Troubles de la santé mentale : 1 belge sur 5 concerné

Par Gaëlle Hoogsteyn  - 28 mai 2021 à 08:05 | 654 vues

Tous les indicateurs le prouvent : le moral des Belges est au plus bas. Plus de 20 % des Belges sont concernés et les différents services d’aide sont saturés, enregistrant une hausse des demandes d’aides exponentielle. Depuis le début de l’année, BECI, en partenariat avec d’autres acteurs bruxellois, a lancé un projet de soutien aux entreprises. Initialement basé sur un monitoring, des formations et un accompagnement, il prend aujourd’hui une tournure plus concrète, en collaboration avec « Un pass dans l’impasse ». Le point sur la santé mentale des Belges et les pistes de solutions à explorer.

Des chiffres alarmants

D’après une étude menée en décembre 2020 par Sciensano auprès de 30 000 personnes âgées de plus 18 ans, les troubles de santé mentale ont augmenté à tous les niveaux. 23 % des répondants déclarent souffrir de troubles anxieux et 20 % de troubles dépressifs. 72 % éprouvent également des troubles du sommeil, un chiffre extrêmement élevé. Par ailleurs, 21 % des personnes interrogées prennent des somnifères ou des tranquillisants, parmi lesquelles 42 % ont commencé ou augmenté leur consommation depuis la crise sanitaire. De même, près de 20 % des répondants indiquent consommer davantage d’alcool depuis le début de la crise. 

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« La santé mentale est une composante de la santé qui a trop longtemps été mise de côté. Aujourd’hui, la crise du Covid révèle à quel point la santé mentale est importante pour faire face aux évènements de la vie, qu’ils soient bons ou mauvais », déclare Yahyâ Hachem Samii, Directeur de la Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale. D’après lui, la situation s’aggrave pour un grand nombre de personnes. « Le confinement est long, les dates annoncées sont reportées, il y a aussi la crainte d’une nouvelle vague si on relâche trop vite les mesures… L’incertitude est présente à tous les niveaux et c’est quelque chose de très difficile à vivre, surtout sur le long terme. Par ailleurs, pour beaucoup d’entrepreneurs (mais aussi de travailleurs mis au chômage temporaire), cela devient une question de survie. Certains ont déjà plongé, ceux qui avaient des réserves arrivent au bout… Sans solutions, leur situation va aussi devenir dramatique. La ligne de fracture entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accentuer. » 

Des services d’aide saturés

« BECI a été interpellée très tôt par la santé mentale des entrepreneurs bruxellois », explique Catherine Mertens, Coaching Officer & Business Relations Advisor chez BECI. Début 2021, la Chambre de Commerce avait lancé un projet de monitoring et de formations avec d’autres acteurs de terrain bruxellois tels que le 1819, Actiris, la CSC, BMediation et La Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale. « Mais à ce moment-là, nous n’imaginions pas que les restrictions allaient se prolonger si longtemps ni à quel point la santé mentale des entrepreneurs allait se dégrader », poursuit-elle.

En effet, que cela soit les urgences psychiatriques, les appels sur les lignes d’urgence, les consultations chez des professionnels de la santé mentale… partout, on assiste en moyenne à une augmentation de la demande de l’ordre de 20 %. « Le problème est que nous n’avons pas les moyens, ni humains ni financiers, de traiter toutes ces demandes », commente Yahyâ Hachem Samii. « Même sur les lignes d’écoute, le nombre d’appels augmente et il peut être compliqué à certains moments de prendre tous les appels. Au niveau des consultations, les listes d’attente s’allongent. » Et comme le pic de la crise n’est pas encore atteint, il est à prévoir que la situation s’aggrave encore. Beaucoup de gens vont encore se manifester dans les mois à venir. 

« Le cabinet du Ministre Maron a donc décidé qu’il était nécessaire de changer d’approche afin d’apporter rapidement une aide concrète aux personnes en détresse psychologique via le projet Un pass dans l’impasse », explique Catherine Mertens. « C’est un choix que nous respectons et nous nous sommes d’ailleurs directement proposés pour être partie prenante de ce nouveau projet. En tant que Chambre de Commerce en contact direct avec le terrain, nous serons des sentinelles. À Bruxelles, 80 % du tissu économique est composé de PME, TPE et indépendants, et non de grosses entreprises. Et ce sont justement ces indépendants et petites entreprises qui ont été le plus touchés. Il est donc urgent d’accélérer les choses et de venir en aide à ces entrepreneurs », assure-t-elle.

Un pass dans l’impasse, qu’est-ce que c’est ?

Un pass dans l’impasse est un dispositif d’aide psychologique qui existe déjà en Wallonie depuis 2020, mais qui s’étend aujourd’hui sur toute la Belgique. Le principe est de constituer un réseau de sentinelles qui sont en contact avec des indépendants et de former ces sentinelles à détecter la détresse psychologique chez leur interlocuteur. « Si une sentinelle détecte qu’une personne ne va pas bien, elle doit déclencher l’alerte via un formulaire en ligne à compléter avec l’indépendant. Un psychologue d’Un pass dans l’impasse reprend alors contact avec l’indépendant dans les 24 heures et lui trouve un psychologue chez qui il a droit jusqu’à 8 séances gratuites », explique Thomas Thirion, Administrateur Délégué d’Un pass dans l’impasse

Pour toucher le plus d’indépendants possible, Un pass dans l’impasse a besoin d’un maximum de sentinelles car c’est grâce à elles qu’on pourra identifier les personnes qui ont besoin de soutien. « Nous sommes déjà en contact avec BECI, Pulse, hub.brussels, les différentes caisses d’assurances sociales, le Tribunal de l’entreprise francophone, les guichets d’économie locale, les CPAS, des avocats curateurs… afin de constituer un réseau le plus large possible », poursuit Gilles Vandeloise, Psychologue au sein de l’ASBL. Ces sentinelles ne sont évidemment pas des professionnels de la santé mentale. C’est pourquoi des journées de sensibilisation sont organisées à leur intention pour leur apprendre à détecter les signaux de détresse, comprendre le fonctionnement d’une personne qui ne va pas bien, les différentes manières d’aborder le sujet, faciliter les échanges et utiliser la plateforme.

À côté des sentinelles, tout indépendant peut aussi bien sûr contacter directement l’ASBL. Du lundi au vendredi, une ligne téléphonique est ouverte via laquelle les indépendants peuvent parler avec des professionnels de la santé. C’est alors un de ces derniers qui déclenche l’alerte.

Une approche proactive et rapide

Thomas Thirion estime que proposer proactivement une aide psychologique est un élément clé du succès de l’opération. « Culturellement, on sait que les gens ont encore souvent du mal à demander de l’aide eux-mêmes. Trop souvent, c’est encore malheureusement considéré comme un aveu de faiblesse », regrette-t-il. Un pass dans l’impasse travaille avec un réseau de psychologues conventionnés un peu partout en Belgique. L’idée étant de proposer à l’indépendant de consulter un psychologue proche de chez lui afin que la distance ne soit pas un obstacle. « Nous mettons tout en œuvre pour que la démarche soit la plus simple possible pour l’indépendant. Le délai de traitement notamment est très important. Si l’on est en contact avec une personne ayant des idées suicidaires, on ne peut attendre un mois avant de lui proposer une consultation. Notre promesse, c’est de garantir à chaque personne un rendez-vous avec un psychologue dans un délai de maximum une semaine », explique Gilles Vandeloise. 

Le projet est aussi basé sur la concertation intersectorielle. Un indépendant qui va mal n’a en général pas uniquement besoin d’une aide psychologique. « Les personnes qui ont des problèmes de santé mentale sont souvent confrontées à d’autres problèmes (violence conjugale, précarité financière, addictions…). Elles peuvent aussi avoir besoin d’aide au niveau économique, juridique, administratif… et là, nous nous appuyons sur tout un réseau de partenaires vers lesquels renvoyer les indépendants afin de leur proposer une aide holistique », assure Thomas Thirion. 

La pointe de l’iceberg

Et Catherine Mertens de poursuivre : « Au-delà de ce projet, nous réfléchissons aussi à demain. La crise est loin d’être terminée et ce que l’on voit actuellement des problèmes de santé mentale n’est que la pointe d’un énorme iceberg. Aussi, il est nécessaire que nous trouvions des solutions pour accompagner ces personnes en détresse à plus long terme. Par ailleurs, Un pass dans l’impasse ne s’adresse qu’aux entreprises de maximum 10 personnes. Si les grosses entreprises ont souvent les moyens de mettre des aides et des formations en place, ou disposent d’un service de prévention en interne, il est important de penser aussi aux PME et de ne laisser personne sur le carreau. » Dans ce cadre, BECI lance un appel aux entreprises désireuses de partager des bonnes pratiques ou de proposer des solutions concrètes, à se manifester. 

« Les fonds qui avaient été débloqués par les pouvoirs publics devaient aider l’ensemble des acteurs du secteur à apporter une aide immédiate aux personnes en détresse. Mais nous voyons aujourd’hui que le nombre de personnes concernées et surtout la durée nécessaire pour les aider seront bien plus importants que prévu. Les fragilités apparues à cause de la crise ne disparaîtront pas lorsque celle-ci sera finie. Il faudra apprendre à vivre avec. Nous plaidons donc pour des fonds supplémentaires. Le secteur de la santé mentale était déjà saturé et sous-financé avant la crise. L’OCDE estime qu’il faudrait doubler les moyens alloués à la santé mentale en Belgique », avance le Directeur de La Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale. « Une piste de solutions que nous souhaiterions explorer est la mise sur pied de groupes de parole pour que des personnes traversant les mêmes difficultés puissent échanger sur leur vécu. Non seulement cela permettrait de limiter les consultations chez les spécialistes (ainsi que le coût et le délai d’attente qui vont souvent avec), mais aussi de recréer du lien, ce qui manque le plus aujourd’hui aux gens. La crise que nous traversons est collective et c’est collectivement que nous nous en sortirons », conclut-il.

Contacts utiles

Un pass dans l’impasse : site web – 0800 300 25

Ligne verte Aide sociale : site web – 0800 35 243

Centre de prévention du suicide : site web – 0800 32 123 

Télé accueil : site web— 107

 

Merci à nos participants

Catherine Mertens, Coaching Officer chez BECI, Yahyâ Hachem Samii, Directeur de la Ligue Bruxelloise de la Santé Mentale, 

Thomas Thirion, Administrateur Délégué pour Un Pass Dans l’Impasse, Gilles Vandeloise, Psychologue chez Un Pass dans l’Impasse

catherine mertens

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