Plus de 50 organisations privées et publiques sont membres du réseau CEASE.
Les violences conjugales dépassent l’environnement de la sphère privée. Au sein du réseau CEASE, plus de 50 organisations ont choisi de se mobiliser, afin de faire du lieu de travail un espace attentif et soutenant pour les victimes. Un engagement bénéfique pour les travailleur·euses, les entreprises et la société.
En Belgique, une femme sur trois a déjà été victime de violences commises par un partenaire intime au moins une fois au cours de sa vie, qu’elles soient psychologiques, physiques ou sexuelles. Cela signifie que chaque employeur·e, responsable d’équipe ou collègue, a été, est ou sera en contact avec un·e employé·e confronté·e à de la violence basée sur le genre, que celle-ci se produise au travail ou dans la sphère privée. Pour répondre efficacement et s’engager, certaines entreprises ont rejoint le réseau CEASE.
En Belgique, le réseau est coordonné par le think & do tank POUR LA SOLIDARITE. « Ce sont des entreprises qui s’impliquent dans la lutte, mais surtout dans le soutien des victimes de violences conjugales », détaille Manon Bouisset, coordinatrice du réseau CEASE en Belgique. Plus de 50 organisations en sont membres, « dans un spectre assez large, puisque nous avons autant des entreprises privées, que des organisations publiques, des communes bruxelloises, des ASBL, des coopératives, etc. » Vivaqua, gestionnaire public du réseau de l’eau à Bruxelles, a rejoint le navire en 2024. « Nous avons une politique d’inclusion et de diversité depuis cinq ans déjà. Tout le terreau était là, nous avons saisi l’opportunité de les prendre à bord », explique Emmanuèle Rycx, directrice des ressources humaines chez Vivaqua.
Les violences conjugales sont subies dans la sphère privée, mais ont un fort impact sur les autres sphères sociales. « 50 % des victimes de violences conjugales en parlent au travail. 70 % considèrent que cela a un impact sur leur aptitude à travailler », décode Manon Bouisset. Les travailleurs et travailleuses actif·ves passent une grande partie de leur temps au travail ; il s’agit parfois de leur seul lieu d’interaction sociale en dehors de leur environnement domestique. « Au sein du réseau, nous considérons que les violences concernent les entreprises, et qu’elles ont un réel impact sur l’avenir des victimes. »
Formation et accompagnement
L’engagement s’oriente autour de deux axes. « La première chose que nous demandons est de former au moins deux personnes à la problématique ». Proposée par CEASE, la formation a pour but de « s’assurer que les personnes comprennent ce que sont les violences conjugales, présenter les signes qu’on peut détecter au travail et proposer des outils pour agir concrètement », détaille la coordinatrice du réseau. Une petite dizaine de travailleur·euses sont déjà formé·es chez Vivaqua. « La formation n’est pas là juste pour ‘faire bien’, mais permet d’aller vraiment au fond du sujet », félicite Sophie Butaeye, responsable Diversité et Inclusion. La coopérative Smart fait également partie du réseau CEASE. Virginie Moyersoen, directrice du service RH, se souvient de ces formations. « Ça a été une vraie prise de conscience pour beaucoup de personnes. Quand on voit les chiffres, on se rend compte qu’il y a certainement des personnes dans notre entourage qui sont touchées. »
L’engagement de l’entreprise se traduit aussi par la sensibilisation au sein des équipes. Manon Bouisset se rend régulièrement au sein des organisations : « Je présente le sujet pendant une, deux heures. C’est très important, parce que ça sensibilise plus largement tous·tes les travailleur·euses. » Le réseau offre également un accompagnement personnalisé : « Ils ont une certaine prise de recul et nous aident à réfléchir aux actions qui peuvent être mises en place, confirme Virginie Moyersoen. On peut, par exemple, verser le salaire sur le compte privé de la victime plutôt que sur un compte commun. Ça a peu d’impact aux yeux de l’entreprise, mais pour la victime, c’est peut-être une aide précieuse. »
L’adhésion au réseau est peu coûteuse. “On demande simplement de signer une charte, promettre qu’on va essayer de former des personnes. Mais elle n’est pas contraignante, c’est basé sur une relation de confiance au sein du réseau”, confie Manon Bouisset. Les bénéfices sont pourtant multiples. « L’objectif est d’offrir un soutien au personnel et un lieu de travail accueillant, témoigne Emmanuèle Rycx, directrice RH au sein de Vivaqua. Mais nous restons un employeur économique. Quelqu’un qui se sent bien au travail et en sécurité va bien travailler, va s’investir. On combine bien-être et productivité. » En prime, l’entreprise participe également à son rôle sociétal. « C’est un ‘triple win’. »
L’objectif du réseau CEASE est de participer au soutien des victimes de violences liées au genre et ce faisant, contribuer à instaurer un environnement de travail sûr et sécurisant. Il n’est pas la seule porte d’entrée qui s’offre aux entreprises. Dans la capitale, stop-violence.brussels fournit une liste d’outils, de brochures et de conseils destinés aux professionnel·les afin de les aider à accompagner les victimes, y compris les victimes de violences entre (ex-)partenaires. Ces outils et ressources ont été validés par des expert·es du secteur associatif de la lutte contre les violences basées sur le genre. Le site fournit également une carte interactive des services d’aide disponibles dans les 19 communes bruxelloises.
Pour en savoir plus sur les initiatives de Beci et ses partenaires, rendez-vous surwww.beci.be.
Par Pol Lecointe
