-François et ses deux fils, François et Théodore. Le premier s’est éteint en 1939 et mon grand-père François est décédé à peine 1 an plus tard, le premier jour de la Seconde Guerre mondiale. Cela a été difficile pour mon grand-oncle, resté seul à bord avant que mon père le rejoigne. Il y a aussi eu la crise de la dioxine en 1999. Plus récemment, la hausse des coûts de matières premières et de l’énergie suite à la guerre en Ukraine fût un vrai défi. Mais c’est aujourd’hui derrière nous.
« Malgré la trop importante pression fiscale sur les entreprises, nous avons donc décidé de rester à Bruxelles, et à ce jour, nous ne le regrettons pas »
Vous ne vous étiez pas destinée à reprendre l’entreprise, avant que cela ne devienne une passion. Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?
Chaque jour est différent et apporte son lot de difficultés mais aussi de belles perspectives et potentiels à saisir. J’adore suivre les tendances et réfléchir à de nouveaux produits. Et puis je ne suis pas seule. Mon fils Pierre est entré dans l’entreprise en 2019 et ma fille Laurence nous a rejoints il y a 15 mois. Tous deux sont très complémentaires dans leurs intérêts et compétences. Orienté chiffres et efficience, le premier s’attache aux finances, plannings de production et digitalisation des process et du support commercial. La seconde s’implique dans les relations commerciales et le marketing. Cela me booste réellement. Être une entreprise familiale permet de se projeter dans l’avenir, même quand le présent est compliqué. C’est important pour moi, mais aussi pour tout le personnel, qui voit dans la continuité familiale un gage de stabilité et de sécurité.
Vous avez fait le choix, lors de votre déménagement il y a quelques années, de rester à Bruxelles…
Honnêtement, Nivelles était aussi une option. Nous y avions même acquis un bâtiment, revendu lorsqu’il s’est avéré qu’il ne répondrait pas à nos exigences techniques, mais aussi parce que nous avons mesuré ce que nous perdrions en quittant Bruxelles. En particulier les membres de notre personnel auxquels nous sommes très attachés. Et puis ce nouveau bâtiment, très grand, nous facilite la vie au quotidien. Malgré la trop importante pression fiscale sur les entreprises, nous avons donc décidé de rester et à ce jour, nous ne le regrettons pas.
Le label « made in Brussels », cela compte ?
Nous réalisons 15 % de notre chiffre d’affaires à l’export. Principalement au Benelux et dans quelques autres marchés européens. Je dirais qu’à part dans quelques pays, comme peut-être le Japon, le « made in Belgium » résonne plus que le « made in Brussels ». Et à cet égard, nous sommes fiers de nos racines !
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