Un nouvel ADN pour la concertation sociale en Belgique ?

12 juin 2026 par
Beci Community

Nous sommes un pays de concertation sociale. Elle est prévue à tous les niveaux de notre économie et de notre sécurité sociale. Pourtant la Belgique est championne d’Europe en journées de grève. Est-ce la fin de ce modèle ou une opportunité de renouveau ?


La concertation sociale est davantage connue pour ses grèves que pour ses réussites. Les organisations syndicales ont organisé une manifestation nationale le 12 mai dernier. BPost sort d’une longue période de grève. La SNCB a connu un nombre élevé de journées de grève en 2025. Le gouvernement rejette la proposition des partenaires sociaux (Groupe des 10) concernant le Centenindex. La concertation sociale n’a pas bonne presse ces dernières années. Elle semble davantage une machine à produire des conflits, voire des grèves et surtout des désaccords. Les actions dans le secteur privé sont moins médiatisées mais pas moins réelles. Reste une réalité : selon l’étude de l’institut allemand WSI, la Belgique est championne de l’UE en matière de jours de grève.

Pourquoi la Belgique est-elle championne d’Europe des journées de grève ?

Les causes  de ce phénomène sont nombreuses et autant sociétales que propres au monde du travail. Les réseaux sociaux ont poussé l’individualisme à un niveau jamais atteint, les algorithmes entretiennent l’idée que les autres pensent comme nous, ce qui n’incite pas à écouter et moins encore comprendre les autres opinions. Le débat politique devient de plus en plus polarisé. La liste est bien plus longue.

Notre modèle de concertation sociale a été refondé en 1944 et a su porter avec succès des années de développement économique. Toutefois, depuis le milieu des années nonante, il est à la peine. La réforme de la loi sur la norme salariale en 2017 a crispé la machine.

La dynamique actuelle est celle du seul rapport de forces : « si ma position est dominante, je forcerai l’autre partie à des concessions ». Elle est profondément ancrée dans l’ADN de notre conception de la concertation sociale, à tous ses niveaux.

Toute situation de crise demande une évaluation rigoureuse…

Sauf à faire preuve de cynisme, il est difficile de se réjouir de ces difficultés. Pour ceux qui tiennent pour acquis que la démocratie politique (le citoyen politique vote aux élections) a besoin d’un renforcement par la démocratie sociale (le citoyen travailleur est consulté), une évaluation s’impose.

Pourtant, les observateurs et les acteurs de la concertation sociale savent que l’absence de consultation voire d’implication avant la prise de décision provoque des difficultés souvent complexes de mise en œuvre. Le temps qui n’est pas pris avant la décision se paie facilement au double du temps, perdu ensuite en résistances au changement.

Il devient donc urgent de procéder à une évaluation de notre système de concertation sociale, sans tabou, loin des caméras et s’inspirer des méthodes qui ont fait leur preuve, comme lors du pacte social de 1944 et d’examiner des pistes de revitalisation de ce système.

…pour mener des réformes robustes et durables

Notre système de concertation sociale ne fera pas l’économie d’une évaluation globale, sans tabou et probablement d’une réforme en profondeur. Il appartiendra au gouvernement et aux partenaires sociaux de l’initier.

Les projets trop ambitieux portent toutefois le risque de voir la montagne accoucher d’une souris. La politique des petits pas, certes lente, a le mérite de tester des orientations nouvelles par l’expérimentation, orientations innovantes qui ouvrent la voie aux projets ambitieux en rassurant les parties prenantes et si elles échouent, personne ne perd la face.

Cela pourrait commencer par la promotion de la négociation raisonnée (ou intégrative) comme alternative à la traditionnelle négociation sur position. Les techniques de concertation intégratives augmentent l’efficacité du dialogue en permettant la distance par rapport aux positions dogmatiques, elles favorisent la collaboration au détriment de la confrontation et permettent, par leur méthodologie, d’ajuster le rythme du dialogue aux contraintes de temps des parties prenantes. 

Un récent colloque sur l’innovation dans le dialogue social semble confirmer une large adhésion des acteurs de la concertation à cette nouvelle approche. Elle sera au centre d’une formation universitaire lancée cet automne à l’UCLouvain.

 

Par, Bauduin Auquier - Partner YEON et Professeur invité UCLouvain


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