UE – Mercosur : un intérêt commercial et (géo)stratégique

24 février 2026 par
Philippe Beco

L’accord ouvre des perspectives à plusieurs entreprises bruxelloises, grandes et petites…

À Bruxelles, on est bien placé pour savoir que la signature d’un accord peut prendre du temps. Il en va de la politique régionale comme des accords de libre-échange conclus par l’Union Européenne. Ainsi, les négociations avec 4 des 5 pays qui constituent le Mercosur – l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay – ont débuté… en 1999. Mais à la suite du feu vert accordé par la majorité des États membres à la mi-janvier et le vote du parlement européen, celles-ci sont enfin en voie d’aboutir.

Le texte, auquel la Bolivie n’est pas partie prenante, prévoit l’élimination de plus de 90 % des droits de douane entre les deux blocs commerciaux afin de stimuler les exportations européennes de produits industriels. En contrepartie, il met en place des contingents d’importation préférentiels pour les produits agricoles originaires d’Amérique du Sud.

Il y a quelques semaines, Beci s’associait à la FEB, VOKA, AKT, UNIZO et AVED pour saluer l’aboutissement des discussions entre les États membres, ouvrant la voie à l’accord signé par Ursula Von der Leyen le 17 janvier.

Chimie, pharma, machines et agroalimentaire

De fait, le potentiel de croissance des échanges avec le Mercosur est très élevé. Si la Belgique importe déjà du café, du jus d’orange, du soja, de la viande et des céréales, l’accord doit lui permettre par ailleurs de booster son accès aux importantes ressources minérales de la Région : fer et acier, mais aussi plusieurs matières premières critiques, essentielles à son industrie.

Par ailleurs, avec un montant de près de 3 milliards d’euros par an, la Région représente aujourd’hui moins de 1% des exportations belge de biens, rappelait le dernier rapport du SPF Economie à ce sujet. Les perspectives que laissent entrevoir ce marché de 270 millions de personnes sont donc attractives. Aujourd’hui, les produits chimiques et pharmaceutiques (30%) et les produits minéraux (30%) se taillent la part de lion des exportations belges vers le Mercosur, devant les machines et le matériel électrique (10%) ainsi que l’agroalimentaire. Le rapport pointe comme principaux produits d’export les médicaments, vaccins et dispositifs médicaux, des composés chimiques, les huiles minérales, le Zinc, ainsi que les pièces automobiles et pour l’aviation. Pour la Belgique, l’accord se traduira par une quasi-suppression des droits de douane dans plusieurs de ces secteurs clés : la chimie, les plastiques, le chocolat, le textile et les sciences de la vie.

Les entreprises bruxelloises concernées

Les entreprises bruxelloises ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Elles étaient une cinquantaine à accompagner la mission princière au Brésil, fin 2024. On y retrouvait notamment les géants UCB, Solvay, Fluxys, Tractebel et Euroclear, quelques grandes banques et cabinets d’avocats mais aussi The Belgian Chocolate Makers et plusieurs PME. Parmi elles, Fyteko spécialisée dans les biostimulants végétaux. Un peu à la façon d’un vaccin, ses biomolécules activent les défenses naturelles des graines en cas de grande sécheresse, et renforcent ainsi la résistance des plantes au stress hydrique.

« La Belgique n’est sans doute pas le meilleur pays pour commercialiser un produit anti-sécheresse », sourit Guillaume Wegria, cofondateur et CEO. « Nous avons donc toujours été tournés vers l’export ». Si la scale-up s’est développée avec succès en Europe – ses produits y couvrent aujourd’hui près d’un million d’hectares – l’Amérique latine et ses grandes plantations de maïs font aussi partie de ses marchés. Elle dispose d’ailleurs d’une filiale au Brésil.

Le caractère géostratégique de l’accord Mercosur résonne particulièrement aux oreilles du CEO. « Notre business est directement impacté par des risques macro-économiques, qu’il s’agisse du Covid, de la guerre en Ukraine ou du protectionnisme US », souligne-t-il. Au-delà, et même s’il craint quelque peu la pression supplémentaire que l’accord pourrait faire porter sur le marché européen, il se réjouit des nouvelles ouvertures sud-américaines que celui-ci devrait permettre. « Un de nos produits est aujourd’hui à 6% de taxes d’importation au Brésil. Un autre est taxé à 14 ou 18% selon les cas. Avec l’accord, ils vont passer à 0% et nous permettre de mieux lutter contre nos concurrents, notamment US. Le timing est bon pour relancer une dynamique commerciale avec la région. D’ailleurs, je me rendrai au Brésil et en Argentine dans les prochaines semaines », confie-t-il.  

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