Dirk De Smedt : le défi budgétaire de Bruxelles

19 mai 2026 par
Beci

Assainir les finances bruxelloises sans gripper la dynamique économique : Dirk De Smedt s’attaque à un équilibre aussi attendu que délicat. Entretien avec le ministre bruxellois.


Les marges sont étroites, les attentes élevées. À la tête des finances régionales et de la simplification administrative, Dirk De Smedt avance avec une idée fixe : remettre de la cohérence là où la complexité s’est installée. Moins de dispersion, des mécanismes plus clairs, une action publique qui va à l’essentiel. Reste la question qui traverse tout le débat bruxellois : comment assainir sans freiner ? C’est à cet équilibre que le ministre dit vouloir s’attaquer.


Les entreprises craignent de faire les frais des ajustements budgétaires. Pouvez-vous garantir que la consolidation budgétaire n'entraînera pas une pression accrue sur le tissu économique ?

Dans un exercice de cette ampleur, personne n'est exclu des économies. Les flux de subventions aux entreprises seront donc également examinés. Ce que je peux garantir, en revanche, c'est qu'il n'y aura pas d'augmentation de la pression fiscale directe sur nos entreprises.

Les entrepreneurs sont le moteur de notre économie. Les soumettre à une pression supplémentaire pour générer davantage de recettes serait extrêmement contre-productif. Nous avons absolument besoin d'eux si nous voulons atteindre nos objectifs en matière d'emploi.

Bruxelles est le moteur de notre pays, mais nous constatons ces dernières années que notre croissance est à la traîne par rapport aux autres régions. Souvent, nos scale-ups quittent la ville après un certain temps pour s'installer en périphérie ou dans le Brabant flamand.

Plusieurs acteurs économiques s'étonnent des économies réalisées sur l'innovation. Comment expliquez-vous ce choix ?

L'innovation et le développement sont une priorité absolue pour ce gouvernement. Le fait que le ministre-président ait lui-même repris cette compétence est à cet égard très éloquent. J'ai moi-même contribué à la fondation d'Innoviris, alors encore appelé IWOIB, il y a 25 ans. La collaboration avec nos universités était déjà cruciale à l'époque, et c'est toujours le cas aujourd'hui : elles sont les véritables moteurs de l'innovation.

Concernant les économies : je réalise que cela ne sonne pas toujours agréablement, mais tout le monde devra fournir une partie de l'effort. Ici aussi, il s'agit d'un exercice d'efficacité. Aujourd'hui, nous constatons par exemple qu'Innoviris est encore trop souvent utilisé pour des transferts internes. Certains acteurs régionaux (administrations ou institutions autonomes) soumettent des dossiers pour des subventions destinées à des projets innovants et de recherche, ce n'est pas la vocation d'Innoviris.

Parallèlement, nous venons de lancer un groupe de travail qui analyse et catégorise chaque subvention individuellement sur la base d'objectifs politiques clairs, une sorte de budget base zéro pour les subventions facultatives. Sur cette base, nous ajusterons, rationaliserons et, si nécessaire, convertirons vers des instruments plus stratégiques ou des conventions structurelles. Par ailleurs, nous mettons cette législature clairement l'accent sur les technologies de pointe. Je ferai tout mon possible pour préserver au maximum l'innovation, car elle est essentielle à notre développement économique et à notre croissance future.

La simplification administrative fait partie de vos compétences. Quelles seront les premières mesures concrètes pour faciliter la vie des entreprises bruxelloises ?

C'est exact, mais dans un premier temps, nous nous concentrons sur nos propres administrations. C'est là que se trouve aujourd'hui la plus grande marge d'amélioration. En simplifiant notre fonctionnement interne, les services aux utilisateurs finaux s'amélioreront automatiquement dans une seconde phase.

Ma première priorité est donc la fusion du service transversal, qui relève de ma compétence. Nous allons également procéder à une simplification approfondie de notre système de permis. L'objectif est clair : plus de rapidité, des délais de traitement plus courts et un interlocuteur central unique. L'intelligence artificielle jouera également un rôle important dans ce cadre, afin d'accélérer les processus et de rendre les services plus conviviaux.

Ce que je n'ai par exemple jamais compris, c'est qu'il existait deux administrations pour introduire une demande de prime Renolution, qui en plus ne collaboraient pas suffisamment — dans l'une, le retard historique avait déjà été résorbé depuis un moment, dans l'autre, pas encore. C'est difficile à expliquer et cela doit changer. Il faut que redevienne clair auprès de qui on peut s'adresser pour quoi.

Boris Dilliès a déclaré dans nos colonnes que « Brussels is back ». Quel message avez-vous aujourd'hui pour les entrepreneurs et les investisseurs qui hésitent encore sur l'avenir économique de Bruxelles ?

You ain't seen nothing yet ! Bruxelles est tout à fait prête à redevenir le moteur de croissance qu'elle se doit d'être. Récemment, le WAT Incubator a ouvert ses portes à Bruxelles, un hub innovant pour les startups et les jeunes entrepreneurs. D'ici 2027, l'ensemble du WATcampus sera réalisé, tout comme le Wintercircus à Gand est devenu un hub bouillonnant de créativité et d'innovation. Considérez Bruxelles aujourd'hui comme une action boursière qui cote en dessous de son potentiel : c'est le moment idéal pour investir. Dans trois ans, vous regretterez de ne pas l'avoir fait, car la ville est prête à croître de manière exponentielle et à devenir un centre d'innovation et d'entrepreneuriat.


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