Multilinguisme : une richesse à cultiver

2 juillet 2026 par
Beci Community

Les langues parlées – et exigées – dans les entreprises bruxelloises reflètent leurs marchés. Elles sont aussi un potentiel levier d’épanouissement individuel, de succès entrepreneurial et de croissance régionale.

Comment les langues sont-elles pratiquées en entreprises aujourd’hui ? Et quel est le niveau général ? En 2024, une analyse du cabinet Bright Plus sur plus de 30.000 tests standardisés passés entre 2015 et 2024 sonnait l’alarme.

D’un niveau supérieur à B1 (qui permet juste de parler d'expériences et d'opinions) en 2015, la connaissance moyenne du néerlandais comme seconde langue aurait glissé à un niveau désormais légèrement inférieur. Côté néerlandophone, la maîtrise du français aurait par ailleurs nettement diminué. Située entre B1 et B2 (qui permettait de comprendre des textes complexes et communiquer clairement) il y a 12 ans, elle est aujourd’hui passée sous le niveau B1. Et encore, insistent les auteurs de l’étude, il ne s’agirait là que de la partie émergée de l’iceberg, sachant que les candidat·es concerné·es se déclaraient multilingues. On ne parle donc pas de celles et ceux se reconnaissant d’emblée comme moins équipés…

L’anglais ne résout pas tout

En anglais, d’après la même étude, les jeunes candidat·es obtiennent par ailleurs de meilleurs scores que les plus âgé·es. Les dernières générations auraient-elles donc tendance à considérer que la langue de Shakespeare peut suffire pour s’insérer et progresser ? Est-ce vraiment une bonne idée, en particulier à Bruxelles ?

« En interne comme en externe, la plus grande partie des entreprises bruxelloises utilisent une combinaison de langues. Le plus souvent, on y parle à la fois français, néerlandais et anglais, voire allemand. Penser qu’il est suffisant de maîtriser sa langue plus l’anglais est donc une erreur », répond Laurence Mettewie, professeure de langue et linguistique néerlandaises à l’UNamur. Il y a près de 20 ans, sur demande du ministère régional de l’emploi, elle a mené une recherche sur les usages et besoins auprès de 357 entreprises bruxelloises en matière de multilinguisme ainsi que les bénéfices qui y sont associés. Les conclusions tirées alors ont été reconfirmées par une nouvelle enquête menée en 2020.

Français-Néerlandais-Anglais : le trio gagnant

Membre du Conseil bruxellois pour le multilinguisme, la spécialiste relève encore que le nombre d’entreprises bruxelloises utilisant « uniquement » la combinaison français-néerlandais est inférieur à celui utilisant les trois langues, anglais y compris. Le caractère multiculturel et international de Bruxelles transparait donc bel et bien dans les pratiques de ses entreprises.

Comment expliquer ces exigences linguistiques – somme toute élevées par rapport au reste du monde – au sein des entreprises bruxelloises ? « Elles sont le reflet de la réalité des marchés auxquels elles s’adressent. À la fois le marché local, très multilingue, et les autres marchés proches que sont la France, les Pays-Bas, l’Allemagne ou l’Angleterre », décrypte Laurence Mettewie.

Autre constat frappant révélé par les études, il est quasiment plus difficile pour une entreprise bruxelloise de trouver un·e candidat·e qui maîtrise « seulement » le néerlandais et le français plutôt que les trois langues. « Une fois que l’on connait l’autre langue nationale, l’anglais vient quasi automatiquement derrière. Cela en dit long sur les aptitudes et la perception de la langue de l’autre dans la motivation à l’apprentissage », pointe Laurence Mettewie.

Facteur de croissance

On l’aura compris, entre dégradation des connaissances linguistiques chez les candidats et attentes des entreprises qui restent élevées, un fossé se creuse progressivement. « Pourtant le multilinguisme est un facteur de croissance. Sur 10 PME répondantes, quatre avouent avoir perdu des contrats par manque de compétences linguistiques. On vend toujours mieux dans la langue du client », insiste la professeure, pour qui les autres langues parlées dans la population bruxelloise pourraient aussi être mieux exploitées comme levier à la grande exportation.

Culture d’entreprise

Pour un·e employé·e, le multilinguisme peut aussi agir en bouclier contre le licenciement, devenir un pass pour plus d’options de carrière mais aussi assurer une collaboration plus efficace et agréable avec les collègues. Or d’après l’enquête Bright Plus citée plus haut, si 8 salarié·es belges sur 10 considèrent que cet aspect est important, 15% avouent limiter les contacts avec un·e collègue parlant une autre langue et 5% évitent même ce ou cette collègue.

Des attitudes qui peuvent abîmer la productivité, la collaboration, voire la culture d’entreprise. « Dans une PME, si une langue n’est maitrisée que par une seule personne, son absence – par exemple pour maladie – se fait directement sentir. C’est la raison pour laquelle de plus en plus d’entreprises investissent en interne pour stimuler les pratiques », remarque Laurence Mettewie.

Les applications comme solutions ?

Les progrès fulgurants des outils de traduction peuvent-ils résoudre le problème ? En partie sans doute mais Laurence Mettewie pointe plusieurs limites. « Une connaissance aiguisée de l’usage culturel des langues est clé pour piloter ces logiciels. Par ailleurs, négocier ou vendre à des clients se fait encore souvent d’individu à individu, et sans casque virtuel. Connaître la langue de l’autre demeure un atout absolu dans un rapport interpersonnel ».

Par Philippe Beco, Freelance Business Journalist

Beci soutient la formation des langues à travers ses 2 écoles CVO Semper et EPFC. Ensemble, les deux centres de formation accueillent près de 30.000 étudiant·es chaque année.


Partager cet article