Good Move : ce qu’ils en pensent…

15 décembre 2022 à 11:12 | 410 vues

Le plan régional de mobilité implique de nombreux acteurs de la vie bruxelloise. Non seulement les habitants, mais aussi ceux qui y travaillent, s’y déplacent, y font vivre l’économie, en assurent la sécurité… Quel est leur avis sur le plan ‘Good Move’ ?

Olivier WILLOCX, CEO de BECI

« Opposer, c’est du cynisme politique ! »

 « Il est clair que Bruxelles doit se moderniser en termes de mobilité, qu’on est en retard de 10 à 15 ans par rapport à de nombreuses autres villes comme Gand, Anvers, Rome…

La vision de Good Move est donc juste. Mais il y a de sérieux problèmes dans la façon de l’exécuter et de communiquer.

Aucun effort n’est fait pour expliquer les modalités et les finalités de ce plan. On impose quelque chose aux habitants sans leur demander leur avis et sans les en informer.

C’est d’autant plus regrettable que beaucoup de communes bruxelloises ont embrayé en voulant faire leur petit scénario de quartier apaisé. Et là aussi, sans véritablement consulter. Certaines communes, comme Anderlecht et Schaerbeek, ont dû faire marche arrière face à la colère des gens.

Les riverains se révoltent, et ils ont raison car on ne leur donne aucune explication.

À cette absence de dialogue, s’ajoute une mauvaise planification dans l’exécution. Bien sûr qu’il fallait rénover les tunnels bruxellois, mais quelle idée d’appliquer ce plan Good Move dans la rue Royale alors que les travaux sur les tunnels de la Petite Ceinture ne sont pas finis. Plutôt que vouloir absolument le maintenir au 14 août, ce chantier pouvait être phasé autrement. 

Soit c’est un manque d’intelligence, soit c’est du cynisme politique au plus haut point.

Avec son parti qui fait 3 % de voix à Bruxelles, la ministre de la Mobilité a tout intérêt à polariser, à opposer les méchants automobilistes aux gentils cyclistes. Elle y trouve un gain politique et il n’y a aucune raison pour qu’elle s’arrête d’ici les prochaines élections.

Au plus elle fait parler d’elle, au plus elle se renforce auprès des cyclistes et des piétons. Au moment des élections, ce segment d’électeurs va s’en rappeler.

C’est moralement scandaleux, mais c’est politiquement remarquable ! »

 

Roland CRACCO, CEO d’Interparking

« ‘Good Move’ un ‘Bad Trip’ pour Bruxelles et ses habitants »

« Une ville est, depuis des millénaires, un lieu de rencontres et d’échanges en tous genres. Cela exige qu’elle soit facile d’accès. Or, à Bruxelles, c’est le phénomène contraire de repli sur soi qui culmine avec le plan ‘Good Move’.

Après une première vague ayant réduit 150 km de bandes de voirie régionale, il y a eu les fermetures de voiries communales et secondaires à la mi-août. Cela crée maintenant des embouteillages géants qui sont aggravés par la volonté politique des autorités de la mobilité d’imposer leur vue en stoemelings’, sans vraie et sérieuse concertation avec les citoyens et autres acteurs en présence.

Comble de leur incompétence, ils ont engagé ces plans en même temps que des travaux dans les tunnels de la Petite Ceinture.

Nous sommes confrontés aujourd’hui à des citoyens bruxellois qui sont devenus des ‘navetteurs’ dans leur propre ville et quartiers (d’où les contestations citoyennes), à des navetteurs qui ne viennent plus à Bruxelles et à des entreprises qui délocalisent de plus en plus des pans entiers de leur activité en Flandre et en Wallonie.

L’impact pour Interparking est aujourd’hui une chute très importante des taux d’occupation des parkings bruxellois au profit de nos parkings situés en Flandre et en Wallonie (Anvers, Gand, Bruges, Alost, Namur, Liège, Dinant) qui prestent de mieux en mieux.

Dans le secteur culturel, et plus particulièrement du Théâtre Royal de la Monnaie dont je suis administrateur, nous constatons une désaffection des abonnés wallons et flamands.

Cette évolution est fort dangereuse pour Bruxelles et ses habitants qui de ‘Carrefour de l’Europe’ est en train de sombrer dans un repli sur soi autiste et nombriliste imposé par des considérations idéologiques et dont la facture devra être supportée, non par les autorités, mais par une population dont les revenus sont déjà les plus bas de Belgique. »

 

 

Alain GAGNAIRE, Président de l’ex-Association des Commerçants de la Galerie Toison d’Or

« Habitants et commerçants sont pris en otages »

« Ce que je pense de Good Move ? Version soft ou hard ? C’est de la merde !

Pour des raisons purement idéologiques, habitants, navetteurs et le substrat économique de Bruxelles sont pris en otages par les khmers verts. C’est tellement scandaleux que des communes ont déjà lourdement réagi et obtenu le retrait de ce plan.

Le réaménagement du boulevard de Waterloo et de l’avenue de la Toison d’Or, cela ne fait pas partie de Good Move, mais c’est la même chose. Ils l’ont fait passer en force sans consulter les riverains, ni les commerçants. Il n’y a pas eu de concertations réelles. C’est mensonger de dire qu’ils ont consulté alors qu’il n’y a que trois pelés et un tondu qui assistent à leurs réunions où tout est déjà décidé.

Là, je sors de la Galerie de la Toison d’Or, les voitures sont collées les unes aux autres. Ces politiciens engorgent volontairement Bruxelles pour justifier qu’il faut en chasser la voiture. On connaît bien l’expression : ’Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !’

À Ixelles, les échevins se targuent d’avoir fait diminuer de 30 % la circulation automobile. Ils ont raison car rouler du côté de Flagey, des étangs ou au croisement des chaussées de Wavre et d’Ixelles est devenu mission impossible. On nous prend vraiment pour des andouilles, et cela, avec le sourire. »

 

Hugues KEMPENEERS, Directeur dEmbuild

« La construction a besoin de ses outils »

« Il est essentiel de rappeler que l’activité du secteur de la construction à Bruxelles est majoritairement faite par des entreprises qui ont leurs sièges sociaux en dehors de Bruxelles. En effet, 40 % seulement du chiffre d’affaires généré par le secteur sur le territoire bruxellois est capté par des entreprises établies sur le territoire de la Région. Les 60 % restants se divisent entre les entreprises flamandes (40 %) et les entreprises wallonnes (20 %). Cet état des lieux génère dès lors des déplacements professionnels quotidiens importants entre les Régions.  

Ensuite, l’activité du secteur de la construction est intimement liée à l’utilisation des camionnettes car ces dernières sont les outils de travail de nos entreprises. Elles permettent d’acheminer non seulement les hommes mais aussi le matériel et les matériaux nécessaires à la réalisation du chantier.

De plus, le secteur de la construction utilise depuis de nombreuses années le système de covoiturage. En effet il est rare de voir une camionnette d’une entreprise de construction avec un seul homme à son bord. Dès lors chaque heure perdue dans les embouteillages se chiffre en multiples de taux horaires.

Pour finir, le secteur de la construction est en pleine évolution, notamment environnementale. L’amélioration de la logistique de chantier, l’optimisation et la massification des flux ou encore l’utilisation de la voie d’eau deviennent des priorités importantes pour nos entreprises. Cependant, l’évolution des techniques de chantier n’empêchera pas le besoin de transporter des matériaux lourds, qui resteront toujours un prérequis auquel les véhicules des professionnels devront absolument continuer à répondre. »

 

Françoise LEDUNE, Porte-parole de la STIB

« Good Move, un plan évolutif »

« La STIB évalue en continu l’impact de la mise en place des mailles dans le cadre du plan Good Move sur les temps de parcours de ses trams et bus, grâce aux dispositifs embarqués à bords de ses véhicules. Ceux-ci enregistrent en permanence la durée de trajet entre deux arrêts. Les premiers résultats sont contrastés. Des gains significatifs sont constatés sur les tronçons où le transport public a été isolé de la circulation automobile mais des points noirs compliquent aussi la vie de ses chauffeurs aux abords de certaines mailles.

La mise en place des premières mailles a permis aux véhicules de la STIB d’enregistrer des gains perceptibles de plusieurs minutes par trajet dans des rues partiellement réservées aux transports publics. C’est par exemple le cas des lignes de tram 92 et 93 grâce aux aménagements réalisés chaussée de Haecht et rue Royale mais aussi des lignes 25 et 62 sur l’avenue Rogier, de la ligne de tram 81 rue de Fiennes et rue Van Lint, du bus 46 dans sa traversée du Pentagone ou encore des bus 33 et 89 rue Dansaert en direction de la Bourse.Le tronçon de la rue Royale désormais interdit aux voitures entre la rue de Louvain et la rue de la Loi a également permis de sécuriser l’embarquement et le débarquement des usagers des transports publics à l’arrêt Parc.

Cependant, la STIB constate aussi des frictions lorsque ses bus ou ses trams subissent un report de trafic aux abords des mailles. Les chauffeurs des bus 33 et 89 rue Antoine Dansaert en sont victimes en sortie de ville, tout comme les bus 64 et 65 dans l’avenue Chazal ou les bus 29 chaussée de Louvain. Les différents points noirs ont été identifiés et font l’objet de discussions entre la STIB, Bruxelles Mobilité et les communes concernées afin de trouver des pistes d’amélioration.

La STIB s’emploie, par ailleurs à récolter davantage de données sur le long terme afin de compléter et affiner ses analyses. Nul doute que le caractère évolutif du plan Good Move constituera un facteur clé de son succès. »

Khalid ED-DENGUIR, Président de la FeBet, de l’asbl Taxis United et administrateur du GTL (Groupement National des Taxis)

« Le Taxi est le premier des véhicules partagés »

« Pour le secteur du Taxi, le plan Good Move a été élaboré sans notre concertation. Nous avons pris connaissance de son contenu qu’un an après son approbation, c’est-à-dire en 2021. 

En soi, c’est une bonne chose pour diminuer les voitures, mais à condition de mettre en place une alternative solide comme les transports en commun et le Taxi. 

Ce qui est dommage, c’est que le Taxi est souvent mis au second plan après les véhicules partagés, alors que le Taxi est le plus flexible et la vraie solution à la mobilité du fait qu’il est le véhicule le plus partagé au monde.

L’impact de ce plan de mobilité est mineur : il y a du bon comme l’augmentation des utilisateurs mais, la mauvaise chose, c’est la limitation de vitesse à 30 km/h qui freine notre vitesse commerciale en impactant le prix pour l’utilisateur.

Ce que nous changerions, c’est de mettre en place une concertation avec le secteur, l’accessibilité globale des sites franchissables, plus d’emplacements et de visibilité et d’information sur les alternatives aux voitures. » 

Jurgen De LANDSHEER, Chef de corps de la zone de police Midi (Anderlecht, Saint-Gilles et Forest)

« On aurait préféré des caméras » 

« C’est un sujet politiquement sensible d’autant que beaucoup de personnes et de secteurs y sont opposés. Nous, en qualité de policiers, on ne peut prendre publiquement position. Nous sommes néanmoins consultés pour donner des avis sur la légalité des dispositifs que les autorités politiques souhaitent mettre en place.

Il est cependant vrai qu’empêcher la circulation dans certaines artères et placer des obstacles physiques sur la voie publique complique la tâche des forces d’intervention qui souhaitent se rendre d’un point à l’autre.

Dans d’autres villes, les plans Good Move sont appliqués avec des systèmes de caméras qui permettent de voir si ce sont des véhicules d’intervention, ou non, qui essaient de passer. Une caméra permet de constater une infraction, de mettre une amende, et dissuade à terme les automobilistes de passer dans l’artère ou le périmètre concerné. Il n’y a pas d’obstacle physique et cela permet aux véhicules de police et de pompiers de pouvoir facilement circuler dans les artères concernées.

À Bruxelles, on a voulu faire différent ou aller plus vite en mettant des blocs de béton et sans période de test. C’est très bien de penser à la sécurité routière pour les enfants, les vélos et les trottinettes, mais il faut tenir compte de l’adhésion de tous les partenaires en discutant avec eux.

On n’est pas pour ou contre ce plan, mais il y a déjà beaucoup de limitations à Bruxelles : pour notre zone, déjà rien qu’autour de la gare du Midi depuis les attentats. »

Walter DERIEUW, Porte-parole des pompiers de Bruxelles

« Trop tôt pour tirer des conclusions mais… »

« Les missions accomplies par le SIAMU portent principalement sur le sauvetage des personnes et la préservation des biens. Le facteur temps d’intervention – à savoir le temps pris par les véhicules de secours pour arriver sur les lieux d’un sinistre – est essentiel dans le service rendu par le SIAMU aux citoyens. Le délai d’arrivée sur place exerce une influence directe sur les conséquences vitales, matérielles, sociales ou économiques d’un sinistre. Dans ce cadre, l’infrastructure viaire joue un rôle très important en matière de sécurité et de santé publique.

En ce qui concerne plus précisément les conséquences sur nos interventions de l’implémentation du plan Good Move, nous estimons qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Nous ne disposons pas encore de suffisamment de données objectives pour procéder à une analyse fondée. Par ailleurs, toute attribution de retards à des causes particulières est assez complexe compte tenu de l’étendue des variables qui affectent nos temps de réponse. En plus, nos chauffeurs eux aussi, doivent encore s’approprier les nouveaux plans de circulation.

D’autre part, nous comprenons l’importance d’un changement des pratiques de mobilité et soutenons les propositions visant à promouvoir les modes actifs de déplacement. Nous pensons que des mesures de modération du trafic bien conçues n’entraînent pas nécessairement des embouteillages et peuvent aider les services d’urgence en réduisant le volume de trafic dans certaines rues.

Le SIAMU est partisan de faire respecter, de préférence, les plans de circulation par le biais de campagnes d’information et de sensibilisation, voire par la mise en place de contrôles et de verbalisations et non par l’implantation d’obstacles matériels (par exemple contrôle et verbalisation par caméra ANPR à la chaussée d’Ixelles). » 

Aurélie Willems, Directrice du GRACQ

« Laissons à Good Move le temps de porter ses fruits »

« Se déplacer à vélo ne devrait pas être l’apanage de quelques aventuriers en quête de sensations fortes ou d’une poignée de convaincus. Le vélo présente de nombreux atouts, pour l’individu comme pour la collectivité. Pour le GRACQ, se déplacer à vélo doit être facile, agréable, accessible à tou·te·s.

À Bruxelles, l’important trafic combiné au manque d’infrastructures cyclables est cité comme l’obstacle n°1. Plusieurs décennies de politiques favorables à l’automobile ont fortement ancré la voiture dans nos rues et nos habitudes. Avec, à la clé, embouteillages, insécurité routière, pollution, énorme emprise de la voiture sur notre espace public… Ni les entreprises, ni les citoyens ne sortent gagnants de cette « auto-dépendance » : il est urgent de rationaliser son usage, à l’instar de nombreuses villes européennes.

Si l’actualité a réduit Good Move aux plans de circulation visant à diminuer la pression automobile au sein des quartiers, il ne s’agit que d’une mesure parmi les 50 que compte le plan. Mais elle est essentielle, au même titre que la généralisation du 30 km/h hors grands axes, la mise en place de nouveaux services mobilité ou le réaménagement d’espaces publics.

Le plan engrange déjà ses premiers résultats. Des citoyen·ne·s se réjouissent de nouvelles pistes cyclables, du gain de temps sur leur ligne de tram, de rues plus calmes. Le changement est en marche. Il nécessitera aussi, çà et là, des adaptations. Mais il est important de laisser le temps à Good Move de porter ses fruits. »

 

Arne ROBBE, Conseiller en politique piétonne de walk.brussels

« Les piétons sont plus sécurisés »

« À Bruxelles, 52 % des ménages ne disposent pas de voiture individuelle (IBSA, 2022). Or, comme le mentionne le cahier 5 de l’Observatoire de la mobilité (2016), “sur une voirie traditionnelle bruxelloise, de façade à façade, plus de 70 % de l’espace public est consacré à la route et à la circulation mécanisée.” 

Un rééquilibrage est donc nécessaire. De plus, augmenter la part modale de la marche est essentiel pour une ville viable et profite à tous. 

La première mesure marquante du plan Good Move a été le passage généralisé au 30 km/h. Cela offre aux piétons la possibilité de se déplacer de manière plus sécurisée (augmentation des chances de survie en cas d’accident) et les nuisances sonores sont moindres. Des quartiers calmes attirent les piétons. De plus, cela leur donne envie de flâner et de consommer. Une place plus grande pour les piétons bénéficie donc aux nombreux commerces de proximité. Les plans de circulation, actuellement mis en place, permettent de réduire la circulation automobile dans les quartiers concernés. Ils ont également pour bénéfice d’augmenter l’efficacité des transports en commun : ce qui permet à son tour, d’attirer plus de piétons. 

Il ne s’agit là que de deux des nombreuses mesures du plan. Elles sont nécessaires, elles peuvent être bouleversantes et pourtant, le travail est loin d’être fini : les quartiers apaisés ne créent que peu de nouveaux espaces publics pour les piétons et les “magistrales”, véritables boulevards urbains pour les piétons, se font attendre. »

 

Propos recueillis par Julien SEMNINCKX

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