Boris Dilliès : « Brussels is back ! »

11 mars 2026 par
Era Balaj

Bruxelles l’attendait. Elle l’a désormais. Six cent quatorze jours après le début d’une séquence politique hors norme, la Région tourne la page et installe un nouveau gouvernement. 


À Bruxelles, c’est Boris Dilliès qui prend les commandes du nouvel exécutif. Ministre-Président, en charge notamment de la Sécurité, du Tourisme, des Relations extérieures et du Commerce extérieur, il hérite d’une capitale qui doute parfois d’elle-même mais dont les atouts restent entiers.


Pendant plus de 600 jours, le monde économique a appelé à la formation d’un gouvernement capable de décider. Beci, en tant que voix des 35. 000 entreprises bruxelloises, n’a jamais cessé de plaider pour de la stabilité et de la lisibilité. Désormais, la question change de nature.


Que peuvent concrètement attendre les entreprises bruxelloises de votre gouvernement dans les prochains mois ?


Notre message clair : Brussels is back ! Nous voulons envoyer un signal fort pour nos entreprises car nous connaissons leurs préoccupations : de la propreté et de la sécurité autour de leur commerce ou entreprise, une mobilité qui tient compte de l’activité économique et une réelle simplification administrative. Le Gouvernement travaille dès à présent sur ces enjeux.


Plus largement, quelle est votre vision de l’économie bruxelloise pour cette législature ?


Je veux une économie bruxelloise qui recrée de la valeur et de l’emploi en redevenant attractive et compétitive. Nous avons la chance d’être la capitale de l’Europe. La marque « Bruxelles » est un atout que nous devons pleinement valoriser. Nous accueillons des milliers d’étudiant·es chaque année, je veux qu’ils aient envie de rester à Bruxelles pour entreprendre ! Nous avons également des enjeux stratégiques liés à la reconversion du site d’Audi Forest : c’est une chance unique de redéployer de l’industrie, avec des emplois pour les Bruxelloises et les Bruxellois.


Quel message adressez-vous aux investisseur·euses et aux entrepreneur·es qui s’interrogent sur l’avenir de la capitale ?


Je leur dis que nous sommes leurs partenaires et qu’ils peuvent compter sur ce Gouvernement pour les soutenir. Je refuse de m’inscrire dans une logique de négativisme. Nous avons des atouts formidables. Nous avons des ambitions fortes avec des projets structurants et nous avons besoin d’investisseurs et d’entrepreneur·es pour les réaliser.


Le retour à l’équilibre budgétaire repose à 80 % sur les dépenses et à 20 % sur les recettes. Comment garantir aux entreprises visibilité et stabilité, sans pression fiscale supplémentaire ?


La visibilité se construit d’abord par une trajectoire tenue et une discipline dans les choix. L’essentiel de l’effort repose sur la maîtrise structurelle des dépenses : prioriser, rationaliser, limiter les doublons et mieux piloter l’exécution. Côté recettes, on vise surtout une meilleure efficacité et une optimisation de ce qui existe. Nous ne lancerons aucune nouvelle initiative sans nous assurer qu’elle s’inscrit pleinement dans la trajectoire budgétaire fixée. Il n’y aura pas de taxe supplémentaire vers les entreprises. Au contraire, les réformes visent à soutenir le tissu économique. D’ailleurs, le fil rouge de l’accord de Gouvernement, c’est de soutenir la classe moyenne, qui est l’oxygène de tout tissu économique. 


En matière de simplification administrative, quelle sera la priorité absolue pour « faire respirer » la machine bruxelloise ?


Je veux que l’entrepreneur·e passe moins de temps à communiquer ce que l’administration sait déjà. La priorité, c’est donc de réduire la paperasse, les tracasseries et les redondances, clarifier les responsabilités entre niveaux de pouvoir et sécuriser plus tôt les projets pour éviter les blocages. On doit rendre les démarches plus fluides, plus rapides, plus prévisibles et surtout compréhensibles. Cette simplification vise un gain immédiat de productivité pour les entreprises et pour l’administration elle-même.


La sécurité relève directement de vos compétences et vous l’avez placée parmi les priorités du gouvernement. Comment comptez-vous restaurer durablement le sentiment de sécurité dans les quartiers commerçants et autour des pôles stratégiques ?


La sécurité se construit d’abord là où la ville est la plus dense et la plus exposée : autour des grandes gares, dans les pôles multimodaux, dans les transports en commun et dans les quartiers commerçants. Ce sont des lieux de passage quotidien pour des milliers de personnes. Quand ces espaces se dégradent, c’est toute la dynamique urbaine qui s’affaiblit. C’est pour cela que nous concentrons l’effort sur ces zones stratégiques, avec une présence renforcée, une meilleure coordination entre les services et une action ciblée contre les nuisances qui minent la qualité de vie et l’activité économique. Le plan Gares s’inscrit précisément dans cette logique : sécuriser les grands nœuds de mobilité pour restaurer la confiance et permettre à chacun de se déplacer, travailler et entreprendre dans un cadre sûr.


La qualité de l’espace public est également déterminante pour l’image d’une capitale. Comment garantir des résultats visibles et rapides en matière de propreté ?


La propreté, c’est l’un des premiers marqueurs de crédibilité de l’action publique. Nous voulons moderniser l’organisation de la collecte et améliorer l’efficacité opérationnelle plutôt que multiplier des plans sans effet. La clé est le pilotage : bonne fréquence, bonne organisation, capacité d’intervention rapide et contrôle des résultats sur le terrain. Ce qui comptera, c’est que ça se voie, quartier par quartier.


Le gouvernement souhaite privilégier les prêts à taux réduit plutôt que certaines primes. Comment accompagner cette évolution pour que les PME continuent à investir et à innover dans un contexte encore fragile ?


Beaucoup de PME ont avant tout besoin d’oxygène pour leur trésorerie et de leviers solides pour investir. L’orientation vers des instruments de financement plus efficaces doit donc se faire de manière responsable : critères sérieux, gestion prudente du risque, lisibilité pour l’entreprise. Nous devons orienter les moyens vers ce qui génère réellement de l’activité et de l’emploi, tout en veillant à éviter les dispositifs qui produisent surtout des effets d’aubaine sans impact économique durable. Et surtout, nous devons simplifier le parcours : qu’une PME sache rapidement à quoi elle a droit, auprès de qui, et dans quels délais.


Des organisations comme Beci ont appelé à la formation d’un exécutif et à la responsabilité politique. Quelle place entendez-vous accorder aux partenaires socio-économiques dans la mise en œuvre des réformes ?


Le dialogue social est utile quand il améliore la décision et accélère la mise en œuvre. Je veux associer les partenaires de manière structurée sur les sujets clés, notamment l’emploi, l’attractivité, en gardant une méthode orientée résultats : écouter, objectiver, arbitrer, exécuter. Il est essentiel de sécuriser l’exécution et de renforcer l’adhésion aux réformes.

Quelle sera, selon vous, la « signature » de votre gouvernement pour que Bruxelles soit non seulement une Région qui se redresse, mais une capitale qui inspire à nouveau confiance ?

La confiance ne se décrète pas, elle se construit par des résultats concrets et perceptibles. Elle revient lorsque les citoyen·nes et les entreprises constatent que les décisions sont suivies d’effets, que les engagements sont tenus et que les priorités sont claires. Notre signature, c’est une trajectoire financière respectée, un espace public plus sûr et plus propre et une administration qui facilite la vie au lieu d’ajouter des obstacles. A la veille du bicentenaire de la Belgique, nous disposons d’une opportunité unique pour faire briller Bruxelles. Soyons fier·ères de notre Région !



Propos recueillis par la rédaction


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