Portrait de la logistique et du transport à Bruxelles

Par Gaëlle Hoogsteyn  - 24 janvier 2022 à 06:01 | 1146 vues

Bruxelles et sa périphérie constituent une zone particulièrement dynamique pour le transport et la logistique. La Région concentre près d’un quart des postes de travail de ce secteur en Belgique. Quelles conséquences la crise sanitaire a-t-elle eues sur ces activités ? Quelles sont ses perspectives ? Comment y évolue l’emploi ? Quels défis le secteur aura-t-il à relever dans les années à venir ? Une équipe d’analystes de view.brussels a mené l’enquête. Nous avons rencontré Sébastien Avanzo, l’un d’entre eux.

Le transport et la logistique, un secteur très important pour Bruxelles

Dans la logistique et le transport, comme dans d’autres domaines, le tissu d’entreprises présentes sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale est majoritairement constitué de PME et de TPE. Le segment du commerce international est le seul où l’on retrouve un nombre plus important d’entreprises de grande taille. Ainsi, à Bruxelles, 82,4 % de ces sociétés occupent moins de 10 travailleurs et 60,4 % moins de 5 personnes. Il est toutefois difficile de saisir entièrement ce secteur dans la mesure où son périmètre ne circonscrit pas des segments d’activités homogènes. Le transport et la logistique se caractérisent en outre par une grande diversité d’activités au sein d’un même segment.

En matière d’emploi, le transport et la logistique représentent près de 30 000 postes de travail salarié à Bruxelles et dans sa périphérie. Avant la crise sanitaire, ils affichaient aussi une croissance annuelle moyenne de l’emploi de 4,1 % à Bruxelles et de 2 % pour l’ensemble du pays. Après une légère baisse en 2020, le secteur connaît un fort regain

d’activité en 2021, avec une hausse de 318 % des offres d’emploi. Cette évolution positive est en partie liée à l’intensification de l’e-commerce depuis le début de la crise sanitaire. « La crise a exacerbé le besoin de main-d’œuvre, se traduisant notamment par une explosion des offres d’emploi gérées par Actiris et le VDAB en 2021 », commente Sébastien Avanzo. Les profils les plus recherchés sont les chauffeurs de poids lourds, les réassortisseurs, les manutentionnaires et les métiers de l’emballage. «Le secteur est donc très dynamique et représente un potentiel certain en termes d’emploi », ajoute-t-il.

Crise sanitaire : un impact très différencié selon les segments

Depuis deux ans, la crise du coronavirus a fortement perturbé le transport et la logistique, et pas toujours de la même façon. D’un côté, certains segments ont émergé durant cette période. Citons, par exemple, les entreprises actives dans le transport de marchandises et la logistique. Leur activité a été boostée, tant pour approvisionner les commerces de première nécessité que pour assurer l’import et l’export des colis commandés en ligne. «Néanmoins, même si le transport de marchandises a été jugé essentiel et a pu continuer ses activités tout au long de la crise, l’impact “positif” de la situation sanitaire n’a pas été ressenti par toutes les entreprises du segment», nuance Sébastien Avanzo.

D’autre part, certains segments, principalement ceux qui dépendent fortement du tourisme, ont été contraints de fermer dès le début de la crise. L’analyste développe : « L’arrêt quasi total du transport aérien de passagers et la difficulté pour les acteurs du secteur présents à l’aéroport de Zaventem de se réorienter pleinement vers le transport de marchandises ont mis à mal l’activité des entreprises qui y travaillent.» Les restrictions ont également impacté négativement l’activité des entreprises d’autocars, avec pour conséquence le départ de bon nombre de chauffeurs qui ont préféré se réorienter. La crise a provoqué une légère augmentation des faillites dans le secteur, toutefois contenue grâce aux mesures de soutien économique. Les pertes d’emploi dans le transport et la logistique ont représenté 30,5 % du total enregistré à Bruxelles et dans sa périphérie en 2020. À elle seule, la faillite de Swissport a occasionné 1 500 pertes d’emploi.

Défis et perspectives

Nul ne peut prédire le futur. Toutefois, d’après l’analyse de view.brussels, le ralentissement de l’activité des segments qui dépendent du tourisme (assistance à l’aéroport, autobus et autocars) risque d’être durable. Dans le transport de marchandises, l’incertitude subsiste quant à la continuité du volume transporté. En effet, un retour à la normale pourrait ralentir, voire réduire, le développement du commerce en ligne. « À long terme, l’impact de la crise ne sera donc pas le même pour tous les segments du secteur », assure Sébastien Avanzo. L’évolution de l’activité de ces segments dépendra également de la mise en place des nouvelles législations en matière de mobilité et de l’impact que leur instauration pourrait avoir sur le trafic routier. Citons, par exemple, l’interdiction du diesel à l’horizon 2030 et de l’essence à l’horizon 2035.

En matière de défis, le secteur doit absolument relever celui de la digitalisation. Tant les attentes des clients que les métiers et les technologies évoluent. La transformation digitale est d’autant plus nécessaire pour les entreprises de petite taille. « Celles-ci doivent faire les investissements nécessaires, au risque de voir leur clientèle faire appel à de plus grandes entreprises pour qui la phase de digitalisation est déjà en marche », avance notre expert.

Un nouveau secteur en pénurie?

Recruter sera aussi un énorme défi dans les années à venir. En effet, avec une pyramide des âges inversée, le secteur est globalement vieillissant. Les entreprises devront parvenir à combler les nombreux départs à la pension au cours des années futures. Le besoin de main-d’œuvre est également sous tension car, dans certains segments comme

celui des bus et autocars, la crise a provoqué le départ de travailleurs qui ont trouvé un emploi en dehors du secteur et qu’il faudra également remplacer. « Le défi est d’autant plus compliqué qu’il est difficile d’engager de nouveaux travailleurs plus jeunes en suffisance. Ceux de moins de 30 ans ne représentent en effet que 14,0 % des travailleurs », explique Sébastien Avanzo.

Cette difficulté à recruter est entre autres le fruit de la mauvaise image que véhicule le secteur, mais découle aussi de la volonté d’augmenter encore la flexibilité pour répondre aux attentes des clients. « Cette évolution est en contradiction avec la volonté de nombreux demandeurs d’emploi d’aller vers des emplois plus stables et moins atypiques », précise Sébastien Avanzo. Cette situation risque en outre de perdurer dans la mesure où les formations de chauffeurs, par exemple, ont été suspendues deux fois durant l’année 2020. « Il faudra donc attendre pour intégrer de nouveaux travailleurs formés. »

 

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