Bruxelles : l’urbanisme à bras-le-corps

8 juillet 2026 par
Beci Community

Propreté en berne, urbanisme grippé : Audrey Henry, Secrétaire d’Etat chargée de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, de la Propreté publique et de l’Energie, hérite de dossiers qui exaspèrent le monde économique. Entre l'urgence de rendre nos rues présentables et la promesse d'une administration enfin à l'écoute des porteurs de projets, elle expose sa méthode. Entretien sur les remèdes prévus pour débloquer la machine régionale.

Quel bilan tirez-vous de la propreté actuelle à Bruxelles, et comment comptez-vous en faire une priorité régionale pour renforcer le bien-être des habitant·es et l’attractivité économique de la capitale ?

Bruxelles dispose d’équipes engagées qui nettoient nos rues quotidiennement. Depuis deux mois, en tant que Secrétaire d’État, j’ai déjà eu l’occasion d’aller à plusieurs reprises à la rencontre des équipes de Bruxelles Propreté. Courir, de bon matin, avec des sacs-poubelles que vous lancez dans un camion, ça force le respect. La propreté doit devenir une priorité collective. J’ai, dès de début de mon mandat, rencontré tous les échevins afin de mieux comprendre ce qui pouvait être amélioré. La lasagne institutionnelle n’aide ni les Bruxellois ni leurs décideurs à résoudre cette problématique. Avec des synergies aux différents niveaux de pouvoir, j’ai bon espoir que la propreté dans notre Capitale s’améliore.

Au-delà des campagnes de sensibilisation, comment comptez-vous renforcer les contrôles et les sanctions dans les zones les plus problématiques (hotspots) qui nuisent aux commerçant·es ?

La prévention reste indispensable, mais elle ne suffit manifestement pas. Dans certains quartiers, les règles ne sont pas respectées, ce qui pénalise directement les habitants et les commerçants. Nous allons donc renforcer les contrôles dans les zones les plus problématiques et sévir quand cela s’avère nécessaire. Il n’est pas normal qu’une minorité salisse la région et que tous en paient le prix. Les amendes ne sont jamais les premières des solutions, mais si c’est le seul moyen d’imposer le respect des règles à certains, alors nous prendrons les mesures nécessaires.

Bruxelles, beaucoup de PME manquent de place pour stocker leurs déchets. Quelles solutions prévoyez-vous pour les aider à respecter leurs obligations de tri sans bloquer leur activité ?

L’espace est un enjeu primordial, surtout dans des magasins ou PME où chaque mètre est utilisé. Pour des magasins, les cartons peuvent vite s’accumuler et rendre une partie de la surface commerciale inutilisable.  Le tri des déchets et leur recyclage sont essentiels, mais mieux vaut s’attaquer à la source du problème, demandez à vos fournisseurs de réduire leurs emballages, en plus de réduire le coût de transport et de manutention, cela aura aussi un impact sur l’environnement. Mieux vaut agir à la source, car le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Et si, malgré tout, les déchets devaient s’accumuler, la logistique sera votre meilleur allié afin de vous faire livrer vos plus grosses livraisons la veille des jours de ramassage inscrits dans le contrat avec votre collecteur.

Comment comptez-vous simplifier et accélérer l’octroi des permis d’urbanisme pour libérer enfin le potentiel de développement économique de la Région ?

La complexité et la lenteur des procédures sont largement reconnues. Nous agissons en deux temps : d’abord avec des mesures rapides pour simplifier les procédures existantes. Cette première réforme est déjà en cours et la réflexion continue. Ensuite, une méthode plus structurelle sera appliquée via une révision en profondeur des textes réglementaires (PRAS et COBAT) afin de moderniser le système et lever les blocages. Cette deuxième étape, plus conséquente, associe les administrations (Urban.brussels, Perspective.brussels et Bruxelles Environnement) et mon cabinet afin d’aboutir au plus vite, tout en s’assurant de la solidité des réformes.

Quelle est votre vision pour équilibrer les différentes fonctions de la Région (logement, économie, espaces verts) dans votre politique d’aménagement du territoire ?

Aujourd’hui, la multiplicité des acteurs complique les procédures et nuit à la lisibilité. C’est pourquoi nous allons regrouper Urban.brussels, Perspective.brussels et une partie de Bruxelles Environnement au sein de Bruxelles Urbanisme. Cette simplification permettra de mieux coordonner et amener davantage de cohérence dans les décisions. Cette fusion aura aussi pour but de retirer une couche de cette lasagne institutionnelle et de donner un unique point de contact clair pour tous : sera Bruxelles Urbanisme.

Comment comptez-vous relier la gestion des déchets aux réseaux de chaleur (comme celui de l’incinérateur) pour fournir une énergie innovante et durable aux entreprises et aux logements bruxellois ?

L’incinérateur de Neder-Over-Heembeek alimente déjà un réseau de chaleur pour plusieurs bâtiments publics, Docks ainsi que les Serres Royales de Laeken. Cette valorisation énergétique constitue une première étape importante et l’objectif à terme est d’étendre le réseau dans les quartiers environnants. Nous voulons aller plus loin en innovant, notamment via le projet BE.SHARE, avec le soutien financier de l’Europe, grâce à des solutions complémentaires, comme la géothermie et la riothermie. L’objectif est de produire une énergie locale, durable et compétitive pour les logements et les entreprises bruxelloises. La production d’une énergie locale et décarbonée est un enjeu clef pour les années à venir tant d’un point de vue économique (stabilité des prix) qu’environnemental.


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