Bruxelles : près de 100 000 offres d’emploi, un paysage à réapprendre

16 décembre 2025 par
Era Balaj

Près de 100 000 annonces actives ont été identifiées à Bruxelles et dans sa périphérie. Une photographie inédite qui bouscule les idées reçues et invite à repenser la rencontre entre talents et employeurs.

Quand on parle du chômage à Bruxelles, le discours dominant reste souvent celui du manque : trop de demandeur·euses d’emploi, pas assez d’opportunités. Pourtant, la carte du marché de l’emploi commence à changer de relief. À l’initiative de Beci et Partena Professional, et grâce au travail de Beljob, une analyse fine révèle un volume d’offres que personne n’imaginait réellement : 99 237 annonces distinctes, actives sur un an, et réparties entre la capitale et sa zone d’influence socio-économique élargie (Brabant wallon et Brabant flamand). Une matière brute qui dit beaucoup d’une région en mouvement et d’un marché plus vivant qu’il n’y paraît.

Le diagnostic : la partie invisible du marché de l’emploi

Pour dresser cette photographie, Beljob a passé au crible des centaines de milliers de contenus : annonces publiées sur les sites d’emploi, pages d’entreprises, portails locaux… et surtout réseaux sociaux. Grâce à un dispositif de crawling massif (technique d’automatisation de la collecte de données sur le web) et des algorithmes d’intelligence artificielle, l’équipe a d’abord collecté environ 240 000 offres d’emploi publiées sur un an.

Après un travail de nettoyage – suppression des doublons, harmonisation des intitulés, géolocalisation – le volume final atteint 99 237 annonces. Un chiffre impressionnant, mais surtout révélateur du fonctionnement réel du marché. Comme le résume Maxime Bollengier, CEO de Beljob : « Les offres d’emploi existent, mais elles restent souvent dispersées et difficiles à lire. Une part croissante d’entre elles circule désormais sur les réseaux sociaux : le marché de l’emploi a changé. »

Près de 75% des annonces identifiées proviennent des réseaux sociaux. Les entreprises recrutent là où circulent les talents, souvent via des publications informelles qui échappent aux canaux classiques. Autre enseignement clé : une part importante de ces offres concerne des « first skills jobs », autrement dit, des postes accessibles sans haut niveau de diplôme. Exactement le profil d’une grande partie des Bruxellois·es aujourd’hui sans emploi.


                                

Le paradoxe bruxellois : entre l’offre et la demande

Les derniers chiffres d’Actiris (fin octobre 2025) font état de près de 96 000 personnes sans emploi dans la capitale. La situation reste complexe, mais ce n’est pas l’impasse que l’on imagine parfois. Entre ces 96 000 chercheur·euses d’emploi et les 99 237 offres identifiées, il y a un espace, une marge d’action, une piste à explorer collectivement. Pour Thierry Geerts, CEO de Beci : « Cela ne signifie pas que tout va s’aligner automatiquement, mais ce chiffre doit redonner confiance. Il montre qu’il existe un potentiel réel. Notre rôle est d’encourager, de guider et de mieux faire connaître ces opportunités. »

L’étude met aussi en évidence un enjeu de mobilité. Une partie importante des offres se situe dans la zone d’attraction socio-économique de Bruxelles, où les entreprises recrutent activement. Ce sont des postes accessibles, mais encore trop éloignés des habitudes de recherche des Bruxellois·es. Pour décloisonner le marché, il faudra encourager les déplacements, faciliter les correspondances et mieux accompagner les transitions professionnelles.  « L’enjeu est désormais de renforcer la rencontre entre les offres et les chercheur·euses d’emploi, mais également de motiver les Bruxellois·es à se déplacer », communiquent Beci et Partena Professional. 

La transformation : un marché en transition

Pour Partena Professional, rendre ces offres plus visibles, c’est clarifier le terrain de jeu des employeurs. Roeland Van Dessel, CEO de Partena Professional, insiste sur ce point : « Les entrepreneurs bruxellois ont de l’énergie et des projets, mais ils manquent parfois de visibilité sur le marché de l’emploi. En révélant l’ampleur des offres réelles, nous leur donnons un levier concret pour avancer. Clarifier ces signaux, c’est soutenir ceux qui entreprennent et renforcer un écosystème qui ne demande qu’à prospérer. »

Au-delà du volume, l’enjeu est la lisibilité. Aujourd’hui, une grande partie de l’information circule sous forme de signaux faibles : posts LinkedIn, annonces glissées sur Facebook, messages partagés entre groupes locaux. C’est précisément là que Beljob intervient, en transformant ces traces éparses en une cartographie exploitable grâce à l’IA appliquée au langage.

Le potentiel est important : en élargissant les sources, en intégrant les services, et en affinant la détection des contenus pertinents, ce volume pourrait même dépasser les 100 000 offres. Mais l’objectif n’est pas de courir après un chiffre. L’enjeu est d’aider les institutions, les entreprises et les chercheur·euses d’emploi à mieux se repérer dans un marché devenu mouvant, décentralisé, fragmenté.

La conclusion : l’effort du collectif

Avec cette étude, Beci et Partena Professional proposent une manière de relire le marché bruxellois de l’emploi sans l’enrober ni l’assombrir. Oui, Bruxelles doit continuer à investir dans la formation. Oui, il faudra accompagner les changements générationnels, rendre les opportunités plus accessibles, et oui, une grande partie d’entre elles se diffuse désormais en ligne. Les défis restent nombreux, mais ils ne doivent pas masquer le potentiel révélé par ces données.

Ce premier chiffre (ces presque 100 000 offres) permet de regarder le marché autrement. Il dit qu’il existe un terrain fertile, qu’on peut activer, à condition d’agir collectivement : acteurs publics et privés ont chacun une pièce du puzzle.






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