Quand chacun y va de son ‘Good Move’…

15 décembre 2022 à 10:12 | 176 vues

Quand ce qui devait être un ‘Good Move’ se transforme progressivement en ‘Bad Move... Le Plan régional de mobilité suscite de nombreuses tensions. Et si le problème venait plutôt d’un manque de cohésion et du morcellement de Bruxelles en 19 petits centres de décision ?

Good Move est le Plan régional de mobilité 2020-2030. Il a été approuvé en 2020 par le Gouvernement bruxellois (PS, Écolo, DéFI, Groen, Open Vld, one.brussels). Son objectif vise à rendre notre capitale plus agréable et accessible pour ses habitants. Parmi les instruments pour y parvenir, l’instauration de zones 30 et de piétonniers, des modifications de sens de circulation pour rediriger le trafic de transit et apaiser certains quartiers, la création de pistes cyclables sur les grands axes, une meilleure offre en transports publics, une augmentation des voitures partagées…

Ces différentes mesures, déjà appliquées dans d’autres villes de Belgique et d’Europe, consistent à améliorer le cadre de vie des habitants.

Good Move primé

Est-ce que le plan régional bruxellois ‘Good Move’ est mauvais ? Probablement que non puisqu’il a notamment été récompensé, en 2020, du ‘Sustainable Urban Mobility Plan Awarddécerné par la Commission européenne (via POLIS, le réseau des Villes et Régions européennes coopérant pour des solutions de transport innovantes).

Faut-il de telles mesures pour notre ville, capitale de l’Europe ? Bruxelles n’est pas pionnière en la matière. Loin de là, elle serait même en retard. Il s’agit d’une tendance globale adoptée par la plupart des métropoles européennes. Elle s’inscrit dans les grands enjeux environnementaux, sociaux et économiques auxquels la planète est confrontée. Une mouvance où notre ville ne peut s’afficher comme la vilaine exception.

Manque de dialogue

Mais alors, pourquoi la pilule semble plus difficile à avaler à Bruxelles que dans d’autres villes ? À cela plusieurs raisons.

Tout d’abord, il y a un manque de communication. Le Bruxellois ne comprend pas le plan Good Move. Il le stigmatise parce que nos gouvernants n’ont pas pris le temps de lui expliquer que ce processus s’inscrit dans une tendance globale. Il pense que son quartier, sa ville est l’exception européenne alors que notre cité s’ajuste tout simplement à une grande tendance.

Il y a aussi un manque de dialogue avec certains acteurs de la ville. Et parmi ceux-ci, le monde économique qui fait vivre la ville. Il est écarté des débats alors qu’il n’est pas opposé au plan ‘Good Move’ et pourrait même le rendre plus pertinent par ses suggestions.

« Vite fait, mal fait ! »

Pour rattraper le retard bruxellois par rapport à certaines métropoles européennes, et parce qu’il y a des élections régionales en 2024, notre Gouvernement accélère le processus. Parfois en dépit du bon sens en faisant des aménagements en surface alors que les tunnels sont en travaux. Des ajustements régionaux qui ne tiennent pas non plus forcément compte de chantiers communaux, Stib et autres.

19 centres de décision

Et puis, surtout, il y a 19 communes qui y vont de leurs petites initiatives.

Les unes pour bloquer ‘Good Move’ (en s’opposant au tracé cyclable dans l’avenue de Tervuren à hauteur de Woluwe-Saint-Pierre).

Les autres pour y surenchérir. La Ville de Bruxelles ferme le Bois de la Cambre (qui n’est finalement qu’une enclave entre Uccle et Ixelles). Ixelles interdit la circulation de l’E40 vers le quartier de l’Université. Elle crée aussi, avec la complicité de ‘Good Move’, un labyrinthe autour des étangs d’Ixelles et de Flagey. Anderlecht a fait un gros rétropédalage sur l’apaisement de Cureghem. À Jette, on divise les habitants autour du square Amnesty International. À Schaerbeek, il y a des débordements à la Cage aux Ours. Sur Forest, Saint-Denis se fermera à la circulation de Stalle…

Et ainsi de suite, chacun empêche la circulation du voisin, ou pire encore, la rejette vers le voisin.

Une tendance qui dépasse d’ailleurs les limites régionales avec, notamment, une guerre des sens uniques aux frontières de Berchem-Sainte-Agathe et de Dilbeek.

Et finalement, la vraie question n’est-elle pas ‘Faut-il vraiment 19 communes dans une aussi petite ville que Bruxelles ?’

 

À propos de l’auteur

Julien Semninckx, Journaliste indépendant chez BECI et chez Vlan

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