Taipei, mars 2026 : le partenariat public-privé au cœur des villes intelligentes

30 juillet 2026 par
Beci, Beci Community

Du 16 au 21 mars 2026, une délégation bruxelloise composée notamment d’Alain Heureux (Beci), d’Émilie Dupont (Ville de Bruxelles) et de Brieuc Janssens (Agoria Brussels) s’est rendue à Taipei à l’occasion du Smart City Summit & Expo. Comment certaines métropoles parviennent-elles à accélérer leur transformation grâce à une collaboration étroite entre acteurs publics et privés ? 

Dès les premières heures sur place, un constat s’impose : à Taïwan, la ville intelligente n’est pas un concept en devenir, mais une réalité déjà bien ancrée. Et surtout, cette réussite repose sur un élément clé que les membres de la délégation identifieront rapidement comme déterminant : la qualité et l’intensité du partenariat public-privé.

Co-innover pour "scaler" à grande échelle

Le Smart City Summit & Expo, qui rassemble chaque année des milliers de décideurs publics, d’entreprises technologiques et d’investisseurs, met en scène un écosystème où villes et entreprises co-construisent des solutions, les testent rapidement et les déploient à grande échelle. Brieuc Janssens, Manager d’Agoria Brussels, souligne : « Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement le niveau technologique. C’est la fluidité de la collaboration entre le public et le privé. Les projets avancent vite parce que tout le monde est aligné. »

À Taipei, cette collaboration se traduit par une intégration poussée du numérique dans la gestion urbaine. Les entreprises développent des technologies directement liées aux besoins exprimés par les autorités publiques, tandis que ces dernières créent un cadre favorable à l’expérimentation et au déploiement. Alain Heureux, représentant Beci, insiste sur cette dynamique : « Le rôle du public est essentiel, mais il agit ici comme un facilitateur. Il crée les conditions pour que les entreprises puissent innover, tester et scaler rapidement. »

Les jumeaux numériques au service de la décision

Cette logique de co-construction se retrouve dans de nombreux domaines : mobilité intelligente, gestion énergétique, services urbains digitalisés ou encore plateformes de données. Les solutions sont pensées comme des briques d’un système global où chaque acteur joue un rôle complémentaire. L’un des exemples les plus marquants observés par la délégation concerne le développement des jumeaux numériques. 

À Taipei, ces répliques virtuelles permettent de simuler des scénarios urbains complexes, d’anticiper les évolutions et d’optimiser les décisions publiques. Mais là encore, la technologie n’est qu’une partie de l’équation : ce qui fait la différence, c’est que les entreprises technologiques travaillent en étroite collaboration avec les autorités locales pour construire des outils adaptés aux besoins réels de la ville.

Émilie Dupont, directrice générale de la Ville de Bruxelles, souligne l’intérêt de cette approche pour la capitale : « Les digital twins sont extrêmement puissants, mais ils ne prennent tout leur sens que s’ils sont développés avec les utilisateurs publics. C’est cette collaboration qui permet d’en faire de véritables outils de décision. »

La délégation bruxelloise a également bénéficié d’un accueil particulièrement structuré, notamment grâce au rôle de Philippe Tzou (AWEX) et du Bureau belge à Taipei. La rencontre avec le maire de la ville a offert un éclairage sur la stratégie de la capitale et sur la manière dont celle-ci articule innovation, gouvernance et collaboration avec le secteur privé. « On voit ici ce que peut produire une vraie logique de co-développement avec les entreprises. C’est inspirant pour beaucoup de réflexions en cours chez nous », précise Brieuc Janssens.

Fédérer l'écosystème bruxellois

Cette immersion à Taïwan met en lumière un contraste avec la réalité bruxelloise. Si les compétences et les talents sont bien présents en Belgique, la collaboration entre acteurs publics et privés reste souvent fragmentée, freinée par des processus complexes ou un manque de coordination. 

Pour autant, l’enjeu n'est pas de copier le modèle taïwanais. Brieuc Janssens résume : « À Bruxelles, nous avons tout ce qu’il faut : des entreprises innovantes, des institutions solides, des talents. Le défi, c’est de mieux connecter ces forces. » 

La mission a également permis de mettre en évidence le rôle stratégique des organisations intermédiaires comme Beci ou Agoria. En facilitant les échanges entre entreprises et pouvoirs publics, elles peuvent jouer un rôle clé dans l’émergence de projets concrets. Cette logique se reflète aussi dans la manière dont Taïwan aborde l’innovation. Les projets sont rapidement testés, ajustés et déployés, grâce à une culture du pragmatisme et du résultat. Alain Heureux insiste sur cet aspect : « Il y a ici une vraie culture de l’expérimentation. On teste, on apprend, on adapte. Et surtout, on avance. » 

Un autre élément marquant est la place accordée à l’impact sur les citoyens. Émilie Dupont rappelle : « Ce qui compte, ce n’est pas la technologie en elle-même, mais ce qu’elle permet. Et ce qu’elle permet ici, c’est une ville plus efficace et plus agréable à vivre. »

Au terme de cette mission, Bruxelles apparaît à un moment charnière. Les défis sont nombreux : transition climatique, croissance démographique, pression sur les infrastructures, mais les opportunités le sont tout autant. L’expérience taïwanaise montre qu’une accélération est possible, à condition de repenser les modes de collaboration. Cela implique de créer des espaces de dialogue plus fluides entre public et privé, de faciliter l’expérimentation et de soutenir le passage à l’échelle des solutions. 

Brieuc Janssens conclut : « La question n’est plus de savoir si nous devons aller vers des villes intelligentes, mais comment nous organisons cette transition. Et la réponse passe clairement par un partenariat public-privé renforcé. »

Par Alain Heureux (Beci), Brieuc Janssens (Agoria) & Émilie Dupont (Ville de Bruxelles)


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