Partage d'énergie : reprendre la maîtrise d'une partie de sa facture énergétique

24 septembre 2026 par
Beci Community

Les récentes crises énergétiques ont rappelé aux entreprises à quel point leur facture d'électricité pouvait dépendre de facteurs qu'elles ne maîtrisent pas. Dans le contexte transition énergétique actuel, l'efficacité reste un levier essentiel pour maîtriser les coûts, mais une autre question se pose désormais : comment être moins exposé à la volatilité des prix du marché ?

Le partage d'énergie apporte une nouvelle réponse à cet enjeu, rendue possible par le déploiement des compteurs digitaux, dans un cadre légal européen transposé au sein des trois régions.

"Mieux valoriser l'énergie produite localement, et maîtriser une partie de sa facture : c'est tout l'enjeu du partage d'énergie."

Le partage d'énergie, comment ça marche ?

Jusqu'ici, une entreprise sans moyen de production d’énergie devait couvrir l'intégralité de ses besoins auprès d'un fournisseur unique ; à l'inverse, une entreprise produisant elle-même de l'électricité pouvait seulement l'autoconsommer et voir son surplus repartir sur le réseau à bas coût. Le partage d'énergie crée un pont entre les deux : une nouvelle option qui permet à la première d'accéder directement à l’énergie produite par la seconde.

L'adhésion à ce dispositif n'implique aucune modification substantielle pour les participants : l'entreprise consommatrice capte simplement une partie de son électricité auprès de producteurs locaux, sans pour autant s'affranchir de son fournisseur, qui continue d’assurer le reste de ses besoins. Le producteur, de son côté, tire davantage parti de son surplus solaire en le valorisant directement auprès des consommateurs. L'énergie ainsi partagée est échangée à un tarif structurellement avantageux pour les deux parties : plus élevé que le prix de rachat classique pour le producteur, plus bas que le tarif fournisseur pour le consommateur, et surtout détaché de la volatilité du marché puisqu'il est fixé directement entre les participants.

 

 

Toutes les entreprises peuvent-elles en bénéficier ?

Toutes les entreprises, à quelques exceptions près, peuvent prendre part à un partage d’énergie. Il n'est pas nécessaire de posséder des panneaux photovoltaïques pour participer : une entreprise peut être productrice, consommatrice, ou les deux. Le profil de consommation joue néanmoins un rôle important : les entreprises actives principalement en journée en tirent le meilleur parti, leur consommation coïncidant avec les heures de production solaire. Le partage d’énergie a ainsi une vertu pédagogique : il incite les entreprises à s'interroger sur leur propre profil de consommation, et sur la possibilité de décaler certains usages vers les heures où l'énergie renouvelable est disponible et bon marché.

Une mise en œuvre qui reste complexe

Si le principe est simple sur papier, sa mise en œuvre l'est moins. Identifier des producteurs et des consommateurs aux profils compatibles, formaliser les contrats de partage, respecter les procédures d'agrément du régulateur et traiter les données brutes des compteurs demandent une expertise technique et administrative que peu d'entreprises ont en interne. C'est ce qui explique l'émergence d'acteurs spécialisés, dont la fonction est précisément de faciliter cette rencontre et d'assurer la gestion du dispositif dans la durée - une charge que les participants n'ont, eux, jamais à porter.

Une dynamique qui se structure à Bruxelles

À Bruxelles, le partage d'énergie bénéficie d'un cadre réglementaire et opérationnel particulièrement favorable, notamment grâce au travail de BRUGEL et de Sibelga. C'est dans ce contexte qu'a émergé Sun Is Up, une communauté d'énergie active sur l’ensemble de la région bruxelloise, qui rassemble aujourd'hui une cinquantaine d'entreprises privées et deux acteurs publics, avec un objectif de 5 GWh d'énergie partagée d'ici fin 2027. 

Sa structure de gestion s'appuie désormais sur un partenariat commercial avec Alteo Group, acteur belge de la transition énergétique des bâtiments, qui lui apporte l'appui d'un acteur établi tout en lui permettant d'intégrer le partage d'énergie à son offre.

De la crise énergétique à une nouvelle manière de consommer

La crise énergétique a montré les limites d'une dépendance totale aux fluctuations du marché de l’énergie. Le partage d'énergie ne les fait pas disparaître et ne remplace pas l'approvisionnement classique. Il permet toutefois aux entreprises de reprendre la maîtrise d'une partie de leur approvisionnement, tout en valorisant davantage l'électricité renouvelable produite localement. Le potentiel reste d'ailleurs loin d'être pleinement exploité à l'échelle européenne, comme le confirme un récent rapport de la Cour des comptes européenne.

À mesure que les compteurs digitaux se généralisent et que les communautés d’énergie se développent, le partage d'énergie pourrait ainsi devenir une nouvelle composante de la stratégie énergétique des entreprises bruxelloises et un acteur à part entière du marché de l’énergie.


Par Thomas Josse et Simon Laffut, cofondateurs de Sun Is Up.



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