WorkLAB: Le monde post-Covid-19 s’articulera autour de la confiance entre l’employeur et son personnel

26 mai 2021 à 08:05 | 303 vues

Koen Van Beneden venait tout juste de prendre ses fonctions de Country Manager de Hewlett-Packard (HP) Belgium lorsque les portes de l’entreprise se sont fermées. « Nous aussi, nous avons été contraints de repenser notre façon de travailler à cause de la pandémie. Nous avons notamment dû développer de nouvelles initiatives en matière de communication interne. Quant au télétravail, c’était pour nous un allié de longue date, fort heureusement. Il fait partie de notre culture d’entreprise depuis les années 60. » 

« Le monde post-Covid-19 s’articulera autour de la confiance entre l’employeur et son personnel. Or, près d’une entreprise sur six continue à mesurer le temps de travail de ses collaborateurs à la maison ! C’est absurde. L’accent doit être mis franchement sur les résultats. Et la confiance constitue plus que jamais la pierre angulaire de la collaboration. » 

Van Beneden voit en l’inclusion un des grands défis à venir. « Lors de réunions dans le nouveau contexte, les personnes introverties sont plus que jamais réduites au silence par leurs collègues extravertis. Quand on ne se réunit pas dans le même espace, il est plus difficile de différencier ceux qui prennent trop souvent ou pas assez la parole. C’est un problème qu’il faut aborder ouvertement. Si vous constatez que certaines personnes restent en retrait, demandez-leur d’exprimer leurs opinions. C’est du moins ce que j’essaye de faire durant les réunions virtuelles. »

Hewlett-Packard seconde activement ses clients dans la transition digitale et développe the office of the future. « À quoi ressemblera le lieu de travail du futur ? C’est une question que l’on peut traiter de façon très large. Comment les gens choisiront-ils leur lieu de travail ? Quoi qu’il en soit, la robotisation et l’automatisation sont en pleine expansion et vont complètement transformer notre travail. » 

« Tous ces facteurs devraient inciter les entreprises à élaborer un environnement de travail hybride. Nous nous efforçons d’inspirer nos clients dans ce processus. Des structures qui ont fait leurs preuves pendant des années doivent à présent céder la place, de façon abrupte. Voilà tout le défi de la transition digitale. »

La fracture numérique 

Cette entreprise technologique s’est assignée pour tâche de contribuer à réduire la fracture numérique. « La pandémie a renforcé l’existence de deux catégories sociales : ceux qui ont accès à la technologie et ceux pour qui la technologie reste hors de portée. La seconde catégorie a toujours plus de difficultés à suivre la cadence des évolutions. Nous tentons de veiller à ce que chacun ait accès à la technologie à domicile. Nous voulons aussi faire évoluer l’enseignement vers the class of the future. Nous sommes d’ailleurs un des principaux fournisseurs de l’enseignement. »

Des études démontrent que 50 à 80 % des travailleurs souhaiteront bientôt travailler moins à domicile. « Le télétravail comporte des avantages pour les travailleurs, mais la situation actuelle met aussi en évidence les inconvénients de la formule. Sans doute le bureau hybride apportera-t-il la solution intermédiaire idéale. Les collaborateurs planifieront plus soigneusement leurs diverses tâches en fonction du lieu où ils les exécuteront. Le rôle de l’employeur est de veiller à ce que toutes les missions puissent être effectuées sans problème, n’importe où. Les employeurs devront, quoi qu’il en soit, être plus attentifs à la situation au domicile du collaborateur. » 

HP avait déjà conçu le principe du bureau hybride avant le début de la pandémie. Et le télétravail faisait déjà partie intégrante de son fonctionnement quotidien. « Mais tout n’est pas encore au point. Il y a encore des aspects à régler dans l’assistance aux collaborateurs qui travaillent chez eux. Et au bureau, quelques espaces de travail supplémentaire seraient les bienvenus. » 

Au cours de l’année écoulée, la technologie a surtout servi à répondre aux besoins de base des télétravailleurs, via un accès illimité au réseau et à divers outils. « L’étape suivante est l’utilisation de la technologie pour améliorer la qualité de la collaboration. Certains collaborateurs utilisent encore des technologies aujourd’hui dépassées. Cela relève aussi de la responsabilité des employeurs. Les gens doivent se débrouiller dans beaucoup de domaines qui semblent relever de l’évidence. Exemple : on suppose trop souvent que chacun dispose d’une imprimante à la maison. » 

Besoin de contacts

Après une deuxième période de télétravail imposé pendant de longs mois, du moins dans les entreprises qui le permettent, de nombreux employés souhaitent ardemment retourner au bureau. L’éloignement de l’entreprise et des collègues pèse, pour la plupart d’entre eux, bien plus lourd que ce à quoi ils s’attendaient un an plus tôt.

Mario Santy, du bureau conseil BDO, estime que peu de personnes finalement apprécient de travailler cinq jours par semaine à la maison. « Elles attendent impatiemment le retour au bureau, dès que le télétravail ne sera plus la norme. » 

Nous en avons eu un avant-goût au cours de l’été précédent. Certaines entreprises ont opté pour une équipe A et une équipe B qui ne se rencontrent jamais. « Pas vraiment concluant. De nombreuses entreprises ont dit préférer que tous leurs collaborateurs puissent à nouveau se rencontrer sur le lieu de travail. »

Le besoin de réunir physiquement les équipes professionnelles se fait sentir partout. Kristel Minten, Project Manager chez le spécialiste en ressources humaines Acerta, organise en entreprise des ateliers pratiques sur le télétravail. « J’entends de plus en plus souvent que les gens en ont assez du travail à domicile imposé et manifestent un besoin de contacts avec les collègues. »

Une fatigue croissante est également palpable dans les entreprises. « La résilience des collaborateurs est menacée », déclare Marleen Verstraete, administratrice chez HRPro.be, l’association des professionnels des ressources humaines en Belgique.

80 % des employeurs s’inquiètent de la santé mentale de leurs collaborateurs. « Ce sera bon de revenir au bureau », souhaite Madame Verstraete. « Mais nous ne pourrons pas passer directement de zéro à 100 % de travail au bureau. »

Il est probable que les règles du travail à domicile ne seront révisées qu’avec le dernier lot de mesures d’assouplissement. Bien des entreprises ont déjà décidé d’instaurer un retour progressif de leur personnel au bureau. Elles espèrent ainsi renforcer la cohésion des équipes.

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