L’union fait la force

17 octobre 2022 à 13:10 | 170 vues

L’explosion des coûts énergétiques est au cœur de toutes les préoccupations. Pour les entreprises, le défi est énorme. Aides gouvernementales, soutien des fédérations sectorielles, mutualisation des ressources, collaboration interentreprises… Quelles solutions pour les entreprises ?

Winter is coming…

4 entreprises alimentaires sur 10 risquent de sombrer en cas de nouveau coup dur économique.
66 % des entreprises de ce secteur ne sont pas suffisamment résistantes aux chocs.
1 PME sur 4 est actuellement en perte à cause du boom des prix de l’énergie.
Seuls 7 % des PME parviennent à répercuter la hausse des coûts dans leurs prix de vente.
Dans certains secteurs, la facture énergétique a augmenté de plus de 100 % comparé à 2021.

Les chiffres sont là et tous les indicateurs sont rouges. La crise énergétique menace la compétitivité des entreprises et l’emploi. De nombreux secteurs n’ont pas encore totalement digéré les conséquences négatives de la crise du COVID. Entre-temps, presque tous les coûts ont atteint des sommets sans précédent. La crise semble sans fin. Pourtant, dans les bureaux des chefs d’entreprise et des CEO, l’heure n’est pas au découragement. Baisser les bras ne sert à rien. Attendre n’est pas une option. Ce qu’il faut faire, c’est agir.

Interparking prend le problème de la crise énergétique à bras le corps et de façon globale. Roland Cracco, CEO d’Interparking Belgique, explique : « La crise énergétique mondiale que nous traversons représente un triple défi. D’une part, nous devons faire face à la hausse de nos propres coûts. Actuellement, l’énergie représente environ 3 % de nos frais de fonctionnement. En fonction de l’évolution du prix de l’énergie, ces frais pourraient passer à 10 % – soit trois fois plus –, ce qu’il faut pouvoir assumer. D’autre part, nos clients, tant en B-to-B qu’en B-to-C, subissent eux aussi cette hausse des prix et cela peut les amener à supprimer certaines de leurs dépenses. Nous devons donc nous préparer à subir un manque à gagner. Enfin, nous estimons aussi avoir un rôle sociétal à jouer auprès de notre personnel. Nos coûts vont donc augmenter tandis que la demande, et donc nos revenus, va diminuer. »

« Nous avons un devoir de loyauté »

Ce cercle vicieux n’est pas propre à Interparking. « Quoi qu’elles vendent, toutes les entreprises vont être soumises au même schéma », poursuit-il. Pour s’en sortir – ou au moins tenir le coup – il faudra être créatif. Ainsi, Interparking envisage d’aider ses employés à payer leur facture d’énergie. « En Allemagne, la décision de débloquer des fonds pour aider nos employés a déjà été prise. En Belgique, nous étudions à présent des solutions pour faire de même, sous forme d’avance ou de prime par exemple. Oui, c’est encore un coût en plus alors que les coûts sont déjà en hausse. Mais en tant qu’entreprise, nous estimons avoir un devoir de loyauté envers nos employés. Par ailleurs, comment une entreprise peut-elle continuer à fonctionner correctement si ses employés sont en détresse financière et dès lors stressés et démotivés ? », développe Roland Cracco.

Vers une mutualisation des ressources ?

Selon Charlotte Luyckx, philosophe à l’UC Louvain, « la crise énergétique que l’on vit est avant tout une crise culturelle, une crise de société ». Une des réponses à cette crise, pour les particuliers comme pour les entreprises, est de se tourner vers la mutualisation des ressources. Historiquement, cette démarche a constitué une réponse pour des civilisations en crise. Mutualiser les ressources peut avoir des effets très importants pour réduire l’utilisation de matières et d’énergie dans nos sociétés. Partage de bâtiments, de bureaux, d’espaces réfrigérés, co-transport de marchandises, achats groupés… sont autant de pistes que les entreprises peuvent explorer. Si elles ne règlent pas structurellement le problème, ces bonnes pratiques peuvent toutefois réduire un peu les coûts. Une piste pourrait ainsi être de créer des plateformes de partage, par région ou par secteur par exemple. Les entreprises pourraient s’organiser entre elles pour se soutenir face à la crise et partager ce qui peut l’être.

Roland Cracco s’aligne sur cette philosophie. « Quand on est confronté à des difficultés, la pire chose à faire est de rester seul. C’est vrai pour les grandes entreprises, mais encore plus pour les PME et les indépendants. Ensemble, on est plus forts ! Partager ses inquiétudes et ses problèmes avec d’autres personnes confrontées aux mêmes réalités est essentiel. D’une part, pour recevoir un soutien psychologique, mais aussi pour échanger de bonnes pratiques et – pourquoi pas ? – mettre en place ses propres solutions. »

Les fédérations sectorielles soutiennent les entreprises

Si la solidarité entre entreprises est donc de mise, la solidarité sectorielle l’est tout autant. De nombreuses fédérations sectorielles lancent des appels à l’aide. Bart Buysse, CEO de la Fédération de l’Industrie alimentaire (Fevia) : « La combinaison de coûts historiquement élevés pour les matières premières, l’énergie et les salaires devient intenable pour nos entreprises, surtout si elles ne peuvent pas les répercuter sur leurs clients, principalement les supermarchés. Nos entreprises fournissent des emplois et des investissements dans notre pays depuis des années, mais aujourd’hui, elles ont besoin d’un soutien et de solutions concrètes. »

Les fédérations sectorielles et patronales formulent diverses suggestions :

  • Pour préserver les entreprises et les emplois, accorder un crédit d’impôt aux sociétés dont la situation financière se détériore en raison de la hausse des coûts de production
  • Donner de l’oxygène aux entreprises pour qu’elles puissent traverser cette crise, par exemple en accordant un report de paiement (crédits fiscaux, parafiscaux, etc.) et en n’introduisant pas d’obligations légales supplémentaires, de charges administratives ou d’augmentations d’impôts
  • Introduire de la flexibilité dans les permis et les normes : les entreprises qui souhaitent passer temporairement à des sources d’énergie alternatives devraient pouvoir le faire sur la base d’une simple notification
  • Mettre en place un « moratoire énergétique » afin que les fournisseurs d’énergie ne puissent pas couper l’approvisionnement ni assigner et contraindre des indépendants ou des PME à la faillite
  • Prévoir un système souple et flexible de chômage temporaire pour raisons économiques dans les entreprises qui risquent une baisse d’activité.

Tant les entreprises que les fédérations estiment « que des mesures comparables à celles prises pendant la crise Corona sont nécessaires, d’autant plus que tous les secteurs d’activité sont touchés ».

BECI soutient les entreprises

Vous subissez la crise énergétique et avez besoin d’aide ? Plusieurs services de la Chambre de Commerce de Bruxelles peuvent vous aider.

Le Centre pour Entreprises en difficulté (CEd) offre aux indépendants et chefs d’entreprises en difficulté une assistance gratuite via son panel d’experts. Il propose aussi un test online gratuit de résistance aux chocs. En 10 minutes, identifiez votre niveau d’exposition et recevez un diagnostic personnalisé et des conseils adaptés.
bMediation vous accompagne dans la médiation de dettes et les procédures de réorganisation judiciaire. L’objectif : établir un plan de paiement adapté et réaliste pour vous permettre d’éviter la faillite.
Notre programme Revival vous aide à réduire vos coûts grâce à la résilience.
Un support et des solutions en matière de santé mentale (stress, burn-out, absentéisme…) pour vous et vos équipes.
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Citations

 

Bart Buysse : « La combinaison de coûts historiquement élevés pour les matières premières, l’énergie et les salaires devient intenable pour nos entreprises. »

 

Roland Cracco : « La crise énergétique mondiale que nous traversons représente un triple défi. »

À propos de l’auteure

Gaëlle Hoogsteyn, Journaliste spécialisée en finance, entrepreneuriat et RH

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