Compte à rebours ESG : Plongée dans la matérialité environnementale

11 janvier 2023 à 10:01 | 122 vues

La mise en œuvre d’une politique ESG (environnement, social, gouvernance) est un processus long. Afin d’accompagner les PME, Grant Thorton et BECI ont mis sur pied une série de webinaires mensuels hébergés par la plateforme CONNECTS et destinés aux PME. Ouvertes à tous, les sessions regroupent de nombreux experts et responsables d’entreprises. Au-delà des concepts théoriques et outils méthodologiques, les intervenants partagent expérience pratique, conseils et idées.

Stratégie environnementale : identifier les points matériels avant d’agir

 » Si vous voulez que votre politique ESG soit efficace, concentrez-vous sur les leviers principaux…. » Notre troisième webinaire, organisé le 22 décembre, fût consacré à l’étape cruciale de l’identification des matérialités lors de l’élaboration d’un plan de développement durable. Les intervenants se sont concentrés en particulier sur les aspects « E » de l’ESG.

 

Par où commencer?

Après l’introduction de Joost Vissser, CEO de CONNECTS, Isabel Derison, parntner chez Grant Thorton a procédé à un bref rappel sémantique. Une matérialité se définit comme un risque ou une opportunité à la fois significatif et ayant un impact. Elle peut caractériser l’effet des changements environnementaux sur votre organisation ou, à l’inverse, l’effet de vos activités sur l’environnement.

Pensez par exemple à la manière dont l’épuisement des ressources, la déforestation, la perte de biodiversité, la pollution, les conditions météorologiques extrêmes peuvent impacter votre business, mais aussi à la manière dont vous pouvez atténuer ces risques en réévaluant votre gestion de l’eau, votre emprunte carbone, vos pratiques d’économie circulaire, votre utilisation des matériaux, etc.

« L’identification de ces matérialité, c’est ce qui permet à votre entreprise de faire une réelle différence plutôt qu’un simple exercice de cochage de case », souligne Isabel Derison. Une compagnie aérienne, par exemple, trouvera beaucoup plus matière à diminuer ses émissions de CO2 dans la gestion de son carburant ou de sa flotte que dans la façon dont le papier est recyclé dans ses bureaux.

Procéder à un tel inventaire ne signifie pas nécessairement tout faire en même temps. « On peut commencer par une approche de l’intérieur vers l’extérieur », explique ainsi Isabelle Derison. En outre, il y a plusieurs façons pour une entreprise d’identifier ces « points clés ». Cela peut se faire dans le cadre d’un dialogue avec les parties prenantes (employé, clients, fournisseurs…) qui alimentera plus tard l’ensemble de votre processus ESG. Ou encore en comparant votre propre situation avec celle de vos pairs et d’autres acteurs du secteur.

« L’identification des matérialité, c’est ce qui permet à votre entreprise de faire une réelle différence environnementale plutôt qu’un simple exercice de cochage de case », Isabel Derison, Grant Thorton

« Les domaines que nous avons définis comme  » matériels  » sont désormais ceux sur lesquels l’entreprise concentre la plupart de ses efforts, en visant des objectifs très concrets qu’elle s’est fixés », Romy De Mayer, Proximus

 

La voie circulaire

Son collègue chez Grant Thornton, Niels Breugelmans, explique pour sa part comment l’adoption des principes de l’économie circulaire est un bon moyen de traiter plusieurs matérialités environnementales en même temps. Pour ce faire, établissez votre stratégie en identifiant, au sein de vos processus de conception, d’approvisionnement, de production, vos services de support et dans le cycle de vie de vos produits, là où il est possible d’appliquer les concepts en « R »… C’est-à-dire Refuser (des matériaux ou processus non écologiques), Repenser et Récupérer l’énergie. Ou encore, au sein même de votre processus de production, Réutiliser, Réparer, Reconditionner, Remanufacturer, Réutiliser, Recycler. « Ces optimisations de produits et process sont aussi générateurs d’énormément de valeur », explique l’expert.

« Ces optimisations circulaires de produits et process sont aussi générateurs d’énormément de valeur », Niels Breugelmans, Grant Thorton

Accélérer

Proximus est la première telecom au monde à avoir fixé des objectifs de neutralité carbone pour ses propres activités, basés sur les protocoles « Science Based Targets ». Sa spécialiste du développement durable, Romy De Mayer, avait forcément un témoignage intéressant àpartager.

Elle explique ainsi comment Proximus a défini ses propres sujets de matérialité « inside-out » (identifiant son impact sur l’environnement) en collaboration avec toutes les parties prenantes,au travers de plusieurs évaluations. Dans le domaine de l’environnement, ces sujets incluent principalement la réduction du carbone et de l’énergie, les infrastructures durables, l’économie circulaire et les solutions environnementales.

« Les domaines que nous avons définis comme  » matériels  » sont désormais ceux sur lesquels l’entreprise concentre la plupart de ses efforts, en visant des objectifs très concrets qu’elle s’est fixés », poursuit Romy De Mayer. Il s’agit notamment d’atteindre des émissions « net-zero »d’ici 2040 et de devenir une entreprise véritablement circulaire d’ici 2030. Des objectifs qui impliquent, par exemple, l’utilisation d’électricité renouvelable à 100% d’ici la fin de la décennie, ainsi que 90 % de déchets recyclés et une flotte de voitures de sociétés totalement verte d’ici 2025.

Mais cette ambition repose aussi sur une priorité accordée aux politiques « R » , que l’on retrouve dans les processus d’achat, la rénovation complète du bâtiment abritant le siège de Proximus ou le partage de son réseau de câbles avec d’autres opérateurs.

Romy De Mayer souligne enfin les exigences légales imposant aux grandes entreprises de procéder à une analyse de « double matérialité ». Une réalité qui à incité Proximus à accélérer ses démarches. Un premier exercice récent d’évaluation de la matérialité « de l’extérieur vers l’intérieur », incluant l’impact financier que pourraient faire peser les changements climatiques, a récemment été réalisé dans le cadre de workshops avec les employés.

« La solution ultime consiste à produire le bon produit au bon endroit »,  Sara Asmoarp, Full Stack Supply Co

 

Qualité = durabilité

Full Stack Supply Co (FSSC) est un groupe suisse, regroupant plusieurs marques spécialisées dans l’outdoor, notamment le matériel et les vêtements de ski et de snowboard. Pour Sara Asmoarp (Head of Change) et Ciara Chauvineau (Head of ESG), le principe « qualité =durabilité » est une devise qui guide l’entreprise dans toutes ses activités, de la chaîne d’approvisionnement à la production.

FSSC a récemment obtenu une certification « B Corp ». « C’est une belle reconnaissance, mais s’engager dans ce processus a avant tout été très utile. Le modèle d’évaluation de la matérialité établi par B Corp suit des standards plus faciles à appliquer. C’était très important pour une PME comme la nôtre », révèle Ciara Chauvineau.

Sara Asmoarp insiste, quant à elle, sur l’approche « bottom-up » visant à intégrer la durabilité partout au sein de FSSC. « De nos employés à toutes les parties prenantes externes à la société, l’aspect ESG est partout. La mission de notre entreprise se doit de comporter une valeur ajoutée environnementale », martèle -t-elle.

L’évaluation de la matérialité de FSSC englobe une pléthore de sujets, dont la gestion de l’eau, les déchets dangereux, les produits chimiques (les skis, par exemple, sont fabriqués à partir de polymères de haute technologie), les emballages ou encore la circularité. « La matérialité environnementale d’une entreprise n’est ni linéaire, ni statique. Tous nos indicateurs vont évoluer dans les 5 à 10 prochaines années jusqu’à devenir obligatoires », ajoute-t-elle, soulignant, elle aussi, l’importance du cadre juridique.

« La réflexion ESG va de pair avec une plus grande efficacité dans les processus industriels. Elle doit être soutenue par de bonnes pratiques de gestion et une bonne gouvernance », Caroline Grégoire, DEMCO

 

Coopération et transparence

Selon les dires de la responsable, l’une des grandes leçons de l’expérience FSSC, c’est « qu’il vaut mieux être imparfait et essayer, que de ne rien faire ». Le passage par une courbe d’apprentissage est inévitable. Un autre point essentiel est l’esprit de coopération au sein d’un même secteur et une chaîne d’approvisionnement suffisamment transparente que pour faciliter votre étude d’impact environnemental. À cet égard, les relations durables et les approvisionnements locaux favorisent non seulement des flux logistiques efficaces, mais aussi la confiance, la qualité, la traçabilité et la transparence nécessaire afin de collecter toutes les données ESG pertinentes. « La solution ultime consiste à produire le bon produit au bon endroit », résume Sara Asmoarp .

Dernière intervenante, Caroline Grégoire, a illustré comment DEMCO, un fabricant tunisien de jeans et de vêtements, s’est basée sur une bonne évaluation de la matérialité pour établir un plan de développement durable bien articulé. Le sien comprend 16 objectifs atteignables par la réalisation d’une longue liste de 32 actions. Là encore, le passage à l’économie circulaire sera déterminant, notamment l’utilisation de l’énergie solaire, le recyclage de l’eau, les liquides sans rejet toxiques, la reconception des produits. « La réflexion ESG va de pair avec une plus grande efficacité dans les processus industriels », souligne-t-elle. « Elle doit être soutenue par de bonnes pratiques de gestion et une bonne gouvernance ».

 

Inscrivez-vous pour le prochain webinar « Social Materiality »
17 janvier 2023 à 12h30

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Voici nos intervenants:
– Catherine Bals de Proximus
– Olivier Vanden Eynde de Close the gap

 

 

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