« Un dirigeant est avant tout un créatif ! »

12 janvier 2019 par
BECI Community

On demande souvent quelle est la caractéristique essentielle des bons dirigeants. Intelligence, talent commercial, leadership… les réponses possibles sont légion. Pour moi il n’y en a qu’une qui tienne : la créativité.

Partons de la start-up. La créativité en est évidemment le moteur principal. Que l’on se lance dans le domaine des produits ou des services, et quel que soit le pays, tout commence avec une bonne idée. Une idée différente, innovante. On peut bien sûr se rêver en Thomas Edison, Steve Jobs ou Elon Musk, mais en réalité la plupart des innovations se font à une échelle bien plus modeste : un produit plus beau, moins cher, plus facile d’utilisation ; un service plus rapide… : certaines entreprises magnifiques sont parties de concepts aussi simples que ça.

Une fois l’entreprise créée, il faut la développer. Encore une fois, c’est la créativité qui sera la meilleure arme du dirigeant. Sinon, comment surmonter les innombrables questions et défis auxquels personne dans l’entreprise n’a jamais été confronté ? On ne sait pas tout, nos équipes non plus, et on ne peut pas se faire conseiller (intelligemment) sur tout. On doit donc bien souvent se reposer sur notre créativité. C’est d’ailleurs ainsi que les nouvelles formes d’organisation naissent, parce qu’on est obligé d’inventer pour contourner un problème inédit. À ce sujet, la truculente autobiographie de Ray Kroc, le fondateur (ou plutôt développeur) de la chaîne McDonald’s, est à conseiller.

Okay, maintenant l’entreprise est grande, voire internationale. La créativité reste-t-elle la meilleure arme de son dirigeant ? Évidemment ! Quelle est la valeur ajoutée du CEO envers son Directeur Financier, son DRH ou son Directeur Marketing ? Il n’est évidemment pas un expert dans leurs domaines respectifs. Le CEO est (ou devient avec le temps et la taille) un bon généraliste. Son rôle est de doter l’entreprise d’une stratégie cohérente et ambitieuse (un exercice on ne peut plus créatif), d’inspirer ses collaborateurs et de les « challenger ». Leur apporter des idées nouvelles, les aider à penser « out of the box ». Bref, les aider à être eux-mêmes… créatifs.

Qu’une entreprise soit petite, moyenne ou grande, en croissance, en stagnation ou en décroissance, les opportunités et menaces ne peuvent pas être adressées « juste » en suivant les bonnes vieilles recettes apprises à l’école de commerce, en lisant la Harvard Business Review ou en écoutant son consultant McDeBain. Le rôle du CEO n’est pas de gérer le « prévu », mais bien l’imprévu. Et face aux surprises que nous réserve la vie d’une entreprise, la connaissance ne suffit pas, c’est la créativité qui nous fait avancer. Une créativité… structurée.

Car sans structure, la créativité ne vaut rien. Distinguer les bonnes idées des mauvaises, et les mettre en œuvre efficacement, c’est là le plus grand défi. Walt Disney aurait fait faillite cent fois sans son frère Roy, l’organisateur (et financier) de la famille. Mais Roy, sans Walt, n’aurait rien accompli du tout. Un Mark Zuckerberg ne pourrait fonctionner sans une Sheryl Sandberg. Les exemples sont nombreux. Et puis il y a le mouton à cinq pattes : le créatif qui est lui-même structuré (ascendant schizophrène).

Si la créativité est l’apanage du bon dirigeant, on peut déplorer qu’elle soit si faible dans le monde politique, ou trop souvent mal utilisée. Alors qu’on reste pantois devant la créativité utilisée dans les campagnes électorales, dans l’utilisation des médias, voire dans notre remodelage institutionnel… on a le droit d’être déçus sur le plan, par exemple, de la réduction des dépenses publiques, de l’usage des technologies, ou plus généralement de la vision d’avenir. Peut-être que la structure des États modernes est tellement rigide qu’elle restreint leur créativité ?

Serait-il même possible que ce soit ça la source des troubles de notre temps, du populisme des extrêmes aux mouvements anarchistes ? Dans un monde poussé par des entreprises de plus en plus innovantes, le monde politique ne manquerait-il pas… de créativité ?

BECI Community 12 janvier 2019
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