Dormir, travailler, s’entraîner et se restaurer sous un même toit : à Watermael-Boitsfort, le Mix Brussels réinvente l’art de vivre urbain. Rencontre avec l’un de ses cofondateurs sur le futur de l’entrepreneuriat bruxellois.
Il y a des silhouettes qui marquent une ville. Celle de la Royale Belge, avec ses courbes de verre et d’acier Corten nichées en bordure de forêt, appartient à l’imaginaire collectif des Bruxellois·es. Longtemps resté endormi, ce colosse architectural entame sa seconde vie sous l’impulsion du projet Mix Brussels. Porté par Jean-Michel André et ses associés, dont Corentin Poels, ce lieu hybride prouve que, pour qui sait dompter sa complexité, Bruxelles reste la capitale de tous les possibles.
En quoi le Mix Brussels montre-t-il que Bruxelles est aujourd'hui l'une des villes les plus excitantes pour entreprendre et créer des lieux uniques ?
Corentin Poels : Bruxelles offre un très beau terrain de jeu, car la capitale a eu des années exceptionnelles au siècle dernier où l’on a pu créer des bâtiments assez incroyables. Aujourd'hui, beaucoup de ces édifices ont besoin d'être réinventés à cause d'une désertion du bureau qui est importante. Bruxelles a aussi la spécificité d'avoir fort mélangé les quartiers résidentiels avec les quartiers de bureaux. Ce qui peut sembler erratique au niveau architectural offre en fait un terrain varié avec plein de choses à faire, car les fonctions sont déjà très mélangées dans tous les quartiers.
Hôtel, sport, resto, coworking... Pourquoi ce mélange ? Est-ce la recette du succès pour séduire les Bruxellois·es et les entreprises en 2026 ?
L'hybridation du Mix répond à l'hybridation de la société et à la façon dont les gens vivent et ont envie de passer leur journée aujourd'hui. On est dans un monde post-COVID où les gens ont des journées hybrides : la ligne entre travail, loisirs, espace privé et pro se mélange. Avoir des lieux qui répondent à ça est fondamental. De plus, les gens consomment de plus en plus par abonnement plutôt que par possession ; ils cherchent l'expérience. Notre succès vient aussi du fait que nous opérons l'ensemble de ces fonctions nous-mêmes. Contrairement à d'autres projets où les acteurs sont différents et où la mayonnaise ne prend pas, ici, nous gérons toutes les verticales. C’est ce qui permet cette cross-fertilisation : 1+1=3
On entend parfois que Bruxelles n’est pas simple pour les entrepreneurs. Malgré ça, vous avez choisi d’y investir fortement.
C'est sûr que Bruxelles ou même la Belgique n'est pas simple pour entreprendre. Il y a beaucoup de contraintes : régulatoires, fiscales, linguistiques ou administratives. Ce manque de constance et cette lourdeur pèsent sur l'entrepreneuriat. Malgré tout, Bruxelles reste une ville extrêmement dynamique et mixte. Avec les institutions européennes et l'OTAN, nous avons un tissu de personnes très ouvertes sur le monde. Il y a moyen de trouver un terrain fertile et le soutien nécessaire, qu'il soit privé ou public, pour créer de chouettes projets.
Quelle a été l'importance du soutien de finance&invest.brussels dans cette aventure ?
Leur rôle a été prépondérant. Nous avons lancé le Mix pendant le COVID, dans des secteurs alors à l'arrêt : l'hôtellerie, le sport, la restauration. Les banques nous ont reçus plutôt froidement. Avoir une instance publique qui regarde d'autres facteurs, comme l'expérience des entrepreneurs ou la création d'emplois – le Mix, c'est entre 150 et 200 employés directs et indépendants – a été une vraie chance pour les secteurs abimés par le COVID. Cet accompagnement est sain pour permettre de structurer des projets ambitieux qui touchent à des domaines perçus comme plus risqués.
Bruxelles est-elle une ville où l’on peut oser grand ?
Oui. On a la chance d'avoir une population éclectique qui permet de tester des choses. Si on réussit à Bruxelles, on a beaucoup de chances de réussir ailleurs, car ce n'est pas le pays le plus simple : on parle à la fois à la Wallonie et à la Flandre, à d'autres façons de voir le monde. Enfin, Bruxelles dispose d'une main-d'œuvre importante, jeune et souvent plus qualifiée qu'on ne le pense. C'est l'emploi qui fait que des grands projets peuvent aboutir. Ensuite, le fait que l'immobilier soit plus abordable à Bruxelles que dans d'autres capitales permet plus de générosité et de créativité.