Porté par l’e-commerce, le marché belge des camionnettes continue sa progression. L’offre électrique s’étoffe. Elle dispose d’arguments de plus en plus solides.
Le marché des véhicules utilitaires légers a le vent en poupe. En 2025, avec plus de 70.000 immatriculations, les ventes ont augmenté de 7,5% par rapport à 2024 selon la Febiac. Au total, indique encore Statbel, plus d’un million de camionnettes circulent ainsi sur nos routes. Pour le représentant des constructeurs automobiles, ce succès est dû en grande partie au boom des colis liés à l’e-commerce. C’est d’ailleurs en 2019, 2020 et 2021 que les ventes de camionnettes ont atteint leurs records, ces mêmes années où l’épidémie Covid a littéralement propulsé les achats en ligne.
Utilitaires verts
Longtemps, les véhicules utilitaires sont restés à l’écart de la tendance à l’électrification des flottes. Mais les choses changent progressivement. Si en 2024, les camionnettes rechargeables, 100% électriques ou hybrides, ne représentaient encore que 4,1% des ventes belges, ce chiffre a doublé en 2025, passant à 8,1%.
La récente et spectaculaire hausse du prix des carburants est-elle de nature à accélérer encore le mouvement ? Porte-parole de D'Ieteren Automotive, Jean-Marc Ponteville scrute de près les dynamiques de marché. Pour lui, il est encore trop tôt pour prédire l’effet de la crise au Moyen-Orient. « Les hausses à la pompe suscitent des réactions émotionnelles. Elles agissent comme un signal d’alarme et poussent à la réflexion. Mais elles n’entrainent pas toujours une décision d’achat », relève-t-il. Au-delà de la conjoncture, il rappelle toutefois les différents facteurs qui ont fait du marché belge, sur le segment de la voiture de société à usage privé, un exemple européen en la matière.
Marché élargi
À commencer par une offre qui réponde à la diversité des besoins. Ces dernières années, l’engouement pour l’électrique a été soutenu par l’arrivée de nouveaux modèles moins chers que leurs prédécesseurs, donc plus faciles à intégrer dans les packages salariaux. Progressivement, cette adoption s’étend maintenant aux conducteurs privés, en particulier via le marché de l’occasion. « Ces derniers jours, les chiffres de consultations de modèles électriques sur notre site MyWay ont grimpé de 30 à 40% », précise Jean-Marc Ponteville.
Cet engouement, de nature à revaloriser les prix à la revente, ne peut qu’inciter les sociétés à réfléchir aussi à l’électrique pour leurs utilitaires. « En particulier les plus grandes, qui ont plus facilement les moyens de faire le calcul de leur Total Cost of Ownership, soit le coût englobant le prix d’achat, l’usage, la maintenance et la revente. De leur côté, les PME ont encore du mal à réaliser les bénéfices financiers qu’elles peuvent tirer sur du long terme. Pourtant, même si le prix d’un modèle électrique est supérieur, il est largement compensé par un coût d’usage moindre », insiste-t-il.
Par ailleurs, les marques étoffent leur offre. « Notre ID. Buzz, par exemple, est décliné en différentes versions, y compris bientôt une version pick-up », ajoute le porte-parole, qui observe toutefois une certaine prudence des constructeurs dans le développement de nouveaux véhicules, au vu du contexte européen général.
Infrastructure de recharge
La bascule vers l’électrique suppose aussi un déploiement de bornes de recharge – publiques et privées - qui soit réellement incitatif. Rappelant qu’avec D’Ieteren Energy, son groupe est aussi actif dans ce domaine, Jean-Marc Ponteville souligne que notre pays bénéficie d’une bonne dynamique. Pour un entrepreneur local bruxellois ne devant pas couvrir des centaines de kilomètres par jour, l’autonomie s’apparente ainsi de plus en plus à une question résolue. « L’électrique est aussi très adapté au trafic bruxellois. Les incessants stop & go sont ce qu’il y a de pire pour le rendement d’un moteur thermique », glisse l’expert.
Politique fiscale intelligente
Aujourd’hui, contrairement aux voitures de sociétés, les utilitaires thermiques demeurent entièrement déductibles. Or, comme l’observe Jean-Marc Ponteville « c’est une politique fiscale intelligente, non pas faite de primes temporaires mais bien d’un soutien structurel, qui a été le premier levier d’adoption de la voiture de société électrique ».
Reste donc, si l’on veut voir les camionnettes électriques prendre leur envol – elles représentent moins de 2% du parc actuel selon la Febiac - à mettre en place un tel régime. Encore faudra-t-il qu’il soit stable, à l’inverse des allers-retours qu’on a connus sur les zones de Basses Émissions à Bruxelles ces derniers mois, pointe le responsable.
Autre enjeu, celui du poids. Aujourd’hui, un permis B donne accès à la conduite d’un véhicule de maximum 3,5 tonnes. Sachant qu’une batterie pèse plusieurs centaines de kilos, un véhicule électrique est mécaniquement plus lourd et donc désavantagé en termes de poids de charge utile. Un handicap qui devrait être bientôt résolu. L'Union européenne a décidé de porter à 4,25 tonnes la masse maximale autorisée pour le permis de conduire B et le texte devrait être transposé en Belgique dans les prochains mois. « Le plus tôt sera le mieux », insiste, pour conclure le porte-parole de D’Ieteren Automotive.
Et du côté des distributeurs ?
Pour les grands acteurs de la distribution, le passage au « zéro émission » se heurte à une incohérence réglementaire. Serge Mapendo d’Ambalasa, Public Affairs Advisor chez Colruyt Group, pointe un paradoxe urbain : « Aujourd’hui, les camionnettes électriques sont souvent exclues des rues limitées à 3,5 tonnes, car leur batterie les fait basculer vers une masse de 4,25 tonnes. » En pratique, ces véhicules propres sont donc bannis des zones qu'ils sont censés livrer plus durablement.
Bruxelles à la traîne ?
Le secteur attend désormais une harmonisation urgente. Alors que la Flandre a déjà lancé un projet pilote de « transport exceptionnel respectueux de l’environnement » pour préserver la capacité de chargement des camions électriques, Bruxelles accuse un temps de retard. Toutefois, le dossier semble bouger. Le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, a assuré vouloir s'attaquer au problème en consultant prochainement les Régions, dont Bruxelles via son homologue Elke Van den Brandt.
Par Philippe Beco, Freelance Business Journalist
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